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« Deux semaines sans voir ma fille? Je serais jamais capable! » C’est le genre de phrase que j’entends régulièrement quand j’essaie de convaincre mes amis d’inscrire leurs enfants à un camp de vacances. Chaque fois, je me dis : « Ah, ben oui. Ton anxiété de séparation est une excellente raison de priver ta fille d’une expérience hautement enrichissante et transformatrice. »
Je sais pas si ce sont les mentalités qui ont changé en 30 ans ou si mes parents avaient un talent particulier pour le lâcher-prise, mais mes séjours au camp étaient loin d’être une source de stress à la maison. (Peut-être aussi que j’étais tellement insupportable que mes parents avaient juste hâte se débarrasser de moi, qui sait.)
J’avais neuf ans, le premier été où j’ai posé les pieds dans un camp de vacances. Sept ans plus tard, j’y devenais membre du personnel. Et 33 ans plus tard, je m’y implique encore comme membre de la corporation qui le gère.
C’est pas une nostalgie malsaine ni le syndrome de Peter Pan qui me font rester dans le giron du camp.
Si j’y reviens toujours, c’est parce que ces étés passés au fin fond des bois ont forgé la personne que je suis aujourd’hui.
Mes parents ne se doutaient peut-être pas de l’ampleur du cadeau qu’ils me faisaient, mais moi, j’en suis bien conscient. Et j’ai la ferme intention d’offrir le même cadeau à mes enfants.
Je vous explique pourquoi.
Avant de plonger dans le vif du sujet, commençons par la base : c’est quoi, un camp de vacances?
La plupart des gens connaissent déjà les camps de jour : on y dépose son enfant le matin, il est pris en charge toute la journée et on revient le chercher le soir. C’est comme la garderie, mais avec des moniteurs aux noms weirds.
Les camps de vacances, eux, se démarquent par leur caractère immersif. Comme l’explique l’Association des camps du Québec, « les enfants dorment sur place, prennent leurs repas au camp et vivent une expérience continue avec leur groupe. »
C’est comme un tout inclus dans le Sud, mais sans les daiquiris aux fraises et les touristes rouge homard.
Les séjours durent habituellement une ou deux semaines, mais peuvent aller jusqu’à un mois (ce qui était mon cas). Et bien que la plupart mettent l’accent sur l’expérience en nature, certains camps se spécialisent dans un domaine plus précis, comme la musique, les sciences ou l’équitation. La spécialité du mien : le plaisir et l’agrément (ceux qui savent, savent).
C’est aussi l’occasion de créer des amitiés durables et significatives. Selon une étude de l’American Camp Association, 70 % des enfants sondés disent s’être fait des amis qu’ils ont gardés durant plusieurs années grâce aux camps.
Ç’a évidemment été le cas pour moi. J’ai même eu la chance d’assister au mariage de deux amis qui se sont rencontrés au camp. Et devinez où s’est tenue la cérémonie? Exact, à l’endroit même qui a vu naître leur amour. Ils ont fêté en septembre leur dixième anniversaire de mariage et sont parents de trois enfants (qui ne s’appellent pas Kiwi, Pirouette et Brindille, soyez sans crainte).
Ai-je vraiment besoin de vous vanter les bienfaits de passer du temps en nature ? Réduction du stress et de l’anxiété, amélioration des capacités cognitives, meilleure santé, déconnexion…
C’est même bon pour la planète : un chercheur ontarien a démontré que 52 % des campeurs savent mieux protéger l’environnement et adoptent des comportements en conséquence.
Quand j’étais jeune, partir un mois pour le camp signifiait aussi prendre une pause de télé, de walkman et de Game Boy. Si s’éloigner des écrans et de la technologie faisait déjà du bien à l’époque, j’ose à peine imaginer à quel point ça doit être libérateur aujourd’hui, à l’ère des téléphones intelligents et des réseaux sociaux.
Selon la directrice de camp et autrice Audrey Monke, passer du temps loin des écrans améliore les relations interpersonnelles, aide les enfants à développer leurs aptitudes sociales et favorise un meilleur sommeil. C’est quand même mieux que de manger des Tide Pods parce qu’on a vu quelqu’un le faire sur TikTok.
Aller au camp de vacances, c’est aussi l’occasion d’essayer de nouvelles choses. Disons que je tirais pas souvent à l’arc avant de commencer à fréquenter le camp. D’ailleurs, 63 % des parents de campeurs affirment que leur enfant a continué à participer à des activités auxquelles ils avaient été initiés pendant leur séjour.
Vous comprenez donc pourquoi je compte les jours avant que mes enfants atteignent l’âge d’aller au camp. Et si vous hésitez encore à inscrire le vôtre, dites-vous que quelques jours à vous ennuyer, c’est peu cher payé pour un été qui aura un impact sur toute sa vie.
De nombreuses études le prouvent : un séjour en camp de vacances permet de mieux se connaître et inculque des valeurs, comme l’estime de soi, l’autonomie, le respect, le partage et le dépassement de soi. Aussi bien dire que ça crée de meilleurs humains.
De mon côté, mon passage au camp a donné lieu à l’une des expériences les plus marquantes de ma vie. Entre 14 et 16 ans, on partait pour des randonnées de 8 à 17 jours sur le sentier des Appalaches. Une dizaine d’années plus tard, je faisais le premier des cinq millions de pas qui allaient me mener de la Géorgie jusqu’au Maine via le même sentier. Les mollets d’acier et la barbe majestueuse que j’arborais après cinq mois et demi et 3 500 kilomètres dans les montagnes auraient rendu fier l’ado que j’étais.