Goooooood morning Vietnam ! (avec du gaz hilarant)

Partir sur une balloune d'oisiveté.

Nous sommes une famille montréalaise plutôt sympathique, ayant décidé de tout sacrer là pour faire le tour de l’Asie durant environ sept mois. Nous ne sommes pas des hippies (sauf ma blonde qui porte encore des bijoux en bois), ni des gens riches, nous avons seulement décrété que ce projet supplantait en importance tous les autres. Voici le récit de notre voyage.

Ne rien faire.

Malgré les apparences, ça fait un bail qu’on n’avait pas fait ça. Les habitués comprendront la distinction entre un voyage et des vacances.

Et là, on était mûrs pour se poser et c’est ici, à Hanoi, qu’on a choisi de défaire nos sacs à dos pour une dizaine de jours, une première depuis Bangkok il y a deux mois.

C’est devenu un cliché entre ma blonde et moi de qualifier un endroit de « coup de cœur», mais la capitale vietnamienne se mérite aussi une place dans notre club de moins en moins sélect de destinations chouchous.

Des fonctionnaires, de grands espaces, le bucolique lac Hoan Kiem, quelques rues piétonnes, un train qui passe au milieu des cafés, un vieux quartier touristique mais, surtout, pas grand-chose à faire. Juste marcher sans but dans des dédales de ruelles étroites multicolores.  

Bref, si on transposait géographiquement la carte du Vietnam chez nous, la paisible Hanoi serait Québec et la tapageuse mais vibrante Hô Chi Minh-Ville personnifierait Montréal.

Mon père est rentré il y a quelques jours et ça faisait bizarre pour nous au début, en sevrage de sa présence au bout de la table lors des cinquante derniers repas.

Même si le départ de mon père nous chagrine un peu, je sais que ma mère – à l’autre bout du monde – l’attendait avec la même fébrilité qu’une ado de 1964 dans les studios du Ed Sullivan Show trois minutes avant l’arrivée des Beatles. 

La preuve.

Pour maximiser son précieux temps, on vient de traverser le pays à la vitesse «voyage organisé», d’où notre volonté de reprendre notre souffle. Hô Chi Minh-Ville, Can Tho, Hué, Hoi An, Phong Nha, Ninh Binh, Cat Ba, Sapa et Hanoi : neuf destinations en trois semaines, un rythme intense de croisiéristes baby-boomers.

À Cat Ba, justement, on a fait une croisière d’une journée dans la baie d’Along.

On y avait rencontré Laurence, une (autre) Québécoise, qui étudie au Vietnam.

On l’avait recroisée le soir même par hasard dans un bar, avec ses amis milléniaux. C’est de sa faute, les ballounes magiques.

C’était drôle parce que mon ami Rock venait tout juste de m’écrire pour me demander si j’avais essayé ça.

Je ne connais pas grand-chose, mais je sais reconnaître un alignement parfait des astres.

« T’en veux? », m’avait demandé Laurence en me tendant une grosse balloune blanche.

Même si j’étais presque le plus vieux de la place, je me sentais comme l’ado influençable dans une bd de prévention scolaire contre l’enfer de la drogue.

Presque le plus vieux, je précise, parce que mon père était avec nous, sans compter mon ami Jason, tsé le gars de Chicago super barbu avec qui j’avais refait le monde autour de plusieurs Beerlao au Laos.

Mon père me foudroyait de son regard signifiant : t’es pas obligé d’essayer ça maudit épais, t’as 40 ans, pas 16.

Pfff.

C’est un ancien policier, ces gens ne s’amusent qu’en frappant des minorités avec leur matraque, c’est bien connu.

« Awèye, donne-moi ça! », que j’avais dit à Laurence, une mauvaise influence originaire de Sherbrooke.

Le N2O est la formule chimique du protoxyde d’azote, plus communément appelé « gaz hilarant ». De grosses bonbonnes de ce gaz se trouvaient bien en vue derrière les bars du coin.

C’est probablement dangereux c’te cochonnerie là, que je me suis dit le lendemain en me levant tout habillé dans notre family room, surpris (mais heureux) d’être encore vivant.

Comme pour l’hélium, l’idée est de perforer un petit trou près du nœud et prendre une bonne puff en respirant et en aspirant frénétiquement l’air du ballon. Résultat : éclats de rire incontrôlables, euphorie et sensation bizarre que le monde tourne très vite autour de soi.

Sans surprise, c’est instantanément devenu ma nouvelle drogue préférée.

J’ai essayé de corrompre Jason, en vain. Mon père? Vous lui demanderez.

Laurence, qui passait sa soirée avec un gars qui ressemblait justement au loup-garou musclé dans Twilight, est même tombée dans les vaps quelques secondes après un léger abus de N2O.

C’est probablement dangereux c’te cochonnerie là, que je me suis dit le lendemain en me levant tout habillé dans notre family room, surpris (mais heureux) d’être encore vivant.

Mon père non plus n’en menait pas large, après avoir été la mascotte du bar, rempli de jeunes qui n’en revenaient pas de voir un monsieur de l’âge de leur grand-papa groover sur la musique d’un DJ qui se prenait pour David Guetta en 2005.

On n’a jamais revu Laurence, mais son Instagram indique qu’elle est encore en vie. Son ami loup-garou n’a pas été revu depuis la dernière pleine lune. Un hasard sans doute.

