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J’aimerais beaucoup éviter que mes enfants se grillent les yeux et le cerveau en abusant des écrans. De nos jours, ça prend du travail et beaucoup de volonté pour garder les cellulaires et les iPads loin de leurs petites mains collantes, mais je crois que c’est important. Les négociations quotidiennes de temps d’écran sont plus tendues que la diplomatie internationale, et je dois moi-même faire preuve d’une discipline de fer pour ne pas me faire prendre à doomscroller au lieu de donner l’exemple.
Et pendant ce temps-là, qui est-ce qui a le nez collé sur son écran 10 heures par jour pour écouter des vidéos d’extrême droite générées par l’IA? Mes boomers de parents, bien sûr. J’ai compris qu’on avait un problème le jour où mon bébé s’est mis à chanter le son des notifications Facebook après avoir passé la fin de semaine chez Papy et Mamie.
Pourtant, il y a 20 ans à peine, mes parents se déclaraient eux-mêmes « anti bébelles techno et web 2.0 ». Ils étaient le genre de personne qui te disait de lâcher ton cell et d’aller sentir l’herbe sous tes pieds. Aujourd’hui, contre toute attente, ils ont rejoint les rangs des 65 ans et plus qui font une utilisation massive des écrans. Selon une enquête menée par la Direction régionale de santé publique et l’université Concordia, 29,7 % des boomers passent plus de 4 heures devant leur tablette ou autre appareil électronique, un chiffre basé sur leurs propres déclarations.
Si vous demandiez à ma mère, elle vous dirait probablement qu’elle jette un œil à ses messages quelques fois par jour, alors qu’en vérité, elle est collée à Facebook à longueur de journée comme un maringouin sur une lampe de camping.
On connaît bien les effets néfastes des écrans sur les plus jeunes : altération du développement du langage, de la motricité et des liens socioaffectifs, augmentation des cas de myopie, baisse de l’activité physique, adhésion à l’idéologie pro-police de la Pat’Patrouille (ne me citez pas sur ce dernier point). Mais qui s’inquiète du sort de nos vieux parents?
Si vous pensez que vos parents ont un problème d’écran, je vous recommande le dialogue et la réduction des méfaits plutôt que la confrontation.
Que vous le vouliez ou non, les grands-parents et le brain rot, c’est une histoire d’amour faite pour durer.
Intéressez-vous à ce qu’ils écoutent. « Un bébé qui fait du breakdance? Penses-tu qu’il y a des chances que ce ne soit pas une vraie vidéo? » Encouragez vos enfants à être sceptiques, eux aussi, face à ce qu’il voit sur le iPad de grand-papa. « Je pense que ça te ferait du bien d’aller au parc avec moi pour prendre une pause des conférences à propos de la Covid sur YouTube, pépère. » C’est diablement efficace.
Ce n’est peut-être pas la conclusion que vous souhaiteriez, mais quand on y pense, la dépendance aux écrans de nos parents a probablement la même source : un manque affectif qui pourrait être comblé en allant bruncher chez eux le dimanche avec les petits. Mais vous vous en doutiez déjà, hein?
Selon ma mère, c’est moi qui capote pour rien. « Qu’est-ce que ça peut bien te faire, si je passe du temps sur ma tablette? Ça ne fait de mal à personne. Je suis à la retraite, j’ai pas mal fait le tour des discussions que je peux avoir avec ton père, et surtout, j’ai pas le choix. La banque, le docteur, les services gouvernementaux, les nouvelles : tout se fait sur Internet. Je serais bien isolée sans ça. Te souviens-tu que ta grand-mère à toi laissait la TV rouler toute la journée? C’était bien pire. » J’avoue que ce sont là de bons points. Mais alors, pourquoi ai-je l’impression qu’elle s’engage sur une pente glissante vers la déconnexion du monde réel?
Selon les experts (ici et ici), là où l’usage intensif finit et que la dépendance aux écrans commence, c’est quand l’hygiène, les relations sociales et les autres centres d’intérêt prennent le bord. Dans le cas de mes parents, on peut ajouter que l’utilisation problématique des écrans inclut de complètement scrapper l’éducation screen-free de leurs petits-enfants, et de se faire berner par des complotistes, chatons en IA et autres chatbots voleurs de carte de crédit.