Hugo Mudie « critique » Everyday is Christmas de Sia

Tout-inclus, reggae et mystérieuse madame.

Selon Hugo Mudie, le CD est mort. Personne en achète. Les critiques aussi sont morts. Ils ne servent plus à rien. On peut écouter ce qu’on veut quand on veut. Pas besoin que personne vous dise ce qui est cool et ce qui l’est pas. Pas besoin de suivre personne. Vous pouvez enfin écouter ce que vous voulez, sans vous soucier de savoir si URBANIA à donné 2/5 ou 4,5/5. C’est donc le moment parfait pour Hugo de réinventer la critique de disque.

Le CD est mort, vive la musique, vive Hugo. Cette semaine, un voyage dans l’univers que lui a inspiré Everyday is Christmas de Sia.

J’ai toujours passé le temps des fêtes chez nous, à Pointes-aux-Trembles. J’adorais Noël quand j’étais petit. J’allais pas à l’école, mes parents avaient l’air de s’aimer encore, j’avais tous les jouets que je voulais au long de l’année, d’une shot. Je voyais mes cousins pis mes tantes.

Je jouais au mini-hockey pis au Nintendo jusqu’à trop tard et je mangeais trop de pain. Je dormais un peu plus tard le matin aussi. Pis mon père me laissait écouter la 2e période des games du Canadiens. J’étais habitué d’écouter juste la première. Mais là, c’était les vacances, il me laissait.

Je m’accotais sur lui. Il était relax pour une fois. Je mettais un coussin entre ma tête pis son épaule. Ça sentait sa senteur à travers pareil. Pis je l’aimais assez. Sa senteur pis lui.

Je dormais souvent avec un de ses t-shirts pour le sentir toute la nuit.

Il me faisait remarquer tous les p’tits détails d’une game de hockey. La position des mains sur le bâton, le marquage/démarquage, qui avait peur ou pas dans les coins. Russ Courtnall avait peur. Rick Tocchet pas pantoute.

À l’adolescence j’ai trouvé ça plus tough. J’me suis rendu compte que j’avais moins en commun avec ma famille finalement. Mon père était parti avec une fille de sa job. Une fille qui travaillait au poste, mais elle était pas policière comme lui. Je voulais pas la voir ni lui parler. J’ai vomi la première fois que je les ai vus s’embrasser. Vomi pour vrai, du vrai puke.

J’aimais pas trop mes cousins finalement, pis mes tantes non plus, sauf une. Je mangeais plus de dinde. Plus de viande pantoute en fait. Pis fallait je l’explique à tout le monde, à toutes les années.

  • – Même pas du poisson?
  • – Non, aucun animal vivant.
  • – Mais des carottes, oui hein?
  • – Oui oui, des carottes c’est pas un animal!
  • Mais c’est vivant! Haha, Gisèle as-tu entendu ça… des carottes c’est vivant! Haha c’est vrai pareil.
  • – Oui oui, Gilles.

Pis rendu adulte, c’est encore pire. Je déteste les parents de ma blonde. J’aime bien ma sœur, mais elle est toujours à l’extérieur du pays pour aider du monde dans des pays qui rush.

Ma mère sort avec un ostie d’épais, du genre petit Joe connaissant qui connait rien. Pas de culture, qui parle fort, pis qui boit trop de vin. Il essaie de me parler de ma job (écrivain) mais il catch rien et me parle de fucking JK Rowling qui fait plein de cash.

  • – Tu devrais écrire de quoi de fantastique… j’te l’dis moi. C’est ça qui marche. Eille, JK Roning(sic) là, est multimilliardaire… pas millionnaire là, milliardaire criss. Tu pourrais faire ça toi, une couple de p’tites histoires de magie pis allô les millions. T’aimerais pas ça faire des millions, JF?
  • – Ben oui, mais pas tant écrire des trucs de magie.
  • – Mais tu écris des poèmes. Personne lit ça des poèmes.
  • – Moi je lis ça.

Cette année, j’ai donc décidé d’aller tout seul dans un resort en Jamaïque. Un tout-inclus. Avec des glissades d’eau. J’suis jamais allé dans un tout-inclus non plus. Tout le monde rit de ça, mais j’men criss ben. J’veux juste lire, rester dans une chaise longue à regarder le temps passer. Pis l’idée de se baigner à Noël, j’trouve ça cool. Du moins, c’est différent. Pis si je suis bien franc, dans le fin fond de mes entrailles, j’suis content en criss de pas avoir à parler à plein de monde dans un marathon de l’idiotie de 10 jours. Écouter le fucking disque de Ginette Reno de Noël.

