J’ai été con

Moi aussi j’ai eu 16 ans, 18, 21, 33,… J’ai eu les cheveux longs, les idées courtes. J’ai manifesté pour toutes les causes. Je suis descendu dans la rue. Je suis monté aux barricades. J’ai signé des pétitions, j’ai crié des slogans. J’ai arboré des calicots contre la guerre, contre le nucléaire, contre le gouvernement, contre le racisme, contre les cons… J’ai beaucoup été contre, parfois pour, mais jamais indifférent.

J’ai surtout haï l’autorité, provoqué la police et vomi mon souper dans le caniveau.

Oui, j’ai été con, mais jamais autant que tous ces imbéciles d’intégristes extrêmes qui, depuis quelques jours, hurlent, cassent et tuent à cause d’un mauvais film même pas drôle qu’ils n’ont surtout même pas vu.

Ce ne sont ni des manifestations de foi spontanée ni des révoltes populaires. C’est de la connerie pure et sanguinaire, l’empire du mâle, le pire de l’homme. Et ça emporte dans sa connerie tous les modérés, les progressistes, les pacifistes, les innocents et les doux rêveurs d’amitié entre les peuples.

De Paris à Tripoli, du Caire à Anvers, les manifestants qui brûlent, qui cassent, qui battent ne sont pas devenus fous furieux du jour au lendemain à cause d’un extrait du film L’innocence des musulmans. Ils avaient déjà en eux cette graine de folie. Le film a transformé la graine en grain. Mais ça aurait pu être n’importe quoi d’autre. Ça aurait pu être une mauvaise caricature, une joke plate, un obus américain mal tombé, une phrase de Mitt Romney dite de travers,… Par malheur pour Hollywood, ça a été quelques minutes d’un film que personne n’a vu à sa sortie.

Je vous préviens d’emblée, je ne mettrai aucun lien avec ce film. Même pas une image.  Je vous invite d’ailleurs à ne pas aller voir l’extrait que plus de 25 millions de personnes ont déjà vu sur Youtube. C’est un navet pourri dont le réalisateur minable ne mérite même pas un coup de pied au cul tant il mérite surtout qu’on l’oublie. L’extrait que j’ai vu par pur professionnalisme ressemble à du sous-RBO de potache sans culture. On n’a pas besoin de lui faire plus de publicité qu’il n’en a déjà eue.

Qu’on fasse des mauvais films, ce n’est pas grave. Ça fait partie de la liberté d’expression que brandissent tant de cons pour justifier leurs conneries. Que celui-ci ait coûté 5 millions est étonnant, mais ce ne sont pas nos millions. Alors, que voulez-vous qu’on dise? Que des médias, qu’ils soient numériques, électroniques, papier ou torchon, relayent sans réfléchir ce brûlot qui a déjà mis le feu aux poudres et déclenché des manifestations délirantes, c’est ridicule et irresponsable. On ne peut cependant pas reprocher aux médias de vouloir faire de la cote d’écoute. Mais que des centaines de milliers d’hommes, car il y a peu de femmes dans ce genre de rassemblements, descendent dans la rue avec une violence qu’on n’a même pas vue dans la bouche de Jean Charest au printemps dernier à cause d’une mauvaise farce cinématographique, c’est une connerie de trop. Et quand on sait que le gène de la connerie est le même que celui de la guerre, ça devient carrément effrayant.

Aujourd’hui, le magazine Charlie Hebdo qui fait dans la provocation boutonneuse a décidé de publier des caricatures de Mahomet. Une autre connerie même pas drôle pour faire parler d’eux. Mais surtout une provocation de trop qui va entraîner d’autres manifestations de connerie à travers le monde.

J’ai moi aussi été con. Mais aujourd’hui, j’ai décidé d’essayer d’arrêter.

La photo pour illustrer ce billet n’a pas été prise lors de mon arrestation pour excès de connerie, mais plutôt pour le lancement du Numéro Escrocs du magazine Urbania. Notez que les escrocs ne sont pas des cons… ils savent très bien ce qu’ils font.

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