Histoires de croisières et de tout-inclus

À lire avant d'aller faire votre premier (ou prochain) tour dans un tout-inclus.

LA CROISIÈRE S’AMUSE (PAS TANT)

Ce qui est le fun avec les croisières, c’est que tout ce dont vous avez besoin se trouve en un seul et même endroit. Gym complet avec spa et salon de massage ? Oui. Piscine avec vagues artificielles pour faire du surf ? Check. Bar sans barman où les drinks sont mixés par des bras de robots ? Tasse-toi de là, Réno-Dépôt : nous autres, on l’a.

Mais vivre à 4 000 dans un endroit confiné peut aussi comporter des désavantages qui n’apparaissent pas dans les brochures. Le paradis flottant se transforme alors rapidement en enfer sur mer.

Prenez la gastroentérite. Les voyagistes ne s’en vantent pas, mais c’est un problème récurrent sur les bateaux de croisière. En 2016 seulement, 23 épidémies majeures de gastro y ont été répertoriées. Mais aucun épisode n’a encore battu celui du Explorer of the Seas, en 2014, durant lequel la gastro a frappé 20 % des passagers. Imaginez : près de 700 personnes qui se bousculent pour utiliser les toilettes, ne sachant pas trop de quel bord ça va sortir…

Et quand ce n’est pas le ventre des passagers qui défaille, c’est celui du bateau : en 2013, l’incendie d’une génératrice a forcé le Carnival Triumph à dériver cinq jours de temps au large du Mexique. Il n’y avait plus d’électricité, ni d’air climatisé, ni de possibilité de tirer la chasse d’eau. Quand le bateau tanguait, les toilettes débordaient, leur contenu dégoulinant le long des murs.

Cinq jours sans prendre de douche, à manger des sandwichs aux concombres et aux oignons, et à faire ses besoins dans des sacs en plastique… Le petit radeau de Tom Hanks dans Cast Away n’a pas l’air si pire, tout d’un coup.

UNE « BONNE MAIN D’APPLAUDISSEMENTS »

Si vous êtes déjà allé dans un tout-inclus, peut-être avez-vous applaudi à l’atterrissage de l’avion (en vous sentant un ti-peu niaiseux). Ou, à tout le moins, vous avez déjà entendu des gens applaudir (en les trouvant un ti-peu niaiseux).

Mais pourquoi féliciter ainsi le pilote d’avoir simplement fait son travail? Après tout, on n’applaudit pas un caissier qui scanne correctement une canne de jus de tomate, pas plus qu’on le fait pour une chauffeuse d’autobus qui s’immobilise convenablement à un arrêt.

Selon le magazine Travel + Leisure, le lieu d’atterrissage y serait pour beaucoup. Dans un vol vers New York — souvent plein de gens d’affaires —, les probabilités d’applaudissements sont faibles. Mais mettez le cap sur Punta Cana et les vacanciers risquent de vouloir davantage partager avec les autres leur excitation d’aller boire un drink dans un ananas.

Et, la plupart du temps, ça prend juste une personne qui décide d’applaudir pour que les autres suivent. Faites le test lors de votre prochain vol ! (Mais assurez-vous de porter une fausse moustache pour que personne ne vous reconnaisse.)

LA FAUNE DU TOUT-INCLUS

L’Afrique a ses éléphants et ses girafes ; l’Amérique du Sud, ses lamas et ses condors. Voici six espèces typiques des tout-inclus à repérer lors de votre prochaine visite à Cuba.

Le colon

C’est celui qui porte un Speedo, des Crocs et un chapeau de pêche. Il garde sa bière au « frette » dans un manchon isolant des Nordiques et il est couvert de coups de soleil parce qu’il s’est endormi chaudaille sur sa chaise longue.

L’hyperactif

C’est celui qui veut faire TOUTES les activités proposées par l’hôtel. Ses journées sont remplies d’aquaforme, de volleyball de plage, de tours de catamaran et de nage avec les dauphins.

Le « Toc »

C’est celui qui vient au même hôtel pour une huitième année de suite, qui réserve la même chaise longue dès 7 h le matin et qui apporte son propre beurre de pinottes parce qu’il sait que celui de l’hôtel goûte pas pareil comme à la maison.

Le party animal

C’est le jeune adulte qui vient d’atteindre l’âge légal pour boire. Sa vie au tout-inclus est un spring break permanent : il est toujours chaud, il parle fort, il met sa musique dans le tapis… mais c’est le plus silencieux dans l’avion du retour.

Le couple snob

Il est constitué de deux êtres qui n’assument pas d’être venus dans un tout-inclus. Ils font leur petite affaire dans leur coin, ne parlent à personne et passent leurs journées terrorisés à l’idée de croiser quelqu’un qui pourrait les reconnaître.

L’enfant orphelin

Sérieux, y ont-tu des parents, les enfants dans les tout-inclus ? Si oui, ils sont où ?!?

L’aquaforme : « aqua » bon ?

C’est une règle non écrite : un tout-inclus qui se respecte doit proposer des cours d’aquaforme à toute heure du jour et de la nuit. Parce qu’il faut bien les perdre, les kilos gagnés à abuser du buffet et du bar open.

Mais ça vient d’où, l’aquaforme ? L’homme utilise l’eau à des fins thérapeutiques et médicales depuis des millénaires, mais c’est seulement dans les années 1950 que la gymnastique aquatique a commencé à s’organiser aux États-Unis, quand Jack LaLanne, un pionnier du fitness, l’a intégrée à son émission de télé.

Depuis, sa popularité n’a cessé de croître. Parce qu’avec son faible risque de blessures et la résistance de l’eau qui oblige les muscles à travailler plus fort (apparemment, 30 minutes d’aquaforme = 1 h 30 de gymnastique terrestre), what’s not to like ?

Et, surtout, si vous êtes une femme célibataire de 45 ans particulièrement chanceuse, votre prof sera peut-être un jeune Cubain qui tombera amoureux de vous et qui déménagera au Québec pour vivre une passion brûlante à vos côtés, dans le plus pur des bonheurs. (Mais, juste au cas : connaissez-vous l’avocate Anne-France Goldwater ?)

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