Hunger paint : URBANIA est allé lutter dans la peinture

Récit d'une soirée enlevante de live painting

De la lutte, de la peinture. Pas de la lutte dans la peinture, plutôt une ligue de lutte sur toile dont les combats se livrent dans un ring à ciel ouvert et où l’art s’offre à un public partisan assoiffé de performance. C’est ça Hunger Paint! Et le 22 juin dernier, deux représentantes d’URBANIA y participaient, vêtues de ses plus beaux atours de lutteuses, mi-GLOW, mi-an Gorta Mór .

Entrevue avec nos personnages créés de toutes pièces pour l’occasion, la féroce URBANIKA et sa coach Annie O’Flanaganaganagan.

Comment vous êtes-vous préparées pour le combat?

URBANIKA : Mes skills en peinture sur toile sont vraiment limités (lire inexistants), mais comme ma famille est à la tête du cartel de la pomme de terre de Florenceville-Bristol au Nouveau-Brunswick, j’ai choisi de me tourner vers une arme créative que je maîtrise : l’estampe en patate. Conçues selon une technique ancestrale avec un couteau d’office, j’ai gossé un arsenal décliné en quatre formes :  une étoile, un  coeur, un signe de croix, et une ligne toute simple pour les attaques sournoises improvisées.

ANNIE : C’était important pour moé qu’URBANIKA développe d’abord un sentiment de fierté pour ses ancêtres irlandais dans le ring. Son arrière-arrière-grand-mère est arrivée à 14 ans sua Grosse-Île en 1847 avec sa mère, ses 28 frères et soeurs pis sont tous mort du choléra sauf elle. Elle s’est installée au N-B pis elle a monté le cartel tu-seule. URBANIKA a les patates dans le sang. Ça fait partie de son amidon. Euh de son ADN, j’veux dire.

Le calibre des lutteurs était de haut niveau, la crème de la crème…

URBANIKA : Oui, mais honnêtement je n’étais pas particulièrement nerveuse…

ANNIE: C’pas des déguisements de Village des Valleurs qui vont nous intimider.

Ah oui? Pourtant, sans vouloir être indélicate, je t’ai déjà vu dessiner un bonhomme allumette dans paint et je n’aurais pas mis mon 5$ sur toi…

URBANIKA : En même temps, j’étais la seule à avoir une coach pour me crinquer. Annie, c’est de la bombe. Elle a connu la famine en Irlande, mettons qu’un combat sur toile ça ne l’énerve pas ben ben. J’ai commencé à stresser quand je me suis rendue compte que je n’avais pas apporté de peinture. Là j’ai commencé à avoir chaud dans mon suit en aluminium : tsé le core de cette affaire-là, c’est la peinture. Pas de gouache, pas de victoire. Mais tout s’achète dans la vie…

ANNIE : J’avais préparé un Plan B au cas où une de ses étampes de patate brise et qu’elle perde du terrain. Mettons qu’on n’était pas prêtes à lâcher la patate hehehe!

Vous avez observé le premier combat opposant Unipaint et Bullshit un peu en retrait. Il y avait pas mal de monde. Aviez-vous mesuré l’ampleur de l’événement?

URBANIKA : Le public était vraiment dedans, un mélange de partisanerie et de curiosité artistique je dirais, ou de curiosité tout court je sors-du-Métro-kessé-ça. Faut dire que les combats se font dans un cadre, mais il y a quand même beaucoup de latitude laissée aux lutteurs. T’aurais dû voir quand Bullshit a commencé à cracher sur la toile! Personne s’attendait à ça. Mais bon, Unipaint qui suait dans son costume de licorne a beaucoup travaillé le bleu. Excellente stratégie quand on sait que  c’est la couleur préférée  qui revient le plus souvent statistiquement. C’est ce qui lui a valu la victoire selon moi.

ANNIE : On va mettre quelque chose au clair, ok? La job d’ URBANIKA, c’est de se concentrer sur son combat. Ma job à moi, c’est d’encourager les plus faibles (ceux que j’ai pas peur qu’ils nous battent) et d’crier des insultes aux pas bons qui peignent plus haut que le trou.

Puis votre tour est venu, vous étiez jumelé à Prince Albert dans un combat vous opposant à Knuckle Slayer…

URBANIKA : Prince Albert m’a tout de suite mis en confiance. Pas que notre duo en manquait, mais même avec un bas de nylon sur la tête, ce gars-là c’est le genre de pilier sur lequel tu peux compter pour dompter la toile et faire freaker l’adversaire. Avec un pinceau, il est terrifiant. Malgré tout, ça n’a pas été suffisant dans le combat. Mon erreur de départ, en néophyte, aura été de ne pas profiter de la toile. J’avais une approche 81/2 x 11, je me suis en quelque sorte autopeinturé dans le coin et j’ai peint comme un daltonien. Quand j’ai levé les yeux pour voir où Knuckle Slayer était rendue, j’ai vu la victoire m’échapper. On a même essayé de saboter son travail en lui lançant des patates grelots, mais elle a récupéré tous les coups bas à son avantage. If you can beat them, join them comme on dit…

ANNIE : Prince Albert yé ben fin, mais au final, l’important pour moi c’était de gagner. C’est tabou, mais c’est comme ça. J’ai fait ce que j’avais à faire : j’ai acheté la victoire avec une grosse liasse de dollars (le cours du dollar de Dollarama est pas mal avantageux ces temps-ci, j’ai fait une bonne affaire).

Un move qui a été reçu difficilement par le public.

URBANIKA : Pendant une fraction de seconde, on a craint l’émeute. Mais les organisateurs ont eu la finesse d’esprit d’enchaîner avec le combat de vétérans, la pièce maîtresse du spectacle. Le public s’est calmé pour ne rien perdre du match entre Pelures Troudcul et son cybord Borama qui affrontaient Mephisto et Ojo. Les deux duos sont arrivés armés jusqu’aux dents, c’était beau à voir. Le combat? Je décrirais ça comme un genre de projet de Moment Factory, mais lo-fi, avec un résultat ahurissant, autant sur la toile que pour le show en soi.

ANNIE : Personne peut résister à l’appât du gain. C’est de même que le monde marche, depuis que Saint-Patrick a fait son sermon sur le roc de Cashel pis que les Irlandais monnayaient les places en 1re rangée.

Est-ce le début d’une carrière de lutteuses? Y a une autre soirée Hunger Paint ce soir au Métro Beaubien si je ne me trompe pas…

URBANIKA : Comme je manquais d’échauffement, je me suis un peu blessée au dos. Ça ne m’empêchera pas d’aller regarder les combats de ce soir, mais pour ma propre performance, on va mettre ça sur la glace pour l’instant. Mais je me suis surprise à regarder les soldes au Omer DeSerres l’autre jour, alors on ne sait jamais, un retour sur la toile n’est pas exclu. C’était fou comme soirée.

ANNIE : URBANIKA va être traitée aux compresses d’amidon de patates douces bio pendant quelques semaines pour que ses lombaires se rétablissent. Je garantis pas que le match de ce soir soit aussi enlevant que si URBANIKA y participait, mais faut y aller pour le vérifier. En tout cas moi c’est certain que j’irai discrètement observer la compétition pendant que ma petite athlète d’amour se repose en mangeant de la poutine aux stéroïdes. Je vais prendre des notes sur les meilleurs moves des lutteurs. Ça pourrait être utile pour le futur.

RENDEZ-VOUS CE SOIR 18h au Métro Beaubien pour d’autres combats de peinture sur toile, dans le cadre du festival SOIR

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