J’ai 22 ans et je ne prendrai probablement jamais ma retraite

Penser à ma retraite alors que je viens de sortir de l’université me donne le goût de pleurer en boule dans l’obscurité.

En me réveillant ce matin, j’ai eu le délice de réaliser que je ne prendrai probablement jamais ma retraite.

Une nouvelle étude de l’Institut de la statistique du Québec m’apprenait que les Québécois prennent leur retraite plus tard qu’il y a 10 ans. C’est donc 73% des travailleurs et travailleuses qui ont pris leur retraite à 60 ans ou plus en 2018. On parlait de 57% en 2009.

J’ai 22 ans. J’atteindrai la soixantaine en 2057.

On jase-là, mais si la tendance se maintient et que cette proportion de travailleurs partant à la retraite tardivement augmente pour chaque décennie qui croisera mon chemin: vais-je pouvoir arrêter de travailler avant d’atteindre mon lit de mort? Ok, ça se peut qu’un jour on soit immortel, mais pour l’instant, je conçois encore mon existence avec une fin au bout.

Cynique? Dramatique? Je répondrai oui, à ceux qui qualifieraient ainsi mon raisonnement, mais c’est toutefois particulier pour une personne dans la vingtaine de même réfléchir à la retraite. Je suis encore incertain de ce que j’aimerais réellement faire de ma vie. Est-ce que j’ai des REER? C’est quoi des REER.

Que vous sortiez du secondaire, d’un DEP, d’un DEC ou de l’université, l’entrée dans la vie adulte comporte son lot de questionnements. Et la pression d’avoir à épargner pour un avenir que je ne contrôle aucunement me tracasse tout particulièrement.

Est-ce que j’aime ce que je fais? Pourrais-je me permettre de faire un 180 degrés et repartir à neuf dans un autre domaine? Quand est-ce que je vais même arrêter de travailler justement?

Selon Retraite Québec, «la retraite, c’est un projet de vie auquel chacun de nous aura à réfléchir.»

Dans mon contexte, quand je pense à «projet de vie» et «retraite», je pense surtout aux grands-parents qui m’entourent.

Des grands-parents pour qui la retraite semblait être réellement un projet de vie pour lequel ils ont bûché pendant des décennies afin de le consommer de la meilleure des façons possibles. En croisières, en merlots et en cadeaux pour leurs petits-enfants préférés.

Un futur louable, que je respecte, mais qui, dans ma perception de vie actuelle, est loin de me correspondre. Comment pourrais-je bûcher toute ma vie, dans une carrière qui comporte ses aléas, sans remettre en question les raisons qui me poussent à l’endurer justement?

Parce que travailler toute une vie pour en apprécier ses dernières décennies ne me semble pas être le genre de projet auquel je souhaite m’accrocher.

Mon scénario de prince serait plutôt de vivre pleinement, en étant passionné et motivé par ce que je fais, tout en payant mes factures. J’aimerais n’avoir jamais à penser à ma retraite, en fait. J’aime aussi pelleter des nuages.

À toi Alexandre de 75 ans, j’espère que tu vivras mieux avec toutes tes questions existentielles qui te tracassent. Je te souhaite une maudite belle retraite tout en merlot.

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