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Ils ont fait le défi No Buy 2025 : est-ce possible de ne rien acheter pendant un an?

Y'a des affaires dont c'est plus facile de se passer.

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J’essaie de moins consommer, mais malgré mes bons vœux pieux, force est d’admettre que quand je sors mon sac de vidanges aux deux semaines, il est toujours plutôt lourd.

Mais il faut croire que des gens sont meilleurs que moi, parce que le défi No Buy attire de plus en plus d’adeptes. Le but, c’est de ne pas faire d’achats pendant une période donnée. Aucun.

Bon, c’est un peu comme le Monopoly : les règles changent d’une personne à l’autre et certains se donnent des petits passe-droits. Par exemple, la plupart des gens se donnent le droit d’acheter des biens essentiels comme du déodorant, parce que c’est bien le fun d’être écolo, mais c’est encore plus le fun de l’être quand on sent bon.

Tout ça pour dire que les adeptes du No Buy sont nombreux : le subreddit r/nobuy compte 77 000 membres et les groupes Facebook pullulent.

Mais est-ce que c’est juste des gens qui font des vœux pieux comme moi, ou est-ce que les gens le font pour vrai ? On a parlé avec Lucie et Laurence qui se sont prêtées au jeu.

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Un défi plus facile que prévu

Lucie, une enseignante à la retraite, participe au No Buy depuis longtemps. En fait, sa première tentative remonte à presque 10 ans. À l’époque, elle travaillait toujours : « C’était bien avant la pandémie. À un moment donné, j’avais vu quelque chose sur une personne, je pense que c’était en France, qui avait participé au défi No Buy. Je me suis dit que c’était intéressant, cette affaire-là. Nos enfants étaient tous partis, alors avec mon conjoint, on s’est donné le défi de ne rien acheter pendant six mois. »

Finalement, ça s’est tellement bien passé que les 6 mois se sont transformés en… deux ans et demi !

Le couple a somme toute trouvé l’expérience facile, voire carrément agréable. Qu’est-ce qui les a fait abandonner au bout de 30 mois ? « Ce qui nous manquait, c’était des sous-vêtements puis des bas. […] J’ai réparé tout ce que je pouvais. »

Bref, Lucie s’est vite habituée à ne rien acheter, et le bien-fondé de cette habitude lui a été confirmé quand elle a déménagé de son bungalow à Rimouski vers un condo montréalais beaucoup plus petit :

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« Ç’a été un processus qui a duré un bon deux ans, de tout vider avant d’arriver à Montréal. C’est là que tu [de demandes] : “Mais pourquoi j’ai autant d’objets ? Pourquoi j’ai tout ça ? À quoi ça sert ?” »

L’expérience de Laurence, étudiante et entrepreneure, est plus récente. De son côté, ce sont les réseaux sociaux qui l’ont motivée à essayer de prendre part à ce défi : « À la base, je suis quand même très à l’affût de mes finances […], ça a toujours fait partie de ma routine. Alors, j’avais envie de me challenger. Sur mon feed TikTok, c’est du contenu que je regarde, puis je me suis dit : “Pourquoi pas essayer, pendant un mois, de ne pas dépenser ?” »

L’expérience s’est remarquablement bien déroulée, mais Laurence admet ne pas être « une grande dépensière à la base ».

Surprenamment, ce qu’elle a trouvé le plus difficile à arrêter, ce n’est pas le magasinage en ligne, le resto ou les sorties… C’est le café. « J’adore le café ! »

Comme mentionné plus tôt, les participants au défi No Buy se permettent des exceptions ; Lucie et son conjoint ont continué d’acheter les essentiels de salle de bain (papier de toilette, pâte à dents, etc.) ainsi que de la nourriture. Même chose du côté de Laurence, qui demeurait toutefois assez stricte : si elle se permettait de faire l’épicerie, elle ne se permettait toutefois pas d’arrêter à l’épicerie pour combler une simple fringale. (Laurence a plus de volonté que moi.)

