PORTRAITS DE MONTRÉAL

« J’avais la fête et le voyage plein la tête, mais je suis tombée enceinte. »

Nous arpentons les rues de notre ville, à la rencontre des Montréalais et de leurs histoires.

« J’ai entendu ça souvent : “L’humanité ne mérite pas de survivre”. Je trouve ça compréhensible du point de vue émotionnel mais très peu constructif au plan collectif. Au contraire, c’est le moment de croire en notre humanité et de l’exprimer au meilleur de ce qu’elle est. On vit une époque où on est en déficit de nature. C’est très facile de vivre à travers les lorgnettes de notre style de vie en oubliant qu’on vit dans un environnement. Moi j’ai commencé les camps de vacances sur le tard, quand j’avais 14 ans. Quatre semaines au bord d’un immense lac. Et pour les jeunes de mon âge, une randonnée pédestre pendant sept jours d’affilée était proposée. Pendant cette semaine loin de tout, tu vas bien au-delà de l’activité sportive, tu rentres dans un état d’esprit particulier, avec un autre rapport au temps. Tu portes attention aux relations, aux autres, à ce que tu ressens. Et tu fais le plein de beauté, tout simplement. Il n’y a rien de mieux que de passer du temps en nature, loin du monde, pour savoir qui tu es.

C’est là que j’ai découvert mon amour pour la nature. Et ça a été fondamental dans mon développement personnel. Devant l’amoncèlement des mauvaises nouvelles qu’on entend au plan environnemental, c’est difficile de rester insensibles. On se sent concernés, touchés, mais on peut aussi se sentir impuissants. On parle d’éco-anxiété. Et le meilleur remède pour ça, c’est de passer à l’action à travers ce qu’on est capable de faire. Une part de moi craint que l’humanité manque le train. Pis il y a cette autre part de moi qui choisit de rester optimiste. Parce qu’on n’a pas le droit de baisser les bras. »

« On ne se connaissait pas avant aujourd’hui. On s’est tous rencontrés sur Twitter pour le show ! »

« Chaque femme a ses raisons, qu’on ne doit pas questionner. Jamais. C’est un choix qui est tout à fait intime. Moi j’ai avorté parce que j’étais dans la misère, alors je ne voulais pas entrainer un enfant dans cette misère et lui gâcher la vie. J’avais vu trop d’enfants maltraités, et je me disais que si je voulais être mère, je n’avais qu’à choisir autour de moi. J’étais vers la fin de ma trentaine, et à l’époque, l’avortement était libre et gratuit, à condition de passer devant un comité thérapeutique formé d’un médecin, d’un psychologue et d’un prêtre. Quand je l’ai appris, j’ai eu un instant de panique, j’ai trouvé ça inouï qu’on décide à ma place de ce que je faisais avec mon corps.

Alors j’ai cherché une clinique privée qui respecterait mon choix. Et de la réceptionniste jusqu’au médecin, toutes les femmes comprenaient le geste, et voulaient me rendre l’expérience la plus humaine possible. La raison de l’avortement était une case facultative dans leur formulaire. Je me souviens de ce grand soleil, de cette flasque d’alcool que mon amie qui m’accompagnait avait apportée et que j’avais bu sur le retour. Je pense que c’est une décision qu’on ne prend jamais de gaieté de cœur. Mais on est ancrées en soi finalement, c’est ce qui fait qu’on peut passer à travers tout ça. Ce n’est pas quelque chose dont j’ai discuté avec mes copines. Pas du tout. C’est peut-être plus le cas chez les jeunes femmes aujourd’hui, mais je sens qu’il y a encore un lourd silence, et une désapprobation sourde dans certains milieux.

Ces droits ne sont jamais acquis. Jamais. Simone de Beauvoir disait : ” N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. ” On voit ça très bien aux États-Unis en ce moment, mais ce champignon vénéneux contre le corps des femmes existe encore partout. »

« J’avais 19 ans et je venais de commencer mes études. J’avais la fête et le voyage plein la tête. Mais je suis tombée enceinte. Quand j’ai fait le test de grossesse, ça a été un gros choc. Heureusement, j’avais ma meilleure amie à qui j’ai pu le dire tout de suite. Et ma mère, qui avait vécu la même chose à mon âge et qui a été présente tout le long.

J’ai fondu en larmes dans ses bras, et elle m’a accompagnée chez le médecin et pendant la ” période de réflexion “. Au début, je ne comprenais pas ce délai, mais avec le recul c’est sûr que prendre une décision comme ça ne peut pas être aussi facile que d’acheter une brosse à dents. Puis j’ai eu recours à une interruption de grossesse, mais je me suis vraiment dit : ” Le jour où tu choisiras d’avoir un enfant, que tu élèveras, ce ne sera pas ton premier. ” Je suis allée voir un médium – ça vaut ce que ça vaut – qui m’a dit que ça aurait été une fille. Je l’ai pris comme tel, et je l’ai nommée Alix. Ça m’a permis de faire mon deuil. Et quand j’y pense parfois, je remercie cet être de ne pas être né. Parce que même si j’ai la chance d’avoir une famille qui aurait pu m’aider, je n’aurais pas pu l’accueillir. Est-ce qu’à ce moment-là j’aurais été capable de l’élever, de l’aimer, de la rendre heureuse, de ne pas lui faire porter mes problèmes ? Non. Et pour m’être renseignée sur l’adoption, je n’aurais pas accepté qu’elle finisse dans un orphelinat, ou baladée de foyer en foyer.

Je l’ai vu comme un cadeau qu’on m’a fait, une façon de me pousser à réfléchir sur la suite de ma vie, à ne pas me brider. C’est devenu un des facteurs de mon identité. Parce que je suis heureuse d’être la femme que je suis aujourd’hui. Indépendante, autonome. Je suis heureuse d’être maitresse de mes choix. Être mère c’est le travail le plus dur de la Terre, clairement. Et c’est aussi beau, mais il faut que ce soit un choix. On dit que tant qu’on ne remet pas en cause ta liberté, tu ne sais pas qu’elle n’est pas forcément acquise. Je chéris cette liberté. »

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