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« J’ai honte de ma Tesla » : Quand Elon Musk nous donne envie de changer d’auto
Je me rappelle d’une époque où je parlais d’Elon Musk à mes amis avec des étoiles dans les yeux. Enfin, un milliardaire qui parlait d’environnement et proposait des alternatives! En plus, il semblait toujours avoir des projets qui relevaient davantage de la science-fiction que du réel, ce qui était pas mal excitant pour le nerd que je suis.
Le fer de lance de l’empire d’Elon Musk était sans aucun doute Tesla, une marque de voitures électriques futuristes accompagnée d’un réseau de stations de recharge implanté à une vitesse folle qui a convaincu le monde entier que le passage aux voitures électriques était possible.
À mes yeux, Elon Musk avait l’aura d’un Tony Stark dans le monde réel.
Sauf que sa réputation s’est ternie au fil des ans. (Ça nous apprendra à idolâtrer un milliardaire.) Musk a publiquement appuyé des théories complotistes antisémites, partagé un meme qui comparait Justin Trudeau à Hitler, amplifié un documentaire transphobe sur X, et ça, c’est vraiment juste la pointe de l’iceberg.
La controverse autour du personnage a connu son apogée – du moins jusqu’à maintenant – quand il a décidé de s’impliquer dans la campagne électorale de Donald Trump, lui qui l’a nommé co-dirigeant du nouveau département de l’Efficacité gouvernementale.
Alors, comment les gens qui ont acheté une voiture Tesla quand elles représentaient encore l’espoir d’un monde meilleur vivent-ils le changement d’image de l’exubérant milliardaire? Mal, nous ont confié trois d’entre eux.
Pourquoi la Tesla?
Sophie a acheté sa Tesla Modèle 3 à la fin de l’année dernière, pour des raisons avant tout économiques : « Mon conjoint travaillait loin de la maison, et en calculant le coût mensuel de l’essence, ça nous revenait plus cher qu’un paiement mensuel de voiture. On s’est donc mis à regarder les voitures électriques. Avec la valeur de revente du véhicule qu’on avait, la Tesla était la voiture la plus abordable à l’époque. »
Sébastien, réalisateur, a quant à lui opté pour la Tesla pour des raisons environnementales : « Ma voiture précédente venait de briser, je l’ai eue pendant près de 20 ans. De 2017 à 2020, j’ai organisé un événement qui s’appelait Moving On […] et qui recevait de grands experts mondiaux sur la mobilité urbaine. » Au fil de cette conférence, la nécessité de passer à l’électrique s’est imposée pour lui : « L’argumentaire en faveur de la transition énergétique par ces grands experts était pour moi une évidence. »
Après de longues recherches sur les batteries de différents modèles de véhicules électriques offerts sur le marché, et en découvrant le réseau de Superchargers, Sébastien a lui aussi choisi la Tesla modèle 3.
Si, pour Sébastien et Sophie la Tesla était avant tout un choix utilitaire, il en allait autrement pour Laurie* et son conjoint, un passionné de voitures : « Il les a toutes eues. C’est vraiment un amateur de technologie. »
Nos trois propriétaires de Tesla ont tous des mots positifs à l’égard de leur voiture. Laurie décrit les Tesla 3 comme « des véhicules agréables à conduire, que ça soit au niveau de l’accélération, de la tenue de route, de l’autopilot… C’est vraiment incroyable. »
Sébastien est moins dithyrambique. Il trouve la tenue de route de la Tesla 3 un peu trop basse pour les hivers québécois, mais il ajoute que « comparé à n’importe quelle autre voiture, c’est de la science-fiction. Quand tu rembarques dans une voiture à gaz, t’as l’impression qu’elle est brisée! »
Bref, trois propriétaires de Tesla plutôt satisfaits de leur bolide électrique.
Pourtant, ils en ont honte.
L’élection de toutes les déceptions
Si Sébastien, Laurie et Sophie apprécient leur Tesla, ils se disent tous un peu gênés de la conduire aujourd’hui. Et tous pointent vers le même coupable : Elon Musk, le PDG de la compagnie.
