Féminin mais pas poli : le groupe Vulvets à l’origine du plotte-surf

Ou la concrétisation d’une énième nuit écoulée à refaire le monde sur la terrasse de l’Esco

Je connaissais le indie-folk, le rock garage, le country lo-fi, la psychédélique-pop, mais le plotte-surf je ne connaissais pas. Grâce au band \*/ Vulvets \*/ : je connais maintenant le plotte-surf (et m’y adonne avec plaisir).

Le groupe montréalais exclusivement féminin est composé de Dorothée Parent-Roy (Guitare & Voix), Marie-Claire Cronier (Guitare & Voix), Isabelle LaTerreur Ouimet (Basse & Voix) et Marie-Eve Bouchard (Drums & Voix). Gagnée par leur musique, intriguée par leur description, j’ai jasé inspiration, terminologie, monstre sanguinaire et contre-culture avec le quatuor.

Quelle est la genèse de votre groupe?

Vulvets, c’est la matérialisation, la personnification, la concrétisation des mots rêveurs d’une énième nuit écoulée à refaire le monde sur la terrasse de l’Esco. Deux filles qui voulaient être quatre. Et qui le sont devenues, avec des guitares, des voix et une batterie.

Notre humour est fort douteux, on en convient.

Teniez-vous à faire un projet musical exclusivement féminin?

Oui. En fait, c’est de ce fantasme même qu’est né le projet. Respectivement en tant qu’ex-Ultraptérodactyle et qu’ex-Buddy McNeil & the Magic Mirrors, et donc aussi à titre de minorité visible (sic), Dorothée et Isabelle avaient l’envie d’expérimenter ce que ce serait une formule toute féminine, particulièrement dans le monde souterrain du garage, encore fortement dominé par le «sexe fort».

Vous revendiquez l’expression «Plotte-Surf» pour décrire votre musique. Quelle est votre définition de ce terme énigmatique?

On a lancé ça à la blague quand on a créé la page Facebook du groupe. C’est resté depuis, au grand désarroi de certaines d’entre nous… quoiqu’on reste bien amusées de voir le mot plotte écrit dans La Presse, notamment. Notre humour est fort douteux, on en convient. Reste que l’expression transcrit plutôt bien l’approche, qui en des termes moins puérils, pourrait se traduire comme suit: orchestre de musique aux accents surf, livré avec fougue par des dames musiciennes au penchant certain pour la décadence.

Analysons votre description bandcamp!

Vulvets, c’est la désinvolture juvénile des Psycho Beach Party des sixties qui tournent mal à l’aube. C’est l’enthousiasme démesuré du «Hey Little Cobra» de The Rip Chords joué avec le cynisme des Westerns révisionnistes lo-fi italiens. C’est le son sale du garage, féminisé sans le poli. C’est la voix élevée par les La Luz et de The Coathangers, mais avec les mots des 78 volumes de Mainmise.

On aime les westerns, en raison de l’esthétisme décalé et de ses anti-héros ultras sexy.

Pourquoi les psycho Beach Party des sixties tournent mal à l’aube?

Dans la série de films homonymes, sortie dans les années 1960, une créature répugnante et sanguinaire met presque toujours fin à la fête avant que la nuit s’achève… un scénario qui se joue encore souvent les grands soirs de Vulvets…

Quel serait votre film western révisionniste lo-fi italien préféré?

On aime le genre dans sa globalité, en raison de son esthétisme décalé, du sarcasme et du cynisme qui lui sont intrinsèques, de ses anti-héros ultras sexy et de ses trames sonores gigantesques (celles de Leone, magistrales, à l’aube du mouvement, mais celles aussi, beaucoup plus modernes, de Neil Young et de Carter Burwell, notamment, dans Dead Man de Jarmusch et True Grit des frères Cohen). Après, on a des goûts plutôt différents et on ne s’entend définitivement par sur un film en particulier. The Magnificent Seven (1960) est probablement celui qui fait le plus l’unanimité… après les cultes de Rodriguez et Tarantino!

Pourquoi préciser «sans le poli» après «féminisé», trouvez-vous que ce qui est féminisé est habituellement poli?

Plutôt vu comme tel, souvent, oui, d’où la précision. Heureusement, c’est de moins en moins vrai.

Avez-vous un numéro coup de cœur parmi les 78 volumes de Mainmise (une revue sur la contre-culture québécoise parue de 1970 à 1978)? Si le magazine existait encore, de quoi parlerait-il ces temps-ci (on jase)?

Le 13e numéro, avec en couverture un tatou géant devant des pyramides surmontées de l’oeil de l’Illuminati, le tout sur fond noir de monde cosmique psychédélique, est absolument fantastique. On y parle de sexe, de drogue et de rock’n’roll avec intelligence, comme dans tous les autres Mainmise d’ailleurs. On ne pense pas que ce serait bien différent aujourd’hui. À vrai dire, c’est d’une actualité presque anachronique!

Des musiciennes de talents, des bonnes têtes sur les épaules et juste assez d’irrévérence: ça me semble un parfait combo. Vous voilà prévenus, les filles de Vulvets font ce qu’elles veulent et le font bien. 

Pour parcourir les 78 volumes de Mainmise, numérisés par la BAnQ, c’est ici.
Pour écouter le premier «single» des Vulvets, cap sur leur bandcamp!
Pour voir du plotte-surf live c’est aux FrancoFolies que ça se passe, le 14 juin prochain!

Pour lire un autre texte de Jade Fraser: «Rock, art et filles tannées d’attendre».

L’art c’est ma tasse de thé. C’est une très grosse tasse de thé.

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