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Le mois de mai est enfin à nos portes : on va se le dire, il était plus que temps. La session d’hiver n’étant plus qu’un vague souvenir, j’ai eu envie d’aller me dégourdir le bassin dans un party de fin de session, question d’évacuer la pression des dernières semaines. J’aurais pu aller me faire masser, me direz-vous. Certes, mais je préfère me coller à des gens en sueur sur un dancefloor, vous répondrai-je. À chacun sa gestion du stress.
Question de fouiner un peu, je me suis glissé en douce dans le party CSC–Underground à HEC Montréal, événement emblématique de sa vie étudiante. Organisé à nouveau pour la première fois depuis deux ans, laissez-moi vous dire que oui, cette soirée-là, ça a brassé.
Jamais de ma vie je ne suis arrivé à l’heure à un party. Habituellement, je m’assure d’avoir suffisamment de retard pour éviter le moment awkward où il est trop tôt pour danser et trop tard pour rebrousser chemin et aller se coucher. Bravant ma peur d’arriver de bonne heure, je me suis pointé au HEC plus d’une heure et demie à l’avance afin d’aller rejoindre Rose* (ma plug pour entrer à l’événement, également membre du comité chargé de son organisation).
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Assis avec quelques-unes de ses collègues dans un petit local, je fais ce que tout bon étudiant en commerce ferait : des contacts. Parle, parle, jase, jase, j’apprends que 1200 personnes sont attendues à l’école dans la cafétéria, maintenant clôturée de panneaux de métal, et que le comité organisateur n’a eu qu’environ trois semaines pour se préparer.
On finit par me questionner quant à ma présence ici. Dans la confidence, je leur réponds que j’écris un article pour une série d’infiltrations. Silence. « T’es journaliste? », me demande une personne. Je comprends rapidement que toute référence aux médias ici fait frémir, de peur d’une mauvaise représentation de l’événement, de l’organisation, ou encore de l’institution. Bon joueur, je leur assure que je ne les mettrai pas dans l’eau chaude. C’est sûr, ce soir, je vais devoir tenir ma langue et me fondre dans le décor.
Maintenant doté d’un bracelet jaune, couleur associée aux bénévoles, je me promène au deuxième étage. M’étant faufilé entre les barrières pour monter furtivement, je ne crois pas avoir le droit d’être ici. Au moins, j’ai mon bracelet VIP pour me sauver si besoin est, puisque je suis un « bénévole ». Le bénévole le moins utile de l’histoire du bénévolat, mais un bénévole quand même.
Je m’arrête devant un local entrouvert. Incrédule, j’aperçois une cinquantaine de gardes de sécurité en train de se faire briefer par ce qui semble être la cheffe de la sécurité. Voulant absolument être témoin de cette petite conférence, je joue le jeu du gars qui sait ce qu’il fait, m’accotant sur le cadre de porte, le bracelet jaune bien visible afin de prouver que je ne suis pas un nobody.
Dans une installation digne d’un aéroport, un gardien de sécurité assez bien bâti m’exige de présenter une pièce d’identité et de vider mes poches. À contrecœur, je me fais tâter très près du paquet-cadeau par ce pur inconnu. Devenu soudainement très proche de lui, je passe proche de lui demander si la fouille anale fait partie des prochaines étapes, mais je garde cette petite blague pour moi.
Il est 23 h 45. Le monde continue d’arriver, la place est bondée et la musique est très forte. La foule semble avoir beaucoup de plaisir, l’alcool coule à flots et le plancher est très (très) collant. Je croise sans arrêt des gens de mon école secondaire gatinoise qui, pour une raison obscure, semblent tous s’être inscrits au HEC. Je viens d’une ville de fonctionnaires : il faut croire que l’administration coule dans nos veines.
Au final, je dois avouer que de se défouler un peu après une session d’hiver aussi intense, ça a fait du bien. Malgré tout, ce type d’événement est un lieu propice aux débordements de tous genres. Il est important pour toute personne chargée de l’organisation de garder en tête que le plaisir doit s’arrimer avec la sécurité de tous et de toutes. Surtout celle des femmes.
En bref, du gros fun et une gestion rigoureuse de l’événement : il est évident que le grand retour du party CSC restera dans les annales de HEC Montréal (et je ne parle pas de fouille ici).
* Nom fictif afin de préserver l’anonymat de la personne
À la fin de la rencontre, un garde lève la main et pose une question fort pertinente : « Et s’il y a des gens malades? » La cheffe a pourtant bien spécifié que les portes devaient rester fermées et que les gens n’avaient pas le droit de circuler à l’extérieur. Prenant une pause pour réfléchir (je suis captivé de savoir ce qu’il advient de l’opération vomi), elle répond, hésitante : « Ouin… dans ce cas, on peut leur ouvrir. » J’espère! J’ai beau avoir un bracelet de bénévole, c’est certainement pas moi qui vais ramasser des mottons à terre. Non, merci. 10-4, tout le monde sait ce qu’il a à faire, la soirée peut commencer.
Il est 22 h 15, les portes sont ouvertes et la foule entre au compte-goutte. Je sors dehors afin d’aller voir l’étendue de la file d’attente. Les pauvres gens au bracelet gris (ceux qui ne sont pas bénévoles) doivent patienter et se faire fouiller. En retournant à l’intérieur, on m’arrête au gigantesque poste de fouille. « Je suis bénévole », dis-je au garde en montrant mon bracelet. Pas de passe-droit cette fois-ci, surtout pas avec les récents cas d’intoxications au GHB en recrudescence dans le monde des partys universitaires.
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Malgré toutes ces rencontres, je dois avouer que j’étais, au final, totalement seul. Je ne sais pas si vous êtes déjà allé.e dans un party complètement seul.e et à jeun, mais sachez qu’on finit par se sentir loser pas à peu près. J’espérais secrètement voir apparaître sur scène Roxane Bruneau, icône de la musique pop québécoise, afin de mettre le feu aux poudres. Voyant que ce moment n’arriverait probablement jamais, je me suis dit que l’heure du dodo était arrivée.
J’ai laissé derrière le comité organisateur occupé à gérer les petits soucis, la sécurité pas mal sur les nerfs et les étudiant.e.s un peu chaudailles qui criaient en dansant. On m’a raconté plus tard que les festivités se sont terminées vers 3 h, et que malgré quelques problèmes au vestiaire (une file d’attente plus longue que celle devant les bureaux de passeport Canada), la sortie s’est effectuée dans le calme et l’allégresse. La légende dit même que le gardien qui m’a fouillé aurait esquissé un sourire.