Après Cat ba, on a grimpé à Sapa, dans les montagnes, à 1500 mètres au-dessus de la mer. C’est un peu le Mont-Tremblant du Vietnam, qui devient lui aussi défiguré par le tourisme de masse. On a eu froid pour la première fois depuis janvier et le temps était pluvieux. Lorsque les nuages se dissipaient, par contre, la vue de notre chambre valait à elle seule tous les désagréments.

On s’est farci la visite d’un village perché dans les rizières avec une guide Hmong, un genre de Village Québécois d’Antan où ça tisse des vêtements, des paniers et où ça danse, le tout de façon trop traditionnelle pour être vrai. Bref, on s’est fait un peu avoir.

Notre guide kickait des culs au Uno au moins.

Notre répit salutaire à Hanoi me permet sinon de lire, de me taper des films sur Netflix et de me mettre à jour dans les derniers potins. Loin de moi l’idée de commenter aussi en retard la pilosité de Catherine Dorion, mais je trouve néanmoins que tout le Québec est passé à côté du VRAI scandale la concernant. Je parle bien sûr ici de l’organisation d’une fête nationale baptisée… « La Saint-Jean de Sol & Catherine ».

SIMONAC!?!

Sol & Gobelet tant qu’à y être!

En plus, appeler « La Saint-Jean DE Sol & Catherine » un évènement « inclusif » qui a pour but de «créer un sentiment d’appartenance», c’est plutôt paradoxal.

Je m’égare.

Je l’aime en plus Catherine Dorion. C’est ma Catherine préférée même, ex aequo avec Catherine Zeta-Jones dans Le Masque de Zorro.

Je suis en train de lire Fear de Bob Woodward. Je ne sais pas si c’était l’effet recherché, mais ça humanise Donald Trump, qui a l’air très bouleversé par les massacres d’enfants au gaz sarin par le régime de Bachar al-Assad.

Sinon, je suis en train de lire Fear de Bob Woodward. Je ne sais pas si c’était l’effet recherché, mais ça humanise Donald Trump, qui a l’air très bouleversé par les massacres d’enfants au gaz sarin par le régime de Bachar al-Assad. J’ai lu aussi le nouveau Dompierre, Un Tramway nommé désir, l’essai sur les radios de Québec de Dominique Payette, To Kill a Mockingbird en plus de finaliser (plogue subtilement orientée, bravo Hugo) mon propre premier roman, prévu cet automne chez Stanké.

« Wow, vraiment meilleur que du David Goudreault, et pas juste physiquement! », aurait-on même chuchoté, selon mes sources, entre les murs de la maison d’édition. 

J’ai aussi récemment reçu une transmission cryptée de Barbara, la directrice du contenu numérique chez URBANIA, qui me suppliait d’écrire pour leur futur magazine gratuit. (Allez, abonne-toi TU SUITE, lien ici.) « Au secours Hugo-Wan Kenobi, vous êtes mon seul espoir! », m’a-t-elle exhorté, presque en larmes.

[NDLR : Supplier?]

Côté écran, j’ai tellement de temps libres que j’ai décidé de me taper dix ans en retard la série Twilight au complet (inspiré sans doute inconsciemment par le loup-garou d’il y a quelques paragraphes).

Mais sérieux, Bella, branche-toi viarge!??! Me semble que ça prend pas cinq films pour catcher qu’Edward a l’air d’un tuberculeux en phase terminale et que le loup-garou musclé perpétuellement en bedaine est caliente comme le soleil.

Gros niaisage en tout cas.

Une histoire avec des vampires et des loups-garous en plus, t’as quel âge Stephenie Meyer??

Mes enfants aussi ont le temps de relaxer. Ils dessinent compulsivement, les deux, sans farce c’est beau à voir. Je pense qu’ils sont doués même. Je peux me tromper.

Une passion qui risque toutefois de mettre en péril mes projets de forcer Victor à jouer au hockey dans la ligue nationale et Simone d’épouser un joueur d’hockey de la ligue nationale. Un homme de son temps, je suis.

Martine, elle, a passé la semaine à magasiner et essayer d’envoyer par la poste sans réhypothéquer notre duplex un genre de luth vietnamien à son ami David, qui collectionne les instruments.

On le salue d’avoir bousillé sa seule semaine de break en cinq mois.

J’écris ces lignes d’un café de backpackers près de notre hôtel. Leur latté est bon, ce qui est aussi rare qu’une manifestation de bon goût pendant les festivités entourant le Grand Prix du Canada.

À l’extrémité de la pièce écho remplie de jeunes voyageurs, un frisé vêtu comme un festivalier de Woodstock interprète une chanson de James Blunt à la guitare.

«You’re beautiful, you’re beautiful, your’re beautiful, its true», fredonne-t-il avec sa petite voix.

Ça fait longtemps que je n’avais pas eu autant envie de casser une guitare sur la tête de quelqu’un.

Malgré tout, on a adoré le Vietnam et on va quitter le pays les pieds un peu collés dans la nostalgie. Prochain arrêt, l’Indonésie pour un mois, après une escale de quelques jours en Malaisie.

Comme c’est notre avant-dernier pays, on sent que le compte à rebours du retour est commencé. Hier, on est allé voir le film Aladdin, celui avec Will Smith dans le rôle du génie. En sortant, je me suis demandé quels seraient mes trois vœux. Et il y en avait un qui m’est immédiatement venu en tête : revenir au premier matin de notre périple, quand on s’est réveillés à Mumbai, avec notre voyage tout en avant.

Si tu es d’avis que le ballon-chasseur, le jeu « Marco Polo », la marelle et la tague sous-marine devraient être bannis de l’Amérique du Nord, possible que ce blogue soit fait pour toi.

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