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Faut-il être riche pour faire du sport?
Il y a ceux qui sont intenses, allant jusqu’à chronométrer leurs pauses pipi. Il y a les « patates de divan », que la première catégorie n’arrête pas de culpabiliser depuis le confort de leur abonnement premium. Et au milieu, il y a tous ceux que le sport met hors-jeu : les gens pour qui la seule activité du jour, c’est marcher jusqu’à l’arrêt d’autobus avec un enfant sous le bras. Pas par manque de volonté, mais par manque de choix.
En théorie, pratiquer un sport ne devrait rien coûter. On n’a besoin que de deux jambes, des souliers et un peu de bonne volonté. Mais en pratique, le sport peut être discrètement discriminant sur le plan financier.
On a parlé à cinq personnes pour comprendre ce que bouger coûte vraiment.
Le vertige des chiffres
Selon une étude publiée en 2026 par l’Agence de la santé publique du Canada, les adultes des ménages les plus riches consacreraient en moyenne 22,8 minutes par jour à l’activité physique récréative, contre seulement 10,4 minutes chez les moins fortunés.
Autrement dit : plus t’as d’argent, plus tu bouges. Le sport, qu’on vante comme accessible à tous (n’importe qui peut courir, right ?), suit la courbe la plus prévisible qui soit : celle du compte en banque.
Bouger est un investissement qui dépend largement de votre budget.
Chaque choix a son prix
C’est en profitant d’un rabais étudiant qu’Anne-Marie Paquet, 29 ans, a découvert l’escalade à l’Université à Québec. Malheureusement, le coup de foudre a été interrompu par une trop forte augmentation des tarifs du centre où elle la pratiquait. « C’était pas une question d’envie, c’est vraiment les coûts de la place », souligne-t-elle. Elle n’a pas arrêté de bouger, mais elle a dû abandonner le sport qu’elle aimait pour un gym classique deux fois moins cher.
Rémi Boulanger, 30 ans, fait chaque jour la route de Montréal à Sainte-Thérèse pour le travail, et dissémine ses cours sur le chemin : spinning, pilates, circuit, quatre fois par semaine, plus deux séances à la maison. « J’achète en bundle, ça fait 100 $ par semaine, juste en cours », révèle-t-il. Il reconnaît que s’entraîner seul coûterait moins cher, mais voit le calcul autrement : « Si d’autres vont prendre deux verres au bar à 10 $ le verre, moi, je me paie un cours à 25-30 $. »
Les pratiques sportives de Rémi et Anne-Marie démontrent une chose : l’argent permet de bouger et augmente le nombre de manières de le faire.
Une plus grande marge de manœuvre
Catherine Ménard, 33 ans, court depuis 2020,en plus de se payer des cours privés de salsa à 50 $ l’heure.
Catherine est aussi professeure de yoga. Si elle est payée pour bouger, elle a toutefois dû payer pour suivre la formation nécessaire.
Pour Catherine, l’argent n’est pas un problème majeur quand il est question de faire du sport. Plutôt, c’est le temps et l’énergie qui manquent à la nouvelle maman.
S’organiser avec peu
Marie-Ève Caron a longtemps été athlète avant d’être freinée par une phobie sociale. Puis, elle a reçu un diagnostic de sclérose en plaques à 30 ans. « Je n’ai jamais eu beaucoup de sous, donc je m’organisais comme je le pouvais », confie-t-elle. N’ayant pas de voiture, son activité physique de prédilection est la marche. « J’ai pas un gros budget, mais je tiens à demeurer active. Les marches à l’extérieur sont excellentes : pourquoi se priver d’admirer le paysage quand mon corps le permet? » Le seul luxe qu’elle s’est offert : un tapis roulant de bureau, achat qui en vaut largement le coût selon elle.
Marie-Ève privilégie les activités gratuites, accessibles sans voiture et compatibles avec sa santé. Son expérience représente un accès au sport à deux vitesses : lorsqu’on a peu de moyens, le nombre d’options diminue.
Pas juste une question d’argent
Stéphanie Forgues, 45 ans, entrepreneure, vit avec un surplus de poids et des problèmes de santé chroniques. « Rien n’est adapté pour moi. Il y a aussi une honte d’être la plus grosse, la plus lente, celle qui est toujours essoufflée », raconte-t-elle.
Elle a donc créé le Club Tortues, à Varennes : un club de marche où chacun peut avancer à son rythme et regagner sa voiture après trente minutes. Le parcours de Stéphanie rappelle que le manque d’activités adaptées entre aussi dans l’équation quand vient le temps de faire du sport.
Un sport à deux vitesses?
Les experts en santé publique le répètent : pas besoin d’un abonnement au gym pour bouger. « Marchez. Prenez les escaliers. » Sur papier, ça peut paraître simple. Mais essayez de marcher trente minutes avec un horaire de 9 à 5, le souper, les devoirs, puis les enfants à conduire à leurs propres activités (qui, elles non plus, ne sont pas gratuites) et les défis s’empilent rapidement.
En prétendant qu’il est possible de faire des activités physiques sans dépenser d’argent, on oublie que tous n’ont pas le même revenu, le même horaire ou le même corps.
Le sport est-il réservé aux riches? Pas tout à fait : marcher sera toujours gratuit. Mais choisir une activité qu’on aime, suivre des cours, s’équiper et s’assurer que tout rentre dans son horaire, ça vient avec un prix. Certains peuvent investir dans leur pratique ; les autres bougent avec ce que leur budget leur laisse.
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