PORTRAITS DE MONTRÉAL

J’ai vécu des abus par les frères, les ‘robes noires’

Nous arpentons les rues de notre ville, à la rencontre des Montréalais et de leurs histoires.

« Mon mari, c’est un homme de parole ; quand il dit qu’il va faire quelque chose, il le fait. S’il ne peut pas il te dit non, mais quand il dit qu’il va faire quelque chose, il le fait. Et puis ce n’est pas juste avec moi, il est comme ça avec tout le monde. Et pour moi c’est important parce que je trouve que, pour un être humain, ta parole, c’est ton image. Donc ça, ça m’attire beaucoup. »

« Je bois beaucoup quand je suis à Montréal, mais quand je retourne dans le nord, plus rien. Je bois pour oublier les viols, les abus… Tout ce que j’ai vécu dans ma jeunesse. J’ai grandi au pensionnat de Saint-Marc, pas loin de Amos ; j’ai vécu des abus par les frères, les ‘robes noires’. Ils te touchent tranquillement, comme ça [il me caresse le bras], ‘Comment ça va ?’, et après, ça descend plus bas. Je suis allé me plaindre chez les sœurs, mais les sœurs ne m’ont pas cru ; elles m’ont dit que je mentais. Alors je leur ai demandé pourquoi je saignais des fesses quand j’allais aux toilettes ? Mais elles n’ont jamais cru à mon histoire. J’en pleure encore des fois la nuit, alors je me dis ‘Ok, je vais prendre une bière à la place de brailler’ et je la cale. »

« Je vis à la Mission en ce moment, mais dans un mois, je m’en vais à la Baie James pour travailler. Tu n’aurais pas quelques dollars ? Il faut que je m’achète un paquet de cigarettes. Je veux arrêter bientôt. J’ai déjà arrêté de boire – mardi prochain ça fera neuf mois que je suis sobre. Je buvais depuis que j’avais seize ans, j’en ai soixante et un. Je peux me passer de l’alcool, mais je ne peux pas me passer des cigarettes. Pas encore. »

« L’année dernière je n’ai porté que des vêtements noirs. Cette année je ne vais porter que des vêtements de couleurs vives ! Je ne suis pas riche ou rien, je trip juste sur les costumes man. »

« J’avais pris des cours en diététique mais je n’ai pas trop aimé ; alors j’ai été étudier en techniques policières, mais je ne l’ai pas trop feel… Donc j’ai pris un poste d’agente de sécurité. Mais en septembre je vais retourner en diététique. Je suis sportive, et je veux devenir coach sportive, donc la diététique ça va m’aider. Je fais de la musculation et de la danse ; je m’entraine cinq ou six fois par semaine. Ça me rend heureuse, dès que je vais au gym j’oublie tous mes problèmes. »

« Quand on porte des appareils auditifs, toutes les discussions de groupes sont plus difficiles. Souvent t’as l’air un peu nono parce que tu comprends une joke un peu plus tard que les autres ; ou des fois je fais un commentaire deux minutes après que quelqu’un ait fait le même. Ça a été un peu difficile au secondaire parce que je me sentais nounoune mais je ne savais pas que c’était lié au fait que j’entendais moins bien que les autres. Je me sentais tout le temps un peu rejetée dans les conversations de groupe et je préférais être avec juste une ou deux amies. Mais au secondaire, c’est la gang qui est importante, et une ou deux personnes, c’est pas vraiment une gang… Donc mettons que mon estime de soi ne s’est pas super bien développée. C’est à l’université, en étudiant en orthophonie, que j’ai compris pourquoi je n’étais pas capable d’être dans la conversation autant que les autres ; ça m’a fait du bien, c’était un éclairage nouveau, une découverte sur moi-même. »

Sarah, que nous avions rencontrée à la station Berri-UQAM, et qui y vendait ses aquarelles [voir en commentaire], a pu participer à un marché éphémère grâce à une de nos généreuses abonnées. L’occasion aussi pour elle de recréer des liens avec les proches qui sont venus soutenir son magnifique travail, dont sa maman, sa première admiratrice.

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