Il faut que tu lâches ta job, même si…

Ça ne s’achète pas, «  vivre passionnément de sa profession  ».

Je me souviendrai toujours de voir ma collègue préférée en sanglot à son bureau. Cette vision a déclenché ma décision finale : il fallait que je démissionne. Aujourd’hui, c’est à mon tour de t’annoncer une grande nouvelle : il faut que tu lâches ta job.

Même si t’aimes tes collègues

Devenir complice avec ses compagnons de travail, c’est fantastique. On s’écrit toute la journée. Le midi, on se donne rendez-vous pour manger ensemble. On peut parler contre le patron ensemble : « non, mais c’est vrai qu’il chiale toujours sur ce qu’on fait, mais peut-être qu’on le ferait comme du monde s’il était plus clair dans ses consignes? »

Dans 5 ans, tu seras peut-être le seul du groupe encore à l’emploi. Tes collègues t’aiment bien, mais ils ne se gêneront pas, eux, pour partir vers de meilleurs cieux. Là où le salaire sera plus élevé. Là où les responsabilités seront plus intéressantes. Là où un emploi de rêve s’offrira à eux.

Il ne restera que toi. T’auras l’air de la personne trop vieille qui est restée à traîner devant le dépanneur alors que tous tes amis sont rendus ailleurs dans leurs vies. Si vous êtes si proches que ça, vous trouverez du temps pour vous voir. Spoiler alert : Ça n’arrivera pas.

Même si t’as des avantages qui rendent les autres jaloux

Tu voyages beaucoup avec ton travail? Tes photos sur Instagram récoltent des likes envieux? Tu ne travailles que trois jours par semaine? Tu peux glander sur Facebook toute la journée? Il y a une table de pingpong dans la salle des employés? Premièrement : bravo. C’est vrai que c’est agréable.

 

Tous ces agréments peuvent disparaître instantanément. Un simple changement de politique et c’est terminé.

Deuxièmement, tous ces agréments peuvent disparaître instantanément. Un simple changement de politique et c’est terminé. Je me souviens de la fois où j’étais donc heureux d’avoir un voyage au Four Seasons de Dallas pour un séminaire. Un hôtel si luxueux qu’à la piscine, je n’avais qu’à approcher une chaise afin qu’un employé vienne y déposer une serviette et me serve un verre d’eau glacé. Dans les couloirs, entre les conférences, il y avait des petits frigos remplis d’Häagen-Dazs.

Cinq ans et une petite modification au code de mon travail plus tard, me voilà dans un coin louche d’Atlanta. Louche au point où les maisons de la rue de mon hôtel ont des vitres cassées. J’aurais préféré rester chez moi.

Même si tu gagnes beaucoup d’argent

L’argent est synonyme de pouvoir d’achat et de liberté. En quoi ça serait un problème de rester dans un travail pour l’argent?

Parce que plus qu’on a d’argent, plus on a tendance à le dépenser et à même s’endetter. On pense qu’on pourra toujours tout payer tout le temps. On s’enfle la tête de projets et d’objets. Tu te payes des voyages impressionnants, une grande maison, une belle voiture… Tu penses te lever le matin pour aller te mériter ton prochain voyage en Autriche au travail, mais tu t’y rends pour rembourser ta carte de crédit.

Tu te sens privilégié. Ta carte de crédit est or ou platine parce que tu dépenses beaucoup. Beaucoup trop.

Dans 5 ans, combien ça te coutera de rester dans un emploi payant, mais insatisfaisant? Combien de bouteilles d’alcool ou d’achats compensatoires devras-tu acheter pour rendre le peu de temps en dehors du travail suffisamment agréable? Que devras-tu faire afin de contrebalancer le poids de tes journées ennuyantes?

Ça ne s’achète pas, « vivre passionnément de sa profession ».

La seule bonne raison de rester

C’est long huit heures par jour. C’est long 40 heures par semaine. Avec trois semaines de vacances, tu vivras mille neuf cent soixante heures au travail dans une année. Voir que tu vas te contenter d’une job qui fait la job.

D’ici la retraite, tu vivras beaucoup d’évènements tristes. C’est la vie. La maladie va frapper. Des proches vont mourir. Ma collègue ne pleurait pas parce qu’elle détestait travailler avec moi. Je te jure. Je ne suis pas si pire que ça. Son chat de 18 ans venait de mourir. Elle a passé deux jours à pleurer dans son cubicule. Imagine si en plus, elle n’était pas passionnée par son travail.

Tu ne devrais pas trouver des raisons pour rester où tu es, tu devrais trouver des raisons pour quitter. Tu restes à ton travail parce que c’est ce qui t’allume et que tu ne te vois nulle part ailleurs. Ta passion pour ton métier agrémente ta vie 1960 heures par année.

Dans cinq ans, tu regarderas derrière toi avec le souvenir de t’être accordé le droit de goûter au bonheur.

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