Mariannlï (Montage: Urbania)

Depuis que j’ai tenté de séduire un premier ministre (avec mon urine)

Récit d’une passion qui s’est étirée sur plus de vingt ans

Au titre du premier kick, je ne sais pas qui est arrivé en premier entre Gilles Latulippe et Jacques Parizeau. Ce que je sais, c’est que je les ai tous les deux aimés avec toute la passion dont j’étais capable du haut de mes quatre ans. C’était un peu démesuré; j’étais convaincue que j’allais me marier avec eux. Parce qu’avant que les adultes m’imposent leur vision des relations interpersonnelles, j’étais une enfant polyamoureuse…

J’avais donc deux amoureux imaginaires et des parents qui militaient pour le Parti Québécois. Connaissant mon penchant pour le chef du PQ, ils ont voulu me faire plaisir en me trainant dans une activité de financement. Un grand pique-nique familial était organisé à Carignan et la rumeur courait : Jacques Parizeau viendrait lui aussi manger des p’tits sandwichs. Une occasion parfaite pour faire de moi une fillette politisée et émotionnellement comblée!

Entre l’annonce et la tenue de l’évènement, des jours d’excitation et d’angoisse ont défilés. Serais-je à la hauteur de l’homme? Qu’avais-je vraiment à lui offrir?

C’est ici que je vais paraphraser ma mère : soucieux de me rendre parfaitement heureuse, mes parents m’ont réveillée tôt pour qu’on se pointe vite. Quand Jacques Parizeau est arrivé, ils m’ont prise par la main et m’ont trainée vers lui. Plusieurs personnes l’entouraient, c’était un véritable héros. En bon politicien, il s’est approché de moi. Il s’est penché pour me glisser quelques mots à l’oreille, puis il a tendu les bras pour me prendre. C’est à ce moment que je lui ai enfin parlé.

“Je vais faire pipi.”

Pas de “salut”, de “ça va?”. Juste un avertissement : si tu me touches, je vais tout relâcher. Vaut mieux que tu le saches, je vais uriner. C’est comme ça que je gère mes émotions. Quand j’aime, je pisse. “Je vais faire pipi.” Rien d’autre, rien de moins.

– Pis là, vous avez fait quoi, Maman?
– Ben! On t’a amenée aux toilettes…
– Pis après?
– Après, tu as passé la journée à le fixer, mais de loin.

Jacques Parizeau qui prend une gorgée de vin pendant que je le fixe.
Jacques Parizeau qui se replace la moustache pendant que je le fixe.
Jacques Parizeau qui vérifie son haleine en soufflant subtilement devant sa main pendant que je le fixe.
Jacques Parizeau qui a un peu chaud dans les culottes parce qu’il fait 32 degrés Celsius et que le soleil tape sur les pantalons noirs qu’il est obligé de porter. Pendant que je le fixe.

Depuis cette rencontre marquante, Jacques Parizeau est devenu premier ministre et ancien premier ministre. J’ai continué de penser à lui pendant un temps, mais je suis passée à autre chose quand j’ai fait mon premier rêve érotique (qui impliquait André-Philippe Gagnon et un radeau). J’étais convaincue d’avoir tourné la page “Parizeau-pipi”.

Jusqu’à ce que je le croise l’an dernier…

C’était au vernissage d’un grand sage. J’étais bien relax, je buvais du vin en regardant les toiles et j’ai senti quelque chose. Comme une intuition, un appel. Je me suis retournée et j’ai vu M. Parizeau. Je me suis approchée et je jure que je n’ai rien dit. J’ai fixé l’ancien amour de ma vie en silence. Il n’y avait rien d’autre à faire.

Plus tard dans la soirée, alors que nous étions dans le même cercle de conversation, j’ai expliqué que je venais de passer une audition pour l’émission Entrée Principale. Une audition lors de laquelle j’avais décidé de parler des récipients menstruels (une idée de génie, si vous voulez mon avis). J’ai illustré la chose en sortant de ma sacoche une Diva cup neuve. Je ne suis pas certaine à 100%, mais je pense qu’il l’a regardée. Après, je l’ai portée.

La boucle était bouclée.

Depuis que j’ai tenté de séduire un premier ministre (avec mon urine) :

  • J’ai un faible pour les hommes de pouvoir.
  • J’ai développé des nouvelles techniques de séduction, mais je n’ai toujours pas réussi à les mettre en pratique sans rendre mes cibles mal à l’aise…
  • J’estime avoir uriné plus de 70 080 fois.

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