Il ne fait définitivement pas beau dans le métro

En tout cas, pas ces jours-ci. Je suis même surprise qu’il n’y ait pas eu d’attaques de rage à coups de petites boites à lunch en nylon. Mon rêve: une bataille générale à Berri-UQAM, où je sors ma sandwich et l’effouerre dans la face de mon prochain.

Il me semble que c’était différent avant. Avant, dans ces saisons lointaines où on pouvait prendre nos vélos pour aller travailler. Ça semble être une invention de mon esprit, mais je vous jure qu’il fut un temps où on pouvait circuler dehors sans craindre à tout moment de mourir dans un banc de neige, dans l’échec cuisant de s’être fait ramasser par une déneigeuse en voulant dépasser une madame qui marche pas vite. Bref. En cette saison polaire, aux voyageurs habituels du métro s’ajoutent tous les automobilistes s’étant réveillés avec trop de flemme pour sortir leur auto de son igloo. Et ça, ça fait beaucoup de monde dans le métro.

Tellement de monde que j’ai envie de me construire une vraie bulle corporelle, faite avec du bubble wrap, du duck tape, pis des clous qui sortent de partout. Je suis capable, j’ai étudié en design de mode. Check-moi ben aller, Jean Airoldi. Sauf qu’en attendant de me construire mon magnifique suit de fille fragile, j’ai appris à rétrécir. À me compacter la queue de cheval. À me rétracter les bras par en-dedans. À ne faire qu’un avec mon sac à dos. Un vrai tour de magie. Marie-Magie c’est moi, je vous le dis.

Dans toute cette histoire de face-dans-le-poil-de-capuchon-de-ton-voisin, le pire m’est arrivé ce matin. À 8h32 au métro Beaubien, le 17 février 2015, je me suis fait voler mon bitch move par excellence: le eye-roll. La voleuse portait un manteau Mackage et elle a roulé des yeux tellement fort qu’il s’est creusé des petites rivières beiges dans le fond de teint sur son front. J’ai même eu peur qu’elle me balance son sac Michael Kors en plein visage, ou encore, qu’elle passe au move passif-agressif par excellence numéro deux, le soupir exagéré… Mais elle s’est gardé une petite gêne.

C’parce que le eye-roll, c’est MON move.

Oui, mon interaction quotidienne avec des idiots -ainsi qu’un test Buzzfeed ma foi très perspicace- me confirment que ma meilleure réaction passive-agressive, c’est le eye-roll. Version française: roulement de yeux. Regard en l’air exaspéré. Face que ferait une ado lorsque ses parents lui demanderaient “Ça veut dire quoi donc YOLO?”

Eye-roller, c’est tellement satisfaisant. Même si je dois prendre 3 Advils par la suite pour m’enlever mon mal de crâne, j’aime regarder un idiot droit dans les yeux et lui communiquer ma rage via mes globes oculaires. Oh, il ne s’en rend peut-être pas compte, puisque c’est un idiot. Il pense sans doute que j’essaye de faire la chorégraphie de Chandelier avec mes yeux. Pas grave: moi, je libère ma haine ourlée de mascara du Sephora. C’est beau, je vous dis. Ça fait du bien.

Donc, fille-Mackage était frue. Fille-Mackage lisait le Journal Métro et j’ai osé la déranger dans sa lecture en me faufilant dans l’espace microscopique entre son coude et la sacoche puffy d’une madame qui débarque à McGill. Fille-Mackage avait choisi une des habitudes les plus agaçantes à l’heure de pointe: le tournage de pages de papier sale dans la face, sans aucune crainte de paper-cutter les paupières avoisinantes au passage. Tout ça pour quelques potins mous sur je ne sais trop quoi, peut-être sur le simili-débat des derniers jours en lien avec 50 Shades of Grey.

On va mettre les choses au clair: à l’heure de pointe dans le métro, ce n’est pas par plaisir que je viens m’étamper la face dans ton manteau. Je l’admets: il n’est pas déplaisant de regarder la construction fascinante du tissu Goretex de ta doudoune, mais j’aimerais mieux faire quelque chose d’un peu plus important, genre, RESPIRER. Cependant, si c’est un mal nécessaire à tous mes déplacements dans le métro, je suppose que je n’ai pas d’autre choix: je vais le passer à la loupe, ton Goretex. Suant dans ma doublure de plumes d’oies, je vais m’évader mentalement pour rêver à une vie de métro meilleure: des gens dansant et chantant dans des habits de neige de l’Expo 67, des boites de beignes gratuits à l’infini, distribution d’iPods remplis d’audiobooks de David Sedaris… Je vais prendre mon mal en patience jusqu’à ce qu’il fasse de nouveau beau dans le métro. Au pire du pire, je me tiendrai prête pour une bataille, yeux bien ancrés dans leur orbite et sandwich aux oeufs à la main.

Photo: abdallah

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