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Et si le fait d’enfanter et d’allaiter, ça m’éloignait de mon but d’offrir un modèle de famille égalitaire ?
Telle fut ma réflexion alors qu’enceinte, je suis un cours sur les approches féministes. C’est là que j’ai entendu parler pour la première fois du concept de travail domestique, soit toutes les tâches non payées qu’une personne (souvent les femmes) fait pour assurer la survie de sa famille : la cuisine, le ménage, le lavage, les rendez-vous médicaux, etc.
À l’époque, ce concept avait fait germer une réflexion en moi sur le type de parentalité et de coparentalité que je souhaitais vivre.
Quand j’étais enceinte, je me souciais peu de comment j’allais nourrir mon enfant. Je me disais que j’essaierais l’allaitement, mais que je ne m’acharnerais pas si ça ne fonctionnait pas. J’ai quand même cherché à me renseigner en lisant des articles dans Naître et grandir, j’écoutais des balados, je suivais des pages Instagram de professionnel.le.s…
En m’informant du rôle du parent non allaitant, j’ai vu qu’il pouvait faire les changements de couche, rendormir l’enfant, donner le bain, préparer les repas, etc. C’est à ce moment que j’ai pris un deux minutes pour m’imaginer nourrir mon enfant plus de huit fois par jour, et ce, pendant au moins 20 minutes (parfois 1 heure, c’est selon). Déjà, je pouvais sentir le mercure de mon thermomètre à ressentiment contre mon chum grimper en flèche.
En observant les parents dans mon entourage, je voyais bien que cet équilibre était rompu quand l’un effectuait son retour au travail. Les tâches essentielles à la survie familiale doivent toujours être réalisées ; elle deviennent simplement la responsabilité du parent qui reste à la maison.
Ayant déjà le poids de la charge mentale dans mon couple, j’éprouvais plusieurs craintes concernant l’allaitement.
J’avais peur que nos rôles et responsabilités se cristallisent et deviennent un piège dans le futur de notre famille.
En gros, j’avais peur de devenir le parent par défaut, soit la source de réconfort primaire de mon enfant. Je me demandais aussi quelle place il y aurait pour mon chum dans cette dyade mère-enfant.
En tant que personne féministe, l’allaitement représentait pour moi l’obligation d’être constamment avec mon enfant. D’une part, il risquait de limiter mon temps pour moi et mes propres activités et de l’autre, il resteindrait mes déplacements et la possibilité que je participe à divers événements afin d’accommoder les besoins de mon enfant et de gérer mon énergie
Si certaines y parviennent, je voyais mal comment maintenir un équilibre entre les ajustements que demande l’allaitement avec les autres facettes de ma vie.
Je tenais à exister dans mon individualité, malgré mon enfant. Et je savais qu’en ne respectant pas ce besoin, c’est moi et ma famille qui allions en payer le prix.
En partageant mes réflexions et mes inquiétudes à mon chum, il m’a avoué qu’il ne tenait pas vraiment à ce que j’allaite. Il voulait surtout être présent à parts égales dans toutes les dimensions de la vie de notre enfant.
Pour nous, le choix de ne pas allaiter faisait du sens. On a aussi divisé le congé parental à parts égales pour nous permettre de développer une relation avec notre enfant, ainsi que nos rôles et réflexes parentaux. Et avec le recul, on est fiers d’avoir fait ce choix pour notre famille.
En ce moment, je suis enceinte de mon deuxième. La question de l’allaitement m’est revenue en tête. La décision n’est pas encore prise puisque mon chum et moi comptons réévaluer la situation en tenant compte de notre dynamique familiale actuelle.
Même si les bienfaits de l’allaitement nous sont présentés très tôt pendant la grossesse, je suis d’avis que l’allaitement a une implication sociale et politique. Ça devrait toujours être le choix de la famille, en incluant également les avis des deux parents.
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La maternité a toujours été un sujet épineux pour les féministes. Si, pour certaines, il s’agit d’une source d’empouvoirement, pour d’autres, il s’agit d’une contrainte à l’épanouissement personnel. Historiquement (et même actuellement, si on pense au mouvement tradwife), les femmes ont souvent été réduites à leur biologie, les obligeant à restreindre leur activité publique pour se concentrer sur le bien-être de la maisonnée.