PORTRAITS DE MONTRÉAL

Je prends soin de mes amis à fourrure, et ils prennent soin de moi

Nous arpentons les rues de notre ville, à la rencontre des Montréalais et de leurs histoires.

« Je suis dans la rue depuis que j’ai 15 ans ; j’ai presque connu que ça. Je pouvais plus vivre avec ma mère, et mon père était dealer de coke, il a fait beaucoup de prison. Quand tu grandis dans une famille où c’est rendu normal de consommer de la coke, tu te poses pas les mêmes questions, alors tu consommes comme les autres. Pendant longtemps, j’ai pas eu d’endroit où dormir, fait que je me disais ‘À quoi bon dormir ?’ Ça entretenait ma consommation, mais depuis que j’ai un toit – froid, mais quand même – j’ai beaucoup réduit tout ça. Je prends soin de mes amis à fourrure, et ils prennent soin de moi. »

« J’ai quitté l’appart de ma mère à 18 ans, j’ai eu une couple de jobs dans une couple de différents endroits, mais en gros, depuis que j’ai mon chien j’ai juste voyagé sur le pouce à droite à gauche. Je ne passe généralement pas plus de deux mois à la même place. Mais je vais probablement rester ici pour l’hiver, essayer d’avoir l’aide sociale. En ce moment je n’ai pas le goût d’être à la rue, je veux une place, je veux une job, avoir un revenu stable, une place à l’intérieur pour dormir. Mais je ne peux pas juste commencer à travailler, apporter mon sac avec moi, et où irait mon chien ? J’ai d’abord besoin d’une place. Je veux sauver un peu d’argent, avoir un passeport, et je veux aller en Europe, et voyager sur le pouce là bas, voir le monde. Je crois que c’est la liberté absolue : il n’y a rien dont tu dois te préoccuper. Je n’ai que lui : c’est ma seule priorité maintenant. Il a de la bouffe, il a de l’eau, il est heureux ; cool, le reste, c’est du gâteau. »

« Quand je suis rentré à la maison un jour, mon fils m’a dit : ‘Ne retourne pas travailler papa, je ne te vois jamais’. Ça m’a fait beaucoup de mal, et ça m’a fait réfléchir. J’étais dans la restauration, j’avais même mon propre restaurant. Et il faut bien travailler dans la vie, mais est-ce que je pouvais continuer à laisser mon fils grandir sans moi ? Tout à l’heure, j’ai pu aller le chercher à l’école et rester à la maison avec lui avant d’aller sur la route. J’aime ça rouler la nuit, la ville est plus calme. » [Paris, France]

« Quand j’étais petite, je suis tombée à l’eau, et j’avais une amie qui ne savait pas très bien nager et qui dans la panique m’a comme bloquée sous l’eau. Depuis, j’en ai toujours eu un peu peur ; pas de l’eau directement, mais de respirer comme il faut sous l’eau. Quand j’ai fait un échange étudiant en Australie, un de mes rêves était de plonger dans la grande barrière de corail. À la fin de mon échange, deux de mes meilleures amies sont venues me rejoindre là-bas. On partait ensuite en Asie, et je ne savais pas si j’allais un jour revenir à cet endroit, fait qu’il fallait que je plonge. Et je l’ai fait, j’ai nagé avec les poissons et les tortues. C’est dur à décrire, mais je n’avais jamais rien vu d’aussi beau, d’aussi exceptionnel. Un monde entier en dessous de nous que je ne connaissais pas du tout. Ça restera un des plus beaux moments de ma vie, et si j’ai pu prendre sur moi et dépasser ma peur à ce moment-là, je pense que c’est grâce à la combinaison de l’amitié et de l’aventure. Depuis, je n’ai plus du tout peur de l’eau, et je repars d’ailleurs plonger cet hiver ! »

« Je suis l’ainée de sept enfants, il y a treize ans d’écart entre moi et le plus jeune, et tu te retrouves forcement à avoir un rôle maternel. Surtout pour mes deux plus jeunes frères, j’ai été très impliquée dans leur éducation, des histoires au coucher à la préparation de leurs lunchs, de l’aide au devoirs à la vaisselle et à la lessive. Quand j’étais ado, j’ai longtemps été énervée d’être l’ainée, je ne voulais pas avoir ce rôle, parce qu’on attend toujours de toi que tu sois plus responsable, que tu montres l’exemple. Mais étant forcée dans ce rôle, tu dois tirer le meilleur parti de ta situation, prendre des citrons et en faire de la limonade. Les parents doivent souvent être le grand méchant loup, et essayer de gérer sept enfants était vraiment compliqué pour mes parents, donc moi je me suis toujours positionnée comme : quand j’allais faire du babysitting, j’utilisais l’argent gagné pour emmener mes frères chez McDonald’s. Ça nous faisait une sortie, on prenait nos vélos pour traverser la ville, et on mangeait au McDo ensemble. Je pouvais leur payer la traite, et ne pas jouer le rôle de ‘la maman’. Je crois que j’ai fait ça dans le développement de tous mes frères et sœurs, j’ai toujours essayé d’être là pour eux, comme une autre personne plus âgée à qui parler. »

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