Foule sentimentale : ne plus avoir envie de jouer le psy

Je ne trouvais plus rien à lui dire. Comme si mon compartiment à compassion était à sec.

Y’a des gens qui ne sont pas bons avec les mots… ou avec les conversations trop deeps sur des sujets un peu trop tabous. Ça les rend mal à l’aise. Peut-être que ça leur fait vivre des émotions qu’ils n’ont pas envie de vivre. Peut-être qu’ils ne savent juste pas quoi dire.  

Il y en a d’autres qui, au contraire, ne vivent que pour ce genre de conversations. Des gens qui détestent le small talk. Les conversations de surfaces… Nanon, eux, ils aiment quand les gens se confient. On peut tout leur dire, à ces gens-là. Rien ne les choque ou ne les rend mal à l’aise. Absolument rien.  

C’est l’fun, faire partie de cette seconde catégorie. Ça te permet de développer des relations profondes avec les gens, d’apprendre à les connaitre pour vrai… mais ça fait aussi en sorte que parfois, tu deviennes un peu leur psy par défaut.  

L’ÉPUISEMENT PROFESSIONNEL DU PSEUDO-PSY 

Dernièrement, un ami m’a texté pour me dire qu’il était malheureux… Encore. À ma propre surprise, j’ai craqué. “Excuse-moi mais j’peux rien faire pour toi. Call un psy!”

À ma propre surprise, j’ai craqué. “Excuse-moi mais j’peux rien faire pour toi. Call un psy!”

VOYONS DONC que j’lui ai répondu une marde frette de même, moi qui aime habituellement qu’on se confie à moi! Mais à la seconde où j’ai reçu son texto me disant qu’il était depressed, j’ai tout de suite ressenti la pression qui me vient automatiquement à chaque fois que je reçois ce genre de message.  

La pression de devoir réussir à le faire sentir mieux. La pression de me creuser la tête pour préparer mes beaux mots pis mes grandes philosophies sur la vie… mais j’trouvais rien.  

Je n’trouvais absolument plus rien à lui répondre. J’en n’avais plus l’énergie. J’me sentais vide. Comme si mon p’tit compartiment à compassion était à sec.  

Pourtant, il ne m’a jamais demandé d’essayer de le faire sentir mieux. Il avait juste besoin de parler, c’est tout. 

LA DÉMISSION DU PSEUDO-PSY

Tu n’es pas un psy. Tu n’as pas le détachement d’un psy. Entendre quelqu’un que t’aimes te dire qu’il est profondément malheureux à chaque jour pendant des mois, des années, ce n’est pas une situation normale et ce n’est pas une situation que tu dois vivre seul.  

Même si cette personne a faite de toi son confident numéro un et que ça te touche, tu as le droit de vouloir déléguer un peu. Tu as le droit de reconnaitre que ça t’affecte.  

Tu as le droit de vouloir déléguer un peu. Tu as le droit de reconnaitre que ça t’affecte. 

Tu as le droit de ne plus avoir envie de vivre dans la peur constante que si par malheur tu ne réponds pas à son texto une journée, elle va commettre l’irréparable.

Tu as le droit de lui dire que tu l’aimes profondément et que tu lui souhaites sincèrement d’aller mieux mais qu’elle bénéficierait davantage en allant voir un professionnel.

Tu peux même l’aider à trouver la ressource qui lui conviendrait le mieux, dont certaines qui sont gratuites.

LA CULPABILITÉ DU PSEUDO-PSY

Tu culpabilises, par contre, parce que c’est précieux, la confiance de quelqu’un. C’est un compliment, que cette personne te fasse assez confiance pour se confier à toi. Tu ne veux pas gâcher ça. 

Tu ne veux pas lui envoyer le mauvais message non plus. Celui de ne plus oser te parler de comment elle se sent, parce que ça te dérange.

Tu ne veux pas lui envoyer le mauvais message non plus. Celui de ne plus oser te parler de comment elle se sent, parce que ça te dérange. Tu ne veux pas que ce soit elle qui se mette à culpabiliser. Elle culpabilise probablement déjà. 

Tu ne veux pas qu’elle se mette à faire semblant de bien aller quand elle est avec toi.  

Tu ne veux pas perdre une amie. Qu’est-ce qui arrive si elle est seulement amie avec toi parce que t’es un bon psy? Pis que là, soudainement, t’es pu un bon psy? 

RECONNAITRE TES LIMITES NE FAIT PAS DE TOI UN AMI D’MARDE

C’est normal de s’entraider dans nos moments difficiles et c’est une bonne chose d’avoir un ami à qui se confier. Mais ne faites pas de votre ami votre seul et unique béquille, parce qu’un moment donné, la béquille risque de se briser.

C’est normal de s’entraider dans nos moments difficiles et c’est une bonne chose d’avoir un ami à qui se confier. Mais ne faites pas de votre ami votre seul et unique béquille, parce qu’un moment donné, la béquille risque de se briser. Pis une béquille brisée, ça ne sert plus à grand-chose. 

On entend partout qu’il faut être à l’écoute de nos proches. Les encourager à parler. Ne pas ignorer leurs signes de détresse psychologique. C’est vrai que c’est important, mais ça ne veut pas dire que leur bonheur repose entièrement sur nos épaules pour autant. 

C’est important de reconnaitre ses propres limites et de se l’avouer, quand on ne sait juste pu quoi leur dire. 

T’as le droit, d’avouer que tu n’es pas équipé pour aider cette personne en ce moment. Ça ne veut pas dire que tu ne l’aimes pas, ou que tu la garroches à quelqu’un d’autre comme si elle était une plaie...

Ça veut seulement dire que tu reconnais qu’elle bénéficierait d’une meilleure aide en allant la chercher ailleurs. Ça signifie également que tu dois penser à protéger la santé mentale de quelqu’un d’autre… la tienne. 

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