India Desjardins en a assez de la controverse pour la controverse

S'indigner sur les réseaux sociaux, un sport national.

Est-ce que l’indignation est devenue le sport national sur les réseaux sociaux? Hier, l’auteure India Desjardins a publié un texte sur sa page Facebook qui illustre à quel point on choisit parfois bien mal nos combats virtuels. Nous le reproduisons avec sa permission.

Je ne me mêle jamais des controverses de mon chum (Le Pharmachien). Jamais. Ça m’épuise. D’ailleurs, les débats de réseaux sociaux m’épuisent en général. Mon chum a choisi une vie où il déboulonne des mythes en science. C’est son choix. J’observe ses controverses de loin. Et bien souvent, je me demande comment il fait pour avoir l’énergie pour mener ces débats. En plus, j’ai décidé depuis quelques temps de ne plus donner mon opinion sur Facebook. Ça ne fait rien évoluer. Ça vire toujours mal sans qu’on sache pourquoi. Je ne fais plus non plus des petits statuts simples. La simple mention « J’ai mangé un cupcake » peut mal tourner sans qu’on comprenne pourquoi. Quelqu’un peut répondre « Pendant ce temps en Syrie… » ce qui met fin à toute discussion parce que oui, pendant que tu manges un cupcake et que tu penses que la vie est belle, ailleurs dans le monde, il y a des horreurs qui se passent. Faque tsé, moi des fois, je préfère vivre ma vie comme en 2001, quand je pouvais tripper sur mon cupcake sans avoir à me sentir coupable de profiter de la vie malgré tout le reste. Mais là je ne peux m’empêcher de parler de certains commentaires suite à son statut.

Donc…

Mon chum publie un statut guilleret (j’aime ce mot, il me fait du bien) où il annonce entre autre la sortie cet automne d’un livre pour enfants qu’il a écrit intitulé «Le petit garçon qui posait trop de questions». Une histoire cute, inspirée du petit gars qu’il était, et qui parle de façon imagée de la démarche scientifique. Moi, égoïstement, je vous avoue être contente de ce livre, qui ne donne place à aucune controverse. Oups, non, mon erreur. Alors que personne n’a encore lu le livre qui n’est pas encore sorti, un commentaire qui revient est… :

POURQUOI PAS UNE FILLE? IL Y A DE LA PLACE POUR LES FILLES EN SCIENCE!

Euh… sérieux?

Oui, sérieux.

Ceci n’est pas lancé par des trolls qui n’ont pas de vie. Non, des gens bien, des gens éduqués et même certains collègues de mon chum. (En passant, oui, les trolls qui n’ont pas de vie ont leur place dans notre société, blablabla, je ne les juge pas blablabla, les trolls ont leurs droits blablabla, la liberté d’expression est importante, blablabla)

Je prends une petite pause ici pour dire que je suis une fille, je suis féministe, j’ai moi-même créé un personnage féminin fort à une époque où il y avait davantage de héros masculins et que je trouvais que ça manquait et que c’était super important pour moi, et j’essaie à travers ce que j’écris de transmettre ces valeurs. (Je ne dis pas tout ça pour me vanter, je le dis juste pour mettre ça au clair et ne pas me faire accuser à tort d’être contre le fait qu’il y ait plus de personnages féminins forts dans la littérature, un de mes combats personnels.)

Mon chum n’a pas écrit un livre qui s’intitule : «Le petit gars qui voulait détruire toutes les amazones qui rêvaient de devenir scientifiques». Il a écrit une fable cute, et comme plusieurs auteurs, il s’est inspiré de lui.

Mon chum n’a pas écrit un livre qui s’intitule : «Le petit gars qui voulait détruire toutes les amazones qui rêvaient de devenir scientifiques». Il a écrit une fable cute, et comme plusieurs auteurs, il s’est inspiré de lui. (À noter qu’habituellement, il n’écrit pas de fiction. Premier conseil d’auteur que je lui ai donné : inspire-toi de toi, parle avec ton cœur, rappelle-toi du p’tit gars que t’étais, ça fait plus vrai dans ce temps-là.)

