Erik Paredes

J’ai rencontré un photographe de cosplayeurs

…et j’ai presque le goût d’en faire aussi.

Vous venez de croiser Naruto, princesse Peach et Pikachu dans le métro? Il y a des effluves d’Otakuthon dans l’air! Cet été, j’ai eu la chance d’aller à ma toute première convention en couvrant le Comiccon de Montréal. J’ai toujours aimé l’univers des mangas et des animes, mais je n’étais jamais allée à ce genre d’événement. J’ai toujours eu l’impression que j’étais pas assez « une vraie » pour ça. Pourtant, j’y ai rencontré des humains extraordinaires et des artisans qui se donnent tout entier dans leur passion : le cosplay

Pour les non initiés, le cosplay, c’est le fait de se déguiser et de jouer le rôle d’un personnage de BD, film, série, jeux vidéo et j’en passe. Cet art multidisciplinaire peut inclure la couture, le design, le maquillage, le théâtre, etc. On comprendra ici que les cosplayeurs vont souvent confectionner eux-mêmes leur costume et y consacrer beaucoup de temps et d’énergie.

C’est pourquoi la photo est un aspect important de cet univers : « Ça fait de bons souvenirs et on est fiers de nos photos parce que certains participants passent des heures voire des années à créer leurs cosplays », m’explique Roxanne Bolduc qui en fait depuis 3 ans. Un « hobby » qui demande aussi des ressources financières importantes avec des montants qui peuvent s’élever à des centaines ou même des milliers de dollars. 

J’avais envie de vous faire découvrir le monde de ces artisans de l’image qui repoussent les limites du réel pour nous faire entrer dans des univers fantastiques. 

S’éclater, avec sérieux

Erik Paredes fait de la photo de cosplayeurs depuis maintenant 5 ans. Entre les photos extérieures et le travail dans son studio, il peut maintenant dire fièrement qu’il vit de son art. Comme il fait lui-même du cosplay, il comprend bien la réalité de ses modèles. 

« Photographier des personnages de jeux vidéo ou d’anime, ça amène plus d’action, tu peux faire des poses plus exagérées, alors c’est le fun à faire, m’explique-t-il. Ça aide beaucoup quand tu connais les personnages que tu photographies, mais tu peux aussi demander aux gens de décrire le personnage, son attitude, de montrer des images et des exemples de poses. » 

Crédit photo: Erik Paredes

«Photographier des personnages de jeux vidéo ou d’anime, ça amène plus d’action, tu peux faire des poses plus exagérées, alors c’est le fun à faire.»

Erik fait autant de photos en conventions que hors convention, dans le studio qu’il a installé chez lui. En général, il demande autour de 100$ pour trois photos éditées, un peu plus quand il doit créer des effets spéciaux. Lors des mois achalandés, il fera jusqu’à 25 shoots. « Les cosplayeurs ont toujours de nouveaux costumes, alors ils ont besoin de photos. C’est un milieu qui roule bien », dit-il.  

Pour dénicher les meilleurs endroits où réaliser ses clichés, le photographe n’hésite pas à ratisser les rues de Montréal. « On va se promener downtown, dans les petites rues, dans le plateau, etc. Il y a souvent des endroits qui à première vue ne sont pas géniaux, mais si tu le prends d’un bon angle, ça devient beau, alors ça demande beaucoup d’essais ». 

Si la métropole offre des décors qui valent le détour, il se souvient aussi d’une convention particulièrement marquante en Pologne. « J’avais accès à des châteaux et les endroits étaient magnifiques. Je n’avais pas besoin de recréer les décors, ils étaient là. Les photos que j’ai faites en Pologne sont mes préférées ». 

Le travail d’Erik demande beaucoup de préparation. Avant les conventions, il post sur différents groupes pour annoncer ses disponibilités. Ensuite, il planifie les séances photo et fait des recherches sur les personnages de ses modèles. Une schoolgirl d’anime ne demandera pas le même travail d’édition que Goku qui fait un Kamehameha. Après la séance, il faudra aussi penser aux effets spéciaux, ce qui distingue son approche de celle de la photographie traditionnelle en permettant de mettre en valeur le personnage et son univers. « La photo c’est une façon pour les cosplayeurs de montrer ce qu’ils ont fait parce qu’ils travaillent fort sur leurs costumes. Il y a une différence entre une photo de cellulaire et une photo de professionnel », indique-t-il. 

Crédit photo: Erik Paredes

Cosplayeuse: Nibu Cosplay

Strike a pose

Le monde du cosplay séduit de plus en plus de photographes qui souhaitent se monter un portfolio. Principale raison? En convention, les modèles qui aiment être photographiés sont faciles à trouver. On a affaire à des participants qui ont l’habitude de prendre la pose et qui sont à l’aise devant la caméra. « Au fil du temps, tu crées des amitiés avec les cosplayeurs, alors après tu peux les amener vers d’autres types de photographie », explique Eirik. 

Mais qu’en pensent ceux et celles qui se retrouvent devant l’appareil photo? Dans le milieu, l’important c’est de s’amuser, dans le respect. C’est ce que m’explique Gaby Cosplay qui en fait depuis trois ans et qui étudie la couture. À son agenda, on retrouve entre deux et trois séances photos dont elle est l’objet, par semaine. « Pour moi c’est un teamwork. Ce que je cherche c’est quelqu’un avec qui j’ai du fun peu importe son niveau de professionnalisme », précise-t-elle. 

Crédit photo: Jean-Frédéric Mongeon et ses images.

Cosplayeuse: Gaby Cosplay

Certaines photos peuvent être assez osées. Pour s’assurer que tout le monde soit à l’aise, Erik n’hésite pas à appeler sa copine et sa mère en renfort afin de créer un climat rassurant. Au besoin, elles aident aussi parfois les cosplayeuses à prendre la pose. Cette relation de confiance avec ses modèles est un élément clé du travail. 

«On faisait un shoot avec du faux sang sur le corps et des scènes de combat quand la police est arrivée. C’était assez malaisant! Me faire arrêter deux fois pendant un shoot c’est pas mal mon top.»

Faire de la photo de cosplay peut parfois mener à des situations cocasses auxquelles il faut se préparer. Il y a parfois des poses particulièrement difficile à exécuter pour incarner à fond un personnage. Gaby n’hésite d’ailleurs pas à parler de sport extrême! Parfois, ce sont les interactions bizarres avec le public qui sortent de l’ordinaire « On faisait un shoot avec du faux sang sur le corps et des scènes de combat quand la police est arrivée. C’était assez malaisant! Me faire arrêter deux fois pendant un shoot c’est pas mal mon top », me dit-elle en riant. Ça n’empêche pas la jeune cosplayeuse d’apprécier la curiosité du public. Faire connaître sa passion aux passants pendant les séances photo fait partie du plaisir.

Ces moments sont importants pour promouvoir une forme d’art encore très marginalisée malgré le nombre de personnes qui y adhèrent. Si vous en avez l’occasion, allez passer une journée dans une convention. Vous y trouverez un environnement aussi inclusif que festif.

En tout cas, en m’y rendant, j’ai compris pourquoi plusieurs disent y avoir trouvé une famille. Et ça m’a donné envie d’en faire partie.  

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