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Une habitude qui a perduré

Même si Lucie ne fait plus activement le défi No Buy, les habitudes qu’elle a acquises pendant ces deux ans et demi ont perduré : « J’achète à peu près rien, à part des aliments puis des choses pour la salle de bain. […] Pour mes enfants, quand c’est leur anniversaire ou Noël, je les invite à souper. »

Lucie relâche toutefois les cordons de la bourse pour s’offrir des expériences ; elle va au resto, achète des billets de spectacle ou encore des entrées pour des activités comme des jeux d’évasion en famille.

Et encore là, Lucie et son conjoint profitent aussi de la grande offre de spectacles gratuits à Montréal.

Mais ce qui a vraiment aidé Lucie à demeurer sobre au niveau de ses habitudes de consommation, c’est le groupe Facebook Buy Nothing de son quartier. Ces groupes sont dédiés à l’échange, au prêt et au don de biens durables ou non.

« J’achète à peu près rien. Sur le site Buy Nothing, des fois, les gens offrent des vêtements, puis ce sont des vêtements vraiment propres, là. Fait que des fois, je me fais plaisir. Je vais me chercher un chandail ou deux. Mais si je rentre un morceau dans mon garde-robe, il faut que j’en sorte un. »

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De son côté, Laurence a acquis un regard neuf sur ses dépenses grâce à son expérience et ironiquement, ce défi lui a permis d’en faire certaines sans éprouver de la culpabilité : « Des fois, c’est de connaître dans quoi t’es à l’aise de dépenser, puis [t’assurer] que ça t’apporte assez de bonheur, que ça vaut la peine et l’argent que tu mets là-dedans. »

Ainsi, les cafés à 2 $ valent amplement le coût à ses yeux, et elle se permet maintenant cette petite dépense sans trop se sentir mal.

Par contre, le défi No Buy lui a également permis de développer une technique pour limiter ses dépenses. À la fin du défi, elle a réalisé que certains achats, qui lui semblaient très attirants quelques semaines plus tôt, ne l’intéressaient déjà plus. Maintenant, avant d’acheter un vêtement, elle attend une semaine ou deux. Si l’envie est toujours là, elle l’achète : « S’accorder un peu plus de temps, ça aide vraiment. Des fois, tu y repenses plus pantoute, puis tu te dis : “Mon Dieu, je suis contente de ne pas avoir dépensé 30-40 $ là-dessus !” »

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Une question qui dépasse les choix individuels

Même si l’expérience No Buy de Lucie se faisait sur une base individuelle, elle l’a menée à une réflexion plus large, tout d’abord sur les exigences qu’on impose aux femmes : « Moi, j’ai pas besoin d’avoir une petite robe chic, parce que j’ai pas d’activité pour ça, comprends-tu ? Je trouve que, malheureusement, les femmes sont beaucoup jugées : “Je suis pas pour la remettre parce que je l’ai déjà mise, il faut que je suive la mode, il faut que j’aie les ongles de telle façon… Moi, je veux pas embarquer dans cette affaire-là. »

Note intéressante : même si elle remet toujours les mêmes robes, Lucie nous assure que personne ne semble l’avoir remarqué jusqu’à maintenant. Peut-être parce que tout le monde est trop occupé à espérer que personne ne remarque qu’eux aussi ont remis le même linge.

Mais l’expérience l’a surtout menée à une réflexion plus large sur le système dans lequel on vit : « On est fatigués, on achète, on ne se pose pas trop de questions. On a peut-être oublié de l’évaluer, ce rôle-là de consommateur. »

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Cette réflexion s’est poursuivie quand elle a vu à la télé une discussion entre une femme qui avait tenté une expérience semblable et un chroniqueur économique qui lui avait dit : « Si tout le monde faisait comme vous, notre économie s’effondrerait parce que notre économie est basée sur la consommation. »

Cette réponse du chroniqueur l’a saisie : « Ça veut dire qu’on veut pas que les gens réfléchissent à leurs choix. On veut qu’ils consomment ! »

Peut-être qu’éviter d’acheter, finalement, c’est plus qu’un petit défi financier ; c’est peut-être un peu une révolution !

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