Bref, je suis flabbergastée par ce commentaire.

Je n’en reviens pas non seulement du commentaire, mais qu’on en soit là. (Car, tsé… Pendant ce temps en Syrie…)

Dans le fond, ce que je comprends que ce commentaire lancé à mon chum veut dire, c’est que quand un auteur fait un livre avec un personnage masculin, il sous-entend au fond que l’auteur pense qu’une fille ne pourrait pas vivre cette histoire et qu’il rejette d’emblée qu’une fille aurait sa place dans le domaine d’aventures choisi. N’est-ce pas un peu absurde de prêter cette intention? Ça me fâche en tant qu’auteure mais aussi en tant que femme. D’ailleurs, s’il y a une femme qui voit un livre qui s’intitule «Le petit garçon qui posait trop de questions» et qui est soudainement offensée en pensant «Oh mon dieu! Je suis une femme et je me pose moi aussi des questions! Pourquoi je ne suis pas représentée par ce livre?» je veux lui parler!

Ah aussi, une note (spoiler) : Il y a une fille très importante dans le récit, qui amène le petit garçon à trouver des réponses.

Ah aussi, une note (spoiler) : Il y a une fille très importante dans le récit, qui amène le petit garçon à trouver des réponses. (Tsé, la base de lire ou voir quelque chose au complet avant de le critiquer).

Mais bon, si on en est là, permettez-moi de revisiter plusieurs titres de la littérature jeunesse dans le même esprit revendicateur.

L’homme qui plantait des arbres, Jean Giono- Frédéric Back (Une fille aussi pourrait planter des arbres! Les filles ont leur place dans la forêt!)

Le petit prince, Antoine de Saint-Exupéry (Pourquoi pas La petite princesse? Les filles aussi peuvent aller sur une autre planète et rencontrer un renard imaginaire!)

Le Matou, Yves Beauchemin (Pourquoi monsieur Émile ne serait pas une fille? Les filles aussi peuvent aller traîner dans une binerie et être semi-alcooliques!)

Oliver Twist, Charles Dickens (Pourquoi pas une fille? Les filles aussi peuvent être orphelines!)

Les aventures de Tom Sawyer, Mark Twain (Une fille aussi peut vivre des aventures! Les filles ont leur place dans une maison dans les arbres!)

Des souris et des hommes, John Steinbeck (Pourquoi pas Des souris et des femmes? Les femmes aussi peuvent tuer des lapins!)

Anne la maison aux pignons verts, Lucy Maud Montgomery (Pourquoi pas Antoine? Un gars aussi peut… oups, c’est vrai, ça ne fonctionne pas dans ce sens-là…)

Sur ce, je m’en vais manger des cupcakes pour redevenir guillerette!

P.S. Mon statut peut créer malgré moi les controverses suivantes :

– Tu es sous l’emprise de ton chum qui t’a forcée à écrire ce statut!

– On s’en fout des cupcakes, ce qui se passe dans le monde est vraiment plus important!

– Arrête de dire que les femmes n’ont pas leur place en science!

– Tu n’es pas une vraie féministe sinon tu comprendrais!

– OUI LES FEMMES ONT LEUR PLACE DANS LA FORÊT, POURQUOI DIS-TU LE CONTRAIRE?????

– Tu as seulement deux titres québécois dans ta liste! Tu trouves que la littérature québécoise c’est de la marde!

– Tu es contre la liberté d’expression!!!

– Tu fais reculer la cause du français. On ne dit pas spoiler mais divulgâcheur!

– Anyway, ton chum est payé par Big Pharma…

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up

Dans la même catégorie

India Desjardins en a assez de la controverse pour la controverse

S'indigner sur les réseaux sociaux, un sport national.

Dans le même esprit