Mathieu Dupuis

Gaspésie : Entrevue avec le maire du bout du monde

Tourisme Gaspésie, le Festival Musique du Bout du Monde et URBANIA s’associent pour vous faire vivre un road trip qui nous rapproche de la nature.

Salut,

Je suis contente que vous soyez revenus. Aujourd’hui, je me rends compte que j’ai déjà passé la moitié de ce périple et ça me rend infiniment triste. Mais, j’ai pas trop le temps de m’éterniser sur mes émotions d’enfants gâtés puisqu’aujourd’hui j’ai une grooosssssse journée. C’est ma journée un peu organisée. Je rencontre du monde big. Donc, j’enfile mon sourire et deux cafés. On part.

En un avant-midi:

  • J’ai vu des éoliennes au TechnoCentre éolien. C’est vraiment impressionnant visuellement et écologiquement.
  • J’ai rencontré Michel Létourneau qui est consultant en communications pour le Festival Musique du Bout du Monde. Il a aussi collaboré à un documentaire qui survole l’expérience de ce fameux festival: au-delà du Festival. Comme Michel est un homme ben d’adon, il m’explique qu’on ne devrait pas vraiment dire crevettes de Matane, mais bien crevettes nordiques. Pour pas que je commence à pleurer de honte, il m’offre la meilleure phrase du monde qui se retrouve dans le docu: «Quand la crevette sort du steamer, c’est comme le petit Jésus en suit de velours qui descend dans ton estomac». Cette phrase est rendue mon amie. 
  • J’ai mangé la meilleure poutine de la terre. Oh my god. LA POUTINE AUX CREVETTES DU BRISE-BISE. J’avais le goût de me l’étendre sur le visage pour qu’elle m’accompagne pour le reste de ma vie. Alexandre (Taillefer) m’appelle vers 12h30 pour me dire de monter les rejoindre en haut sur la terrasse privée. Je suis en retard. Ils ont probablement faim et essaient d’être galants. Moi, pendant ce temps là… Je jouissais buccalement avec la poutine qui d’ailleurs ne m’appartenait même pas. Sorry but not sorry. Je m’essuie la face et je monte.

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Pour lire tout sur le roadtrip d’Ines Talbi en Gaspésie, voici le volet 1 et le volet 2.

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Il y a autour de la table: Alexandre Taillefer aka Mister Téo Taxi, Michel Létourneau aka le consultant qui me dit comment dire crevette nordique et (préparez les trompettes) Monsieur le maire de Gaspé.

Crédit : Louis-Philippe Cusson

La terrasse est belle. On a la vue directement sur la croix de Jacques-Cartier. J’y pense deux secondes pis ça donne quand même le vertige de voir ça. Que c’est là que Jacques Cartier s’est accosté en juillet 1534. Y a 483 ans…

Je mets mes lunettes de fille qui va faire la première entrevue de sa vie sans que ça puisse paraître et je me lance.  

Le maire s’appelle Daniel Côté. C’est une espèce rare. Je ne sais même pas par où commencer…

Il aime sa Gaspésie. Il adore sa ville de Gaspé.

Homme de 37 ans. Le sourire gros comme le ciel. Une énergie de feu (imaginez Grégory Charles pendant sa toune préférée). Avocat de formation, il a travaillé pour le civil, le criminel et beaucoup dans les droits autochtones. Il a aussi été co-représentant de la coalition «Touche pas à mes régions». Une coalition créée pour ne pas laisser les régions s’enfouir. Se faire oublier et tasser. 

Il a plusieurs batailles à son CV et dans son coeur. Il me parle avec ferveur de sa lutte contre l’austérité. Du besoin d’aller à l’encontre du marasme. De faire confiance à la jeunesse. Il croit aux énergies nouvelles que ce soit celles des humains ou de l’électricité. Il est très soucieux des changements climatiques et des communautés isolées.

Ça me fascine. Plus de politiciens comme ça, ça ferait du bien. Le genre d’humain qui gère sa ville comme une famille qu’il aime. Je lui demande pourquoi il ne tente pas sa chance au fédéral ou provincial… Il me dit qu’il l’a tentée une fois, bien avant son envie d’être maire. C’est une autre game et il s’est rendu compte que sa vision politique était sûrement plus pertinente au municipal. La politique de proximité lui semble primordiale.  

Il m’explique que les Micmacs n’ont pas de réserve et qu’ils vivent de revenus autonomes, sans subvention.

Il aime sa Gaspésie. Il adore sa ville de Gaspé. Les gens y sont tellement accueillants et gentils que le sport national de Gaspé, c’est de s’envoyer la main. TSÉ.

