Je n’ai peut-être pas fait l’amour avec Robert Redford

Tu t’en vas dans le Sud. Mais un jour, tu vas revenir.

Et de ce temps-là, je vous dis que ça part. DES PAINS CHAUDS.
Ça s’envole à l’heure pile, baguettes en l’air, et ça nous laisse ici, avec nos cotons et notre brassée de blanc plein de taches d’antiphlogistine parce que nous, tout ce qu’on fait, c’est sacrer le camp sur des plaques de glace.

Vous savez, ces gens qui partent dans le Sud. Et même plus dans le Sud tout inclus, là. Ça se loue des villas, des petits cottages typiques, sympathiques, accessibles et pas mal mieux que TOUT ce que t’aurais trouvé en te brandissant le sextant (mais t’es ben fin, pareil).

Ça se prend en photo après cuisiner des paellas avec rien qu’une main. Les petits pieds par en-dedans, dos à cette eau plus turquoise qu’un album de Marjo. Après longer les sinueuses routes d’un coin d’île réservé aux initiés qui ont murmuré Fidelio avant d’être admis dans le paysage. En scooter. SUR UN SEGWAY.

Ça bronze even.
En fait ça ne bronze pas, ce monde-là. ÇA DORE.

Bon. Puisque chose doit être dite: voyageurs qui consacrez beaucoup de temps à vous coller le lobe sur un gros coquillage en faisant des pouces en l’air, vous m’agacez.

Vous m’agacez sans doute parce que moi, je n’ai pas eu cette prévenance, la grande idée de réserver ces vacances à Oahu. Parce que l’escapade, je l’ai remise à l’an prochain. Ou je la boude, parce que moi, partir dans le Sud… je suis SI au-dessus du cliché. Han! Je suis également après vous zieuter en train de plier vos polos dans votre valise en matériaux nobles, poumon haletant et faciès collé dans votre porte patio pour favoriser le contact visuel, laissant s’échapper un délicat filet de fluides de ma bouche incapable de se gérer tellement elle aimerait ça, être à la place de votre bouche.

Être celle à qui l’on offrira des pinottes en classe affaires.

C’est comme ça.
Il y a ceux qui s’envolent. Puis il y a ceux qui restent. Et qui se le font dire, qu’ils restent. Oh! qu’on reste ici, nous-autres, pis essayons pas de se faire croire qu’on s’en va UN PEU LÀ en se translatant dans un coin du salon qu’on ne visite pas souvent. T’auras beau t’y prendre comme tu voudras, t’en n’auras pas, de photo d’aile d’avion. De portrait avec ce Pygmée qui t’a chuchoté le secret de sa sauce.

Doux, pardonne-moi de t’écrire si aigrie. Aigrie-doux. Une sauce pour ta McCroquette. Je ne le suis pourtant pas. Ou si peu (entre sauce et feeling, je m’y perds un peu). Je ne le suis pas parce qu’à un moment ou un autre, tu vas commencer le décompte. Tu sais, ce décompte fatidique du « il ne me reste que quelques jours pour fendre une noix de coco/l’heure ».

« Plus que trente-six heures pour imprégner le bouquet du buffet en ma fosse nasale »

« Sirop, on revient demain. Déjà. VITE. QUE JE ME PROCURE CETTE JARRE DÉCORATIVE QUI PROJETTE DE FENDRE DANS MON BAGAGE À MAIN MAIS DONT JE CHÉRIRAI LA FAÏENCE POUR TOUJOURS ».

Oui. Ce qui est plate avec les beaux voyages en chapeau de paille, c’est qu’ils prennent, hélas, fin. Vous aurez beau vous dealer un truck de bracelets souvenirs que vous ne porterez que quatre secondes une fois de retour au Québec mais qui, pour l’instant, vous permettent de vous accrocher à cette fragile illusion que le Sud ne vous quittera jamais, VOUS ALLEZ REVENIR.

Parce que vous revenez toujours. Le rêve prend fin.
Et ce petit blues de retour d’avion, quand l’odeur de coconut commence à vous quitter le derme, il m’attendrit. M’apaise un peu.

Vous craignez même, en votre absence, avoir raté quelque chose, ici.

Laissez-moi, de grâce, vous le confirmer: vous avez tout raté.

Cette anisocorie de ma pupille droite provoquée par l’envie.
Le pâté chinois de mardi soir.
Éric Lapointe.
Cette proposition indécente que ne m’a pas formulée Robert Redford en me promettant yacht, robe noire aux bretelles complexes et un million de dollars en échange de ma main sur sa cuisse.

Et cette fraction de seconde que vous ne pourrez jamais revivre, cette unité temporelle bénie où nous, pendant que vous calligraphiez un nom de pays exotique dans le sable avec un bâton de sourcier, on découvrait l’existence de la page Facebook des plus belles femmes du Saguenay/Lac St-Jean. ENVOLÉE.

Oh, vous la découvrirez aussi, sable encore présent au fond de culottes.

Mais vous aurez raté la communion, ce moment précis où, tous ensemble, on a appris que mettre ce suit-là en valeur, c’était possible.

Bon retour, là.

Et n’oubliez pas votre bonnet. C’est pas chaud pour la pompe à l’eau.

La bise.

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up