J’suis parti le 22 décembre. J’suis revenu le 10 janvier. C’est la meilleure décision que j’ai jamais prise. C’est du reggae qui jouait non-stop dans le resort. Pis j’adore ça, le reggae. Pis c’était pas du fucking dancehall déguisé en reggae, non, le real shit, Desmond Dekker, Derrick Morgan, les Skatalites, Bob Marley évidemment. C’était exactement ce que j’avais besoin. Écouter Unity de Desmond Dekker, le cul dans l’eau, à regarder le monde sourire. J’ai même presque pas trouvé ça quétaine. Oui le monde se promène en bikini pis en bedaine partout avec des genres de grosses cruches/gourdes remplies non-stop de rhum and Coke, mais c’tu vraiment pire que mes tantes qui se clenchent trois bouteilles de vin chacune pis qui se disent leurs quatre vérités dans la cuisine rendue à dix heures et demie le soir, pendant que les hommes parlent des Canadiens pis de chars dans le salon?

Le 25 décembre, carrément le jour de Noël, j’étais couché sur une chaise longue et je lisais La Femme qui attendait d’Andreï Makine. Y’avait une femme juste en face de moi, mais de l’autre bord de la piscine, qui arrêtait pas de me regarder. Non-stop. Elle baissait ses lunettes de soleil sur son nez comme dans les films pour que je voie ses yeux. Elle avait un beau p’tit chien avec elle. Un genre de p’tit Boston Terrier comme celui de Phil Roy. La fille était totalement out of my league. Trente-huit, trente-neuf ans (moi j’ai vingt-sept), corps fou, nez pointu, mâchoire prononcée, cheveux blonds par en arrière. Pas du tout mon genre de fille normalement. Je suis plus du genre bibliothécaire de l’Inde, mais bon. Elle avait l’air de la blonde du Russe dans Rocky 4. Je n’étais vraiment pas là pour ça non plus. J’ai une blonde à maison, mais elle commençait déjà à être tannée de moi. Je parle juste de littérature. Je lis tout le temps. Je n’aime pas ses amis. J’ai ben de la misère à suivre une histoire quand elle est pas écrite dans un livre.

Le reggae jouait fort. Je regardais la fille. Pis son p’tit chien. Elle s’est levée pour aller se rincer du côté de la piscine qui est juste deux pieds de profond. Elle s’est couchée sur le dos. Juste sa tête et ses seins ressortaient. Son chien est resté assis sur la chaise longue à la regarder. Moi aussi. Elle s’est retournée et m’a souri avant de plonger sa tête dans l’eau, de retourner à sa chaise tout en me souriant avant de s’assoir.

La journée continuait. Le soleil pâlissait. Les gens devenaient de plus en plus chaudailles. Le reggae défonçait les speakers. J’avais mangé de la pizz pour diner. En bedaine. La fille me lâchait pas des yeux. Elle a commencé à ramasser ses affaires. Mis un chapeau, mis ses trucs dans un gros sac de plage jaune avec des p’tits verres de limonade en dessin dessus. J’ai ressenti une p’tite craque sur mon cœur.

Elle est venue pour faire le tour de la piscine, mais a changé d’idée. Elle a traversé le pas-creux pour s’en venir direct vers moi. J’me suis redressé sur ma chaise, j’ai laissé mon livre tomber sur mon ventre, que j’ai rentré un peu pour avoir l’air tight.

  • – I watch you all day (accent russe, j’étais un génie de l’identification des faces) I was thinking you are going to talk with me. You miss your chance. My name is Nadheza, this is my dog Léon…for Tolstoï. I am from Russia.
  • – I am Jean-François, I’m from Montreal. I’m sorry, I’m not used to that, I’m more of a reader.
  • – Oh Montréal. Tu parles français donc, Jean-François. Tu aimes lire, est-ce que tu aimerais venir lire dans ma chambre ce soir pour Noël? Regarder un film, boire du champagne. On pourrait aller à la soirée aussi dans la section East du resort, où il y a les water slides. J’aimerais danser avec toi pour Noël.

Je n’en revenais juste pas. On aurait dit que j’étais dans un épisode de n’importe quel téléroman de Réjean Tremblay, quand il fait vivre un de ses fantasmes à un personnage. J’ai pensé à ma blonde c’est sûr. Mais j’ai surtout senti une légèreté dans mon ventre, dans mes épaules, dans ma tête. J’ai senti des ailes me pousser, j’ai senti que j’aurais pu écrire cent pages drette là, que je ne m’inquièterais plus jamais de pas avoir de cash, ou d’idées. J’me suis dit, fuck it, au pire ça va faire des criss de beaux poèmes. Pis son chien s’appelle Léon Tolstoï tsé.

  • – Oui ça me ferait plaisir Nadheza. Laisse-moi ramasser mes trucs ici et je te suis à l’instant.

Mon cœur explosait de bonheur et d’excitation. C’était pas sexuel. C’était romantique as fuck. J’me suis levé, elle m’a pris la main, on a marché vers le reggae main dans la main, vers sa chambre, le soleil dans le dos. Vers mon plus beau Noël à vie.

9.5 /10

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