Hiver de merde ou temps de chien?

YUL, aéroport de Montréal, 20 H 40. Décollage imminent. Température extérieure  moins 13 degrés bien frappés, ciel dégagé. Sur le sol, une belle neige blanche et ferme. Dans le ciel noir, des étoiles brillent.

BRU, aéroport international de Bruxelles, 7 heures, plus tard. En préparation pour l’atterrissage. Température au sol 4 degrés humides, ciel si bas qu’un canal s’est pendu, masse nuageuse compacte du Nord au Sud du royaume, pluie fine, intrusive, persistante.

Dans la voiture qui me mène à ma destination finale, sur les ondes de la radio publique francophone on parle de Montréal. L’impression d’être à peine parti, déjà revenu.

J’écoute d’une oreille fatiguée. Est-ce bien de la ville de Montréal que je viens de quitter dont le jovialiste journaliste parle ?

L’enthousiasme du propos tranche avec la lassitude pure laine. Au lieu de la litanie geignarde sur le temps qu’il fait ou qu’il ne fait pas, sur le déneigement qui tarde, sur la températures qui dégringole, sur l’agaçant facteur vent et sur l’hiver qui ne finit pas, j’entends parler de la pureté du bleu du ciel, de la lumière du soleil et de la neige pour laquelle les Québécois font sans cesse la fête.

Montréal en hiver, selon les dires du passionné voyageur, n’est que festival de sculptures sur glace, fêtes des neiges, célébrations de la froide saison, réjouissances glaciales, festivités animées dans la ville souterraine où se réfugie la population, balade en traîneaux à chiens dans les parcs et patin sur les lacs.

Je me remets difficilement du décalage horaire et du mauvais café aircanadien.

La voix dans le poste continue sur sa fervente lancée sans même évoquer Jean Charest et son industrie de la corruption. Montréal est un haut lieu de la gastronomie. Le reporter omet de parler de la cuisine canadienne, spécialité mets chinois, grecs et italien. Il ne parle même pas la légèreté de la poutine ou de la finesse du smoke meat. Au contraire. La fameuse cuisine québécois qu’il a dénichée est raffinée avec des accents du terroir : caribou aux canneberges, canard au sirop d’érable, tourte à base de gibier, morue de la Gaspésie,…

C’est l’heure des croissants et j’ai presque l’eau à la bouche.

Quand le journaliste parle d’escapades en dehors de la ville, ce n’est pas les problèmes de trafic, les ponts congestionnés ou les échangeurs sur le point de s’effondrer qui retiennent son attention. Ce sont les grands espaces à quelques minutes à peine du centre ville, les stations de skis et les pistes de motoneige trois fois plus nombreuses que les routes (c’est ce qu’il affirme) qui l’animent. Il invite même l’auditeur à aller rencontrer le Québécois chez lui, puisque, précise-t-il, il est très courant de se loger chez l’habitant. N’est-ce pas la meilleure façon de vivre à la québécoise et de goûter à cet art de vivre si chaleureux au cœur d’un hiver si rigoureux ?

Le Montréal que décrit la radio belge, tous ses auditeurs voudraient y vivre. Il suffirait aux Montréalais d’ouvrir les yeux pour se rappeler qu’ils y vivent déjà.

Il a arrêté de pleuvoir au-dessus de Bruxelles… entre 19 h 27 et 19 h 38. L’ami avec qui je bois une bière rêve lui aussi de travailler un jour à Montréal.

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