Pour les trois, l’élection américaine de 2024 a marqué un véritable point de non-retour.
Sophie n’avait déjà pas une opinion particulièrement positive de Musk, surtout depuis l’épisode du rachat de Twitter et de sa transformation en X : « Il a toujours eu une aura de détraqueur dans Harry Potter, on l’aimait pas (rires). Quand Donald Trump a décidé de se représenter et a introduit [Elon Musk] comme la personne qui sauverait la fonction fédérale américaine, ça n’a fait qu’exacerber ce sentiment. »
Même son de cloche du côté de Laurie* et de son conjoint :
« Nous, c’est vraiment plus l’association avec Trump qui nous rejoint moins. Ses propos aussi. Ce qu’il a fait avec Twitter, les conditions de travail… »
« Pour nous, ça fait quelques années que ses propos sont très, très questionnables. Mais c’est vraiment la dernière année [qui a pesé dans la balance]. »
Quant à Sébastien, il admet avoir déjà éprouvé une certaine admiration pour Musk : « Avant l’achat de Twitter, l’image d’Elon Musk était vraiment celle du visionnaire qui mettait de l’avant la transition énergétique […], la taxe carbone… ».
Mais, depuis quelques années, il observait un glissement inquiétant dans ses propos : « C’est comme si, à un moment donné, il s’était dit : “La gauche achète déjà mes voitures, alors je vais virer full à droite pour que les gens qui aiment les F-150 achètent mes voitures.” »
Est-ce vraiment un calcul si machiavélique? On ne le saura probablement jamais. Mais pour Sébastien aussi, la campagne de Musk aux côtés de Trump a marqué un point de non-retour : « Là, c’est dur de pas voir Elon Musk comme un super-méchant digne de Marvel. »
Une voiture si gênante
Ce changement de perception de Musk n’a pas échappé à Sébastien : « Avant qu’Elon Musk achète Twitter, dès que tu disais que tu avais une Tesla, tout le monde disait : “C’est donc ben l’fun!”. Maintenant, tu peux pas le dire sans entendre le commentaire : “Ouin, mais Elon Musk…” ».
Le conjoint de Laurie, lui, s’est fait confronter directement :
« [il] s’est fait dire qu’il avait une voiture de républicain. Ça l’a choqué. »
Sophie n’a pas eu à faire face à des commentaires en personne, mais elle éprouve quand même un grand conflit au niveau de ses valeurs : « Il a des prises de position assez extrêmes, il est ouvertement xénophobe. Depuis qu’on a une Tesla, je sais pas si on est plus sensibles à ça, mais on dirait que plus ça va, chaque nouvelle information qu’on apprend à son sujet est une horreur. »
Changer de voiture?
Sébastien ne songe pas à changer de voiture prochainement (après tout, il a gardé son auto précédente pendant 20 ans), mais il risque de bouder Tesla la prochaine fois, pour des raisons éthiques ET pratiques : « Ma prochaine voiture, c’est sûr que ça ne sera pas une Tesla. Premièrement, Musk me dérange. Aussi, tu vois que la qualité de la construction, ça ne se compare pas avec ce que les concurrents sortent en ce moment. »
« Des fois, tu te dis que c’est ben beau, mais c’est un peu en plastique. »
Depuis l’achat de sa Tesla, Sophie s’est rapprochée de son travail, ce qui lui fait songer à changer de voiture… et la prochaine ne sera pas une Tesla : « On garde l’œil ouvert pour changer vers une autre auto électrique, mais peut-être plus du côté de Hyundai ou autres. »
Laurie et son conjoint ont quant à eux déjà commencé à se séparer de leurs Tesla : « On en avait deux, il nous en reste juste une, et probablement qu’elle aussi va bientôt partir. C’est un choix déchirant, parce que ce sont de bonnes voitures […]. Mais à un moment donné, ça vient aussi avec des valeurs. »
Optimiste, Laurie voit même une petite note d’espoir dans tout ça : « C’est intéressant d’encourager d’autres joueurs qui vont lui amener une saine compétition. »
*Nom fictif pour préserver son anonymat