On est où?

Go slow  man, Go slow

Chronique d'un (pas si vieux) camper van.

Avec les chroniques d’un (pas si vieux) « camper van », Mélanie Leblanc vous emmène sur la route, la vraie. Des chemins sans filtre Instagram, pas toujours glam, souvent bordéliques, mais ô combien divertissants. À bord de John Mel & Camper, son truck de 21 ans (pas de rouille, pas de trou), c’est un départ vers la liberté… et le chaos.

« Go slow  man, Go slow ! » c’est la devise de Caye Caulker, réel paradis bélizien situé dans la mer des Caraïbes. Quand tu penses « mer des Caraïbes », tu t’imagines l’eau couleur rince bouche, le sable farineux et les images de cartes postales du film Le Lagon bleu (et quand tu lis « lagon bleu », tu t’imagines mon âge).  La réalité est différente, mais pas pour autant décevante. Tu tasses dans un petit coin de ton cerveau tes images préconçues,  tu écoutes les Béliziens et tu go sloooooooooooow.

« Go slow  man, Go slow ! » c’est la devise de Caye Caulker, réel paradis bélizien situé dans la mer des Caraïbes. 

Première chose qui frappe en mettant les pieds sur l’île : l’absence de moteur. Les véhicules sont interdits, le mode de transport privilégié est la marche (la plupart du temps pieds nus, sauf dans mon cas, avec ma chance légendaire, je vais marcher sur le seul tesson de verre jamais vu sur l’île), le vélo ou le kart de golf électrique.  On oublie à quel point la pollution sonore nous encrasse le mental. Surtout dans le truck, on n’a pas le modèle le plus silencieux, mettons. Truck que nous avons laissé sur le continent, à Belize City. C’est la première fois qu’on s’en sépare depuis notre départ, ça donne une bonne idée du feeling quand on sera de retour à Montréal (aka : je vais brailler comme une vache).

Voyager en van, c’est accepter de ne  jamais savoir à l’avance où on sera le lendemain. C’est donc la veille que j’ai réservé notre chambre pour les deux nuits prévues sur l’île. L’annonce disait « bien situé » (quand tu visites l’île, tu te rends compte que TOUT est bien situé tant elle est petite) décrivant l’hôtel qui a bonne mine. Malheureusement on ne peut en dire autant de notre chambre avec-vue-sur-le-dessous-d’escalier. On s’en fout pas mal, comme on y sera seulement pour dormir.

Voyager en van, c’est accepter de ne  jamais savoir à l’avance où on sera le lendemain.

Ce dont on se fout moins, par contre, c’est l’odeur d’humidité qui prend à la gorge, faisant reculer d’un pas. On vient de trouver l’endroit où tous les vieux torchons humides qui finissent jamais de sécher viennent pour mourir sur la planète. Quand on en fait la remarque, l’employée me répond un insignifiant : « bienvenue dans les Caraïbes ». Elle est parfaite. J’éclate de rire. Heille, c’est romantique. C’est drôle parce qu’après les deux nuits, on a décidé de rester. Je nous ai trouvé le plus beau petit Airbnb qui ne sentait pas « les Caraïbes », c’est ben faite pareil, hein?

Nos cheveux, eux, étaient ben contents de quitter le truck pour trouver une douche.

La deuxième plus grande barrière de corail au monde

C’est la grande fierté de Caye Caulker. D’ailleurs, à tous les 50 mètres on nous propose des excursions en haute mer, pour aller nager avec les requins. On me rassure en me disant qu’ils ne les nourriront pas, mais que depuis toujours, ils mangent des restants de poissons laissés par les pêcheurs, donc les requins (si on en voit) sont habitués à l’homme. C’est le cycle de la vie, blablabli blablabla. Je me dis « ouais, ouais, ok » et j’achète cet argumentaire un peu mou sans me poser trop de questions. On choisit quand même un tour plus ecofriendly que d’autres avec un guide consciencieux. « Oui, mais ils te disent tous ce que tu veux entendre, non? » Oui. Je suis au courant.

Au moment du départ, les autres personnes ayant réservé le même tour ont ditché le projet, on se retrouve seuls avec le guide. Il décide de nous jumeler avec un autre groupe, d’une compagnie voisine, pour limiter les coûts d’essence… Ça réconforte notre empreinte écologique pas mal foncée et ça nous flatte la culpabilité de voyager en van. Au beau milieu de l’océan, le capitaine arrête le moteur et il se passe un gros trente secondes avant qu’il sorte une bouteille de savon à vaisselle chimique pour enduire nos masques de plongée afin qu’ils ne s’embuent pas une fois dans l’eau. Emoticon de petite bonne femme qui se met la main dans la face de découragement. Savon à vaisselle que je refuse (il reste encore une once de jugeote à l’Albertaine-trippeuse-de-sables-bitumineux en moi) en y allant oldschool : un peu de bave sur la lunette et todo bien. On nous interdit de toucher aux coraux (la moindre des choses), on barbote trente minutes et on repart vers les requins « qu’on va peut-être voir si on est chanceux ».

Ah ah. Ben oui toi. Je pense qu’on nous prend pour une belle bande d’idiots, ce qu’on est sûrement. À la grosseur de chaudière de bouffe que le guide sort pour les nourrir, on aurait pu attirer les requins australiens! Je fais quoi pour m’offusquer? Je lance mon tuba dans l’eau? On repassera pour la crédibilité. Je refuse et je me rassois dans le bateau? Qui vais-je punir? Moi seulement, le paiement étant déjà fait. « Oui, mais tu aurais dû t’informer! ». Oui, mais je peux-tu juste vivre aussi et faire confiance à l’Humain?

On l’aura compris, je ne recommanderais pas d’acheter une excursion, mais je recommande x1000 Caye Caulker. On ne se fera jamais trop dire, dans une vie, « go slow » par des rastamans aux sourires éclatants de paix.

Let’s get together and feel all right.

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up