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Ma fille a 4 ans et se couche à 22 h.
Non, ce n’est pas une faute de frappe.
Et oui, c’est beaucoup plus commun qu’on le pense.
Cela dit, le sommeil est tellement important et une source intarissable de frictions dans le quotidien de nombreuses familles que la question finit inévitablement par se poser :
Quand devrait-on aller chercher de l’aide ?
Est-ce que c’est quand chaque minute de nos soirées est dédiée à l’endormissement des enfants ? Quand on se réveille plus de cinq fois par nuit depuis un an et demi et qu’on est cerné jusqu’au nez ? Quand notre grande fille de quatre ans refuse obstinément de dormir dans son lit ?
Pour mon conjoint et moi, ça a été simple, c’est lorsqu’on s’est dit : « Bon, là, on n’a a vraiment plus de fun ! »
Notre routine du soir était devenue une succession de négociations, de crises, de tentatives d’endormissement et de frustration qui compromettait la douceur du cocon familial. C’est en faisant ce constat que j’ai finalement pris mon téléphone pour contacter une clinique spécialisée dans le sommeil des enfants. Après un mois sur une liste d’attente – visiblement, nous étions loin d’être les seuls à cherche de l’aide –, nous avons finalement obtenu un rendez-vous.
C’est donc un mardi matin, à bout de ressources, que nous avons entamé le processus avec une psychologue spécialisée dans le sommeil des enfants. À ce moment-là, nous étions encore loin de nous douter que nous allions devoir nous réveiller à 6 h 30 du matin pendant les quatre prochaines années. Mais j’y reviendrai.
D’entrée de jeu, la psychologue nous a prévenus : « Avant même de parler d’heures de coucher ou de réveils nocturnes, nous allons devoir déconstruire une bonne partie de ce que nous croyons savoir sur le sommeil des enfants. »
Or, renchérit-elle, les connaissances actuelles sur le développement de l’enfant, l’attachement, l’allaitement et les mécanismes biologiques du sommeil préconisent plutôt une approche fondée sur les besoins propres à chaque enfant, tout en tenant compte de son stade de développement et du bien-être de sa famille.
Les enfants n’ont pas tous besoin de la même quantité de sommeil, nous explique Katia Gagnon. « Entre trois et cinq ans, la majorité des enfants dorment entre 10 et 13 heures par période de 24 heures. »
Pendant des mois, nous nous sommes arraché les cheveux en tentant de coucher notre fille plus tôt. Comme plusieurs parents, nous étions convaincus qu’une enfant de son âge devait s’endormir vers 19 h ou 20 h.
Or, après avoir tenu un journal de sommeil pendant plusieurs semaines, nous avons compris qu’elle avait besoin d’environ dix heures quinze minutes de sommeil par jour. En retirant les deux heures de sieste qu’elle faisait à la garderie, il lui restait un peu plus de huit heures de sommeil à accumuler, la nuit.
Déclic : pour la première fois, son heure de coucher tardive cessait d’être un problème à corriger. Elle devenait simplement le reflet de ses besoins biologiques. Nous avons donc arrêté de forcer notre petit oiseau de nuit à se coucher avant qu’elle ne soit réellement somnolente.
Aujourd’hui, notre fille se couche souvent en même temps que nous. Les crises et les interminables négociations du soir ont pratiquement disparu.
Le compromis? Nous sommes debout à 6 h 30, tous les matins.
On les passe à danser et bricoler avec notre fille jusqu’à pas d’heure. Je vous l’accorde, ce n’est pas parfait, mais c’est un processus et, comme tout processus, il faut être prêt à avoir l’esprit ouvert et à remettre en question plusieurs idées que nous tenons pour acquises.
J’aurais aussi aimé conclure en vous disant : « Ils vécurent heureux et ils retrouvèrent leurs soirées. »
Tout est une question de perspective.
D’une certaine manière, nous avons retrouvé nos soirées. Elles sont simplement différentes. Elles sont plus douces, plus calmes, moins frustrantes et, surtout, elles nous permettent de renforcer le lien avec nos enfants et de créer de précieux souvenirs.
De toute façon, on sait bien qu’un jour, notre fille entrera à la maternelle. Son fameux réservoir de sommeil sera enfin suffisamment rempli pour qu’elle nous laisse tranquilles en se couchant à 20 h 30.
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Selon la neuropsychologue Katia Gagnon, spécialisée en sommeil des enfants, une grande partie de la détresse parentale provient des attentes qui entourent le sommeil des tout-petits. « Il y a des attentes sociales qui sont irréalistes par rapport à ce qu’un enfant est capable de faire, par rapport à l’indépendance, par rapport à l’autonomie, par rapport à la consolidation du sommeil et à l’heure de son coucher », explique-t-elle. « Le comportement attendu, c’est qu’il s’endorme seul, sans suce, sans doudou, sans toutou, sans lait, sans maman, sans rien, dans une bassinette. »
Comme le rappelle Katia Gagnon, « l’heure du coucher peut varier selon le niveau de fatigue et les heures de sieste accumulées dans la journée, mais l’heure du lever doit demeurer stable ». Cette recommandation repose sur un concept central de son approche : la pression du sommeil. Pour simplifier, Katia compare souvent le sommeil à un réservoir. Plus la journée avance, plus ce réservoir se remplit. À l’inverse, les siestes viennent en vider une partie. Donc, au revoir, la belle soirée en amoureux quand ton enfant dort deux heures à la garderie.