Guindon au sauna

On a commandé cet article à Guindon au début de la production du magazine, alors qu’il s’agissait encore d’un numéro sur les gais et non sur les lesbiennes. Même s’il ne fitte plus avec notre thématique, on a décidé de le garder. D’abord parce qu’il est bon. Ensuite, […]

«parce que ne pas publier le texte d’un gars qu’on a envoyé passer une heure dans un sauna en petite serviette avec des hommes excités à l’idée de se farcir un débutant, ça se fait pas.»

Ce texte est extrait du #32 spécial Lesbiennes | présentement en kiosque

Avant de partir de chez moi, je m’étais fixé une limite à moi-même : « Personne ne va me toucher la graine ». À ce moment-là, je ne me doutais pas que j’allais bientôt dépasser cette limite.

PÉNÉTRER À L’INTÉRIEUR
À la base, je dois l’avouer, je n’aurais jamais eu le courage d’aller au sauna seul ou en compagnie d’un ami hétéro. Pas parce que j’avais peur de me faire violer ou, dans une moindre mesure, de me faire harceler sexuellement… je craignais juste qu’on découvre la vérité : que j’étais un journaliste hétéro en train de réaliser un reportage ayant pour but d’expliquer au public comment ça se passe dans un sauna. Je n’avais pas le goût de créer un scandale et de me faire sortir de là à coups de pieds (ou à coups d’autres choses) dans le cul. Ainsi, Il fallait qu’à l’intérieur de l’antre des plaisirs homoérotiques, j’agisse assez normalement pour ne pas dévoiler ma couverture, mais sans trop en mettre, pour ne pas franchir mes propres frontières personnelles.

Heureusement, j’ai pu compter sur la présence de Robert pour me servir de guide dans le palais de la verge. Ça tombait bien, Robert est président du Groupe de recherche et d’intervention sociale de Montréal (GRIS), un organisme communautaire dont la mission est de démystifier les réalités homosexuelles et de faciliter l’intégration des gais, lesbiennes, et bisexuels dans la société. Mon guide — que j’avais rencontré dans un brainstorm d’Urbania — avait de l’expérience dans les saunas et ne semblait pas tant que ça être attiré par mes fesses, ce qui en faisait le compagnon idéal pour une balade au pays du phallus turgescent.

On s’est fixé rendez-vous un dimanche soir à 21 heures dans un café, mais j’ai finalement insisté pour aller prendre une bière, histoire de me calmer les nerfs avant de pénétrer les lieux.

Robert en a profité pour m’expliquer les règles de base d’un sauna (que j’ignorais totalement), pour que je sois prêt à affronter l’adversité. Les voici, en version accélérée : tu vas au guichet, tu payes pour une chambrette ou un casier, tu rentres, tu vas te déshabiller dans ta chambrette ou devant ton casier, tu mets ta serviette autour de ta taille, tu vas te promener, tu erres, tu fais des rencontres palpitantes.

Jusqu’à « tu vas te promener », ça allait. Je comprends ces choses, je peux les faire, je peux les comparer à des situations issues de mon quotidien, comme « aller à la banque » ou « prendre l’autobus ».

Par contre, à partir de « tu erres », gros trou noir. No comprendo. Je n’allais pas tarder à découvrir comment ça marche : ma Labatt Bleue était finie.

Sur le trottoir, Robert et moi en sommes venus à la conclusion que je devrais prendre une chambrette seul, pour que je puisse m’y réfugier en cas de panique ou pour prendre des notes au besoin. Robert, de son côté, prendrait un casier et me rejoindrait par la suite.

LE TEMPLE DE LA BITE

Pour ceux qui sont déjà allés dans des stations thermales ou des spas, dites-vous que ça fonctionne à peu près de la même façon à l’entrée : vous payez et on vous donne une serviette et une clé. Sauf qu’au lieu de vous faire répondre par une madame douce en costume d’infirmière feng shui, votre interlocuteur est un punk vêtu d’un kilt. L’autre différence, c’est qu’au sauna, on vous donne en plus un condom. Et j’ai l’impression que ce condom gratuit est comme la liqueur chez Subway : renouvelable à volonté.

J’ai pris la serviette, la clé, la capote et mon courage, puis j’ai passé le point de non-retour pendant que Robert passait à la caisse. La porte franchie, je ne pouvais plus flancher. Je devais affronter mon destin : me jeter dans l’arène, désarmé, contre une horde de lions affamés.

Choc numéro un : les pénis! Partout! Des affiches de messieurs tout nus grandeur nature, des films pornos sur écran géant, des sculptures et, bien sûr, d’authentiques pénis, très réels, fixés sur des messieurs tout aussi réels, circulant autour de moi comme des vautours. J’étais vraiment au temple de la bite. Évidemment, la plupart de ces bites pointaient bien haut vers le ciel et, gorgées de sang, me regardaient comme des cobras sur le point d’attaquer.

Lisez la suite dans le #32 spécial Lesbiennes | présentement en kiosque

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