Je m’ennuie de la rentrée scolaire

Y'a rien qui sent meilleur qu'un cahier neuf.

Je le sais, avec ce texte je vais avoir l’air d’une très vieille personne. Mais, j’ai un message pour vous, les jeunes: profitez du temps que vous êtes à l’école. 

Oui, je sais, ce n’est probablement pas le message que vous avez envie d’entendre, alors que vous venez tout juste de recommencer les cours et que vous vous ennuyez de vos journées de congé à profiter du soleil et à dabber (c’est ça que les jeunes font de leurs temps libres, right?) 

Mais je vous jure: si vous êtes comme moi, dans quelques années, vous allez regarder les autobus passer par la fenêtre, et soupirer d’envie. 

Tu ne te fais pas de nouveaux amis à 30 ans

Quand on est à l’école, on sous-estime à quel point c’est facile de socialiser. C’est normal, c’est tout ce qu’on a connu. On pense que chaque année, on va rencontrer de nouvelles personnes avec qui on va avoir plein de choses en commun (âge, intérêts…), pis que ça va être comme ça jusqu’à la fin de nos vies. 

Un moment donné, pas longtemps après mes études, j’ai essayé d’entamer une discussion avec une personne plus âgée qui travaillait dans le même centre d’appel que moi. J’essayais de faire des liens, de voir ce qui l’intéressait. 

Elle m’a répondu: «Moi ce qui m’intéresse, c’est de farmer ma yeule et de faire ma job pendant que je suis icitte, pis crisser mon camp après.»

C’est ça, le genre de belles amitiés que vous risquez de développer après votre graduation. 

«Moi ce qui m’intéresse, c’est de farmer ma yeule et de faire ma job pendant que je suis icitte, pis crisser mon camp après.» – Une sympathique collègue

Bien sûr, si vous êtes chanceux, vous allez rencontrer des gens avec qui vous avez des atomes crochus au travail, peut-être même assez pour que vous passiez du temps ensemble sans que votre boss ne vous y oblige. 

Mais si vous gagnez à la loterie de l’amitié et que vous vous faites un nouvel ami, préparez-vous à le voir une fois par année, quand vous trouverez un moment opportun entre vos enfants, vos fins de semaine avec votre conjoint, vos visites chez vos parents qui vieillissent de plus en plus pis vos rendez-vous avec votre conseiller financier. 

De nouveaux départs, chaque année

Mais ce qui me manque le plus, c’est que l’école structurait ma vie. Avant, chaque début année était comme un nouveau roman d’Harry Potter sur ma vie. Mon secondaire 3, c’est : « Pier-Luc Ouellet et l’assaut de l’acné ». Mon secondaire 5 : « Pier-Luc Ouellet et le premier french (sérieux c’était le temps, genre wtf.)» Mon année comme étudiant à l’École nationale de l’humour: « Pier-Luc Ouellet et les ramens en spécial ». 

Vous voyez, ça donnait une nouvelle structure. 

Chaque nouvelle année était remplie de nouvelles possibilités. Je pense sincèrement que les décisions que j’ai prises lors de mes années comme universitaire sont parmi les plus importantes de ma vie. C’est durant cette période que j’ai rencontré ma blonde, la plupart de mes amis actuels, c’est là que j’ai découvert qui j’étais vraiment en partant de chez mes parents et en volant de mes propres ailes. C’est aussi là que j’ai décidé quelles parties de ma personnalité me plaisaient davantage, et sur lesquelles je voulais miser. 

Des grosses décisions, importantes et lourdes de sens. 

Après l’école, les années ne sont plus des volumes d’Harry Potter. Elles sont plus comme un téléroman, sans début ni fin, qui passe sans cesse à la télé.

Une fois que l’école se termine, tout ça se mélange. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi vos grands-parents, quand ils vous racontent des anecdotes, ne sont jamais certains de quand ça s’est passé?  « Moi pis Mme Morneau on est devenues amies en 73. Non non, attends, c’était avant que je me marie. Ouin, on est devenues amies en 68. Oh, attends, c’est pas vrai, Marcel était encore en vie. Ça devait être en 62.» 

C’est simple: ils n’ont plus de tomes d’Harry Potter pour diviser les années de leur de vie. 

Après l’école, les années ne sont plus des volumes d’Harry Potter. Elles sont plus comme un téléroman, sans début ni fin, qui passe sans cesse à la télé.

Récemment, mes amis discutaient de leur retour de vacances: « Ça peut pas être juste ça la vie? On va à la job en attendant nos trois semaines de vacances en juillet?»

Spoiler: Oui, ça peut être juste ça. 

L’école de la vie, ça peut exister

Bon, je regarde ça, et je me rends compte que je suis pas mal déprimant depuis tantôt. 

N’allez pas croire que la vie post-graduation n’est qu’un long parcours d’embûches et d’ennuis. Il y a des petits bouts le fun, aussi.

Bien sûr, dans la vraie vie, vous aurez aussi de nouveaux amis, des perspectives intéressantes, des projets d’avenir. Tout ça est possible. 

Dans la vraie vie, il faut davantage travailler pour tout.

Mais c’est plus difficile qu’à l’école, où tout ça fait habituellement partie de l’ensemble. Ça pis un agenda avec un dessin pas clair fait par une élève en arts plastiques. 

Dans la vraie vie, il faut davantage travailler pour tout ça. 

Mais vous avez toujours droit à votre calculatrice. 

Oubliez tout ce que je viens de dire, ça s’annule dans le fond. 

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