J’ai un kick politique sur Daniel. C’est là que je me suis ressaisi la guidounerie politique et que je me dis «poses-y donc des questions rushantes». Étant consciente que le coeur de notre histoire vient de là, je voulais en savoir plus sur l’ADN québécois. La mère patrie. Les Premières Nations.

Je demande à Daniel (oui, je l’appelle par son prénom. Big de même) quelle est la réalité des Premières Nations à Gaspé. Il m’explique que les Micmacs n’ont pas de réserve et qu’ils vivent de revenus autonomes, sans subvention. Ils sont des citoyens de Gaspé. Daniel me répète souvent les mots: ensemble, collectivement. Ensuite, il me parle d’une rencontre faite en mai 2017 avec Manon Jeannotte, l’élue chef de la communauté Gespeg et avec deux conseillers représentant les différentes communautés de Gaspé. Ils ont jasé. Se sont présentés pour vrai. Ont dialogué. Une déclaration commune est ressortie de cette rencontre. Comme un nouveau mantra : «Travaillons ensemble.»

À ce moment-là, dans mon dedans, je me dis «wow». Je me ressaisis la candeur et je lui demande avec professionnalisme ce qu’il en est de la diversité culturelle (avec mon sourire de «face culturelle»). Encore une fois, il me répond le sourire aux lèvres qu’il y a plus de 19 nationalités représentées à Gaspé. Pour lui, Gaspé, c’est une maison aux portes ouvertes qui veut juste travailler ensemble et faire la fête ensemble.

Il me parle des 200 communautés isolées, souvent les premières nations.

Daniel est combattant. Ça ne doit pas toujours être facile en politique. Surtout dans notre ère tellement complexe. Le manque de fonds évident en éducation, en santé et en culture, les changements climatiques qui frappent ici à coup de vague, la peur et la faim au ventre partout sur la planète. Il me parle des 200 communautés isolées, souvent les premières nations. Il en parle avec émotivité. Daniel en a beaucoup dans son assiette. Beaucoup sur les épaules. Travailler 24h sur 24h et ne pas flancher. C’est le prix à payer quand on est passionné.

Michel et Alexandre toujours assis à notre table, et à l’écoute de notre conversation, se joignent à nous pour poursuivre la discussion. On fait ça off record.

Quand on se quitte, Daniel nous dit Welálin.

(Ça veut dire merci en micmac.)

Je retrouve mon grand ami/frère Yann Perreau qui est invité au Festival Musique du Bout du Monde. 15 minutes après, j’étais backstage avec un micro dans les mains pour chanter deux chansons avec lui. Ma vie, c’est pas mal ça.

La Gaspésie est habitée par des gens qui ne dorment jamais.

Ensuite avec La Sophie (Faucher, ma bff), on se prépare à aller voir les Valaire (elle a tellement crié pendant que j’étais sur la scène que tout le monde pensait que c’était ma mère).

On est en couverture de sueur après que les Valaire nous aient envoûtés de leur sorcellerie musicale. C’est des bêtes souriantes. Le public les aime. Cette soirée est encore une fois magique.

Je me dis aussi que quand je serai grande, j’aurai une Tesla, la grandeur d’âme de Claudine et le swag des Valaire. 

Je rentre dans ma chambre qui semble avoir vécu des partys d’Offenbach et de Charlebois avec la même déco. J’ouvre mon ordi et je commence à sourire avec mon clavier. Cette journée. Ce voyage. Comme le petit Jésus en velours qui me rentre dans le cœur.

Je me couche et je me dis que demain, je dors.

Enfin. Je n’ai rien de prévu avant 11 h.

Naïve, je suis.

À demain et Welálin
X
Ines

P.S. La Gaspésie est habitée par des gens qui ne dorment jamais. On se reparle plus tard.

Faire un carnet de bord de L’Expérience Montréal-Gaspé. Pendant une semaine. Moi, la Gaspésie, une Tesla et le Festival du bout du monde comme personnages principaux. Écrire, vivre, manger, danser et peu dormir. En gros, le genre de mandat tellement idyllique que ma première réaction fût de vérifier si la date était le 1er avril. À travers mes rencontres, mes récits et la Gaspésie, je vous écris mon histoire d’amour avec ce paradis. Cinq textes. Cinq jours. Mais dans mon coeur, c’est pour la vie.

Et, pour le voir vous-même, c’est par ICI!

Pour lire un autre texte d’Ines Talbi: «Carnet de bord d’une lourdaude sur la 132».

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