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Guérir pour toutes les teintes de peau
L’idée est née d’une grande frustration en 2019.
Alors que Tianna McFarlane sillonne les pharmacies et centres commerciaux pendant ses vacances à la recherche de simples bandages, une évidence lui saute aux yeux: un pansement à la couleur de sa peau, ça n’existe pas. Et pourtant, ce ne sont pas les couleurs qui manquent sur les étagères. Pansements rose pâle, rose foncé, jaunes, violets, à motifs de fées ou de superhéros… mais pas un seul pour matcher sa peau ébène.
Cette épiphanie constitue le point culminant d’une longue prise de conscience. Tianna se souvient d’avoir eu à préciser «pour filles noires» plus d’une fois en recherchant certaines coiffures sur Google afin de ne pas tomber sur des résultats pour cheveux exclusivement caucasiens. «Ça te fait penser que tu n’es pas un modèle de beauté et que tu ne pourras jamais accomplir les choses qu’accomplissent les gens faisant partie de ce modèle», dit-elle. «Tu ne te sens jamais assez.»
«Comme je voulais enfin voir des pansements pour peaux noires et brunes, j’ai décidé de créer ma propre marque.»
D’abord dépitée, Tianna a rapidement décelé l’opportunité d’affaires. «J’ai un background en gestion et opération», explique cette assistante administrative à l’Université York de Toronto. «Et comme je voulais enfin voir des pansements pour peaux noires et brunes, j’ai décidé de créer ma propre marque.»
Un produit qui se faisait attendre
«Nous n’avons pas eu de bandages marrons depuis très longtemps.»
Deux années de perfectionnement plus tard et Heal In Colour voit enfin le jour, en avril 2021. Vendus par trente, ces pansements se déclinent en trois couleurs, allant du beige foncé à un début de marron pour terminer sur une teinte chocolat. «Je voulais vraiment répondre à la demande des personnes avec différents tons de peau», affirme Tianna. Au vu de l’accueil extrêmement positif reçu, on comprend que chez cette cible, l’attente d’un tel produit a été longue.
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Tianna explique ce succès par le caractère unique de son produit sur le marché. «Nous n’avons pas eu de bandages marrons depuis très longtemps», relate-t-elle. «C’est une chose que les gens n’ont jamais encore vu alors ils sont impatients d’acheter enfin des pansements qui se marieront avec leur couleur de peau». À ce jour, 700 boîtes de pansements Heal In Colour se sont déjà écoulées.
L’initiative a également été saluée par la présidente de la Chambre de commerce noire du Canada, Christelle François. Elle s’étonnera au passage que d’autres grandes marques n’aient jusqu’alors pas encore passé le pas. En réalité, Band-Aid s’y est essayé début juin 2020 en lançant sa seconde gamme de pansements aux teintes foncées, après une première tentative infructueuse en 2005.
«Le but c’est que les enfants se sentent bien dans leur peau lorsqu’ils guérissent.»
Cependant, en considérant la longévité de la marque (créée en 1920) ainsi que le timing de cette annonce (au plus fort du mouvement Black Lives Matter), beaucoup y ont vu un certain opportunisme. «J’aurais aimé que ces compagnies aient cette même énergie avant», souligne également Tianna. «C’est dommage que ça ait pris autant de temps, mais ça reste malgré tout un début.»
Plus que des pansements
Pour la jeune entrepreneure, l’objectif de Heal In Colour dépasse les bandages: elle veut aussi faire évoluer les mentalités. «Nous ne sommes pas considérés comme faisant partie de la norme», déclare-t-elle à propos des communautés racisées. Cette marginalisation, qui se répercute dans le peu d’offres disponibles en rayons, finit par lentement affecter le mental. Surtout lorsque ce déséquilibre de standards se retrouve dans de petits actes anodins du quotidien.
En fondant sa marque de pansements sur un principe de diversité, Tianna souhaite vaincre cette invisibilisation que beaucoup intériorisent dès le plus jeune âge. À l’âge où la perception et la confiance en soi se développent, elle veut qu’une chose aussi simple qu’un bandage puisse suffire à se dire: «Je suis suffisamment important pour qu’un produit soit créé spécifiquement pour ma couleur de peau». De la même manière qu’un enfant blanc n’y réfléchirait pas à deux fois avant de porter un pansement beige ou rose, Tianna désire normaliser auprès de tous la présence et la disponibilité des pansements marrons.
Il est aussi important que ce bandage soit pour eux une seconde peau. «Le but d’un pansement n’est pas qu’il soit voyant au point d’attirer l’attention sur la plaie», rappelle-t-elle.
«Le but c’est que les enfants se sentent bien dans leur peau lorsqu’ils guérissent». Par cette phrase se comprend toute l’essence de Heal In Colour.