Mon fils n’a pas encore trois ans, et pour l’instant, ses anniversaires se sont résumés à une rencontre au parc avec la famille et quelques jeunes invités – à savoir les enfants de nos amis.
En discutant avec des parents d’enfants plus âgés, c’est avec effroi que j’ai appris que, de nos jours, fêter un anniversaire de 5 ans et plus exige des parents de s’y prendre plusieurs mois à l’avance et d’y consacrer un budget qui accote celui des vacances. (Et quand je dis « parents », après une enquête statistique, je constate que c’est souvent à la mère que cette charge incombe.)
Des animaux à la maison (et plus encore)
En mai, Emma fête ses 7 ans. À la maison, au milieu de sa dizaine d’amies, il y a aussi… deux poneys. « J’ai dû avoir une bulle au cerveau en organisant ça », confie sa mère, Catherine. « J’ai pensé à cette scène du film Madame Doubtfire, avec le cheval à l’intérieur… » Malgré les regrets, les filles, elles, adorent. Elles flattent les poneys, les promènent chacune leur tour…
Toujours dans le registre animalier, à l’occasion de la fête de son autre fille, la mère dévouée a fait venir Éducazoo à la maison. L’organisme se rend à domicile avec un cheptel d’animaux à plumes, à poils et à écailles pour les présenter aux enfants. Pour un précédent anniversaire, Catherine avait aussi convié toute la gang d’amies de ses filles dans un centre de trampoline où elle avait loué une salle : plus de 500 $ pour un après-midi.
De son côté, Gabrielle reste marquée par la fête d’un an du fils d’une de ses collègues : une grande salle remplie d’invités, traiteur, château gonflable et tout le tralala. « Ça a dû lui coûter une fortune! Et son fils ne se souviendra de rien du tout… » Puis, elle-même a eu un enfant. Un jour, cet enfant invité aux 5 ans d’un ami de garderie, avec « animation reptiles ».
« Pour conclure, ils ont sorti un énorme serpent, qu’ils portaient à 3-4 adultes… », se souvient la jeune mère, horrifiée.
À son tour, elle s’efforce de trouver des idées d’activités pour les fêtes de son fils : combat d’archer (du paintball avec des balles en mousse, 300 $), activité à thématique ninja (250 $), etc. « Faut limiter le nombre d’invités, sinon tu paies un supplément à chaque enfant qui s’ajoute », précise-t-elle. Elle se souvient avec amertume d’un parent qui avait voulu que son enfant plus jeune puisse accompagner son aîné à la fête, alors que les apprentis ninjas étaient déjà au nombre de dix.
Cadeaux d’invités et party planner
Pour trouver ses idées, Catherine fait des recherches approfondies en ligne. « Tu veux quelque chose d’original, que les filles n’ont pas encore fait à d’autres fêtes… On ressent une sorte de pression à organiser tout ça », reconnaît-elle.
« Ça me gosse. Les anniversaires ne sont pas quelque chose de réjouissant, mais plutôt un poids. »
Elle admet s’y prendre au moins un mois à l’avance, voire plus, histoire d’être sûre que les animations choisies soient disponibles, le jour J.
À ça s’ajoute le temps requis pour rédiger et envoyer les invitations, prévoir des petits cadeaux pour les invités… Eh oui, autre découverte du haut de ma jeune parentalité : en 2025, quand on invite des gamins à la maison pour un anniversaire, il faut que chacun reparte avec un petit sac cadeau. Histoire de ne pas faire de jaloux, j’imagine. Bracelets, bonbons, balles rebondissantes… « C’est toujours des gogosses qu’on ne sait pas où mettre, des affaires de Dollarama – mais, parfois, y en a qui donnent des cadeaux à 10 $ la pièce », note Catherine. « J’enlèverais tellement ça, les cadeaux d’invités : c’est polluant et ça sert à rien. Mais, puisqu’à chaque fois que mes filles vont dans des fêtes, elles reçoivent ces petits cadeaux, je me sentirais poche de ne pas en donner aux autres. En fin de compte, tu veux suivre la norme… »
Gabrielle, elle, commande ses pochettes cadeaux sur Amazon : il s’agit de kits tout faits aux thématiques qui s’accordent à l’animation choisie. Le coût de chaque sac est à multiplier par le nombre d’invités, soit de 6 à 10, en moyenne.
Et puis, il y a le budget du (gros) cadeau : si Catherine essaie de se limiter à 20 $, elle constate que les autres parents investissent généralement un bon 40 $ dans ceux que ses filles reçoivent.
« Elles sont invitées à environ 6 fêtes par année ; alors, ça fait un sacré budget annuel, juste en cadeaux… »
Ça, c’est sans compter le gâteau, que beaucoup commandent à des pâtisseries. À la fin de la journée, avec l’animation, on atteint vite les 500 $ – à multiplier par le nombre d’enfants que vous avez, et à ajouter au budget cadeaux quand on est invités.
Certaines entreprises ont d’ailleurs flairé la bonne affaire et proposent d’organiser des fêtes d’enfants clé en main : buffet, décoration, animation, photobooth… La plupart du temps, les prix ne sont pas précisés sur les sites web et, le temps d’envoyer un courriel pour demander les tarifs, vous êtes déjà vendu.
Le bon vieux temps de la pâte à modeler
À 3 ans, le petit dernier de Catherine fera bientôt son entrée dans la boucle infernale des anniversaires entre amis. Elle se souvient que, pour ses aînées, les fêtes de ce calibre avaient commencé dès l’entrée à la garderie. « C’est peut-être un effet post-COVID, tout cet investissement », explique-t-elle. Après les restrictions sanitaires et les longs mois passés à la maison, les parents cherchent à compenser en assurant à leurs enfants un maximum d’activités et d’interactions sociales. Et, passé 6 ans, les sleepovers commencent et il faut désormais prévoir une fin de semaine entier pour souligner un anniversaire.
Pourtant, la maman se souvient encore très bien de ses propres fêtes d’anniversaire, enfant : « Il n’y avait pas de grosse activité. On faisait de la pâte à modeler, et c’est tout. On avait du fun. » Gabrielle, elle, allait au McDo jouer dans les modules.
De nos jours, organiser une fête d’enfant, c’est bien de la gestion, du temps et de l’argent, mais ça n’arrive qu’une fois par an, nuance Gabrielle. « Et ça leur fait tellement plaisir… »
Cette année, pour la fête d’Emma, Catherine a malencontreusement manqué de temps et n’a rien organisé à l’avance. En plus, il pleuvait ce jour-là. La maman s’est un peu inquiétée en se demandant comment les filles allaient arriver à s’occuper tout l’après-midi. « Finalement, elles se sont bien amusées. » Comme quoi.
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