Le fan art : quand les fans redonnent

On a demandé à Jean-Michel Berthiaume, spécialiste de culture populaire et grand amateur de fan art, de nous présenter cette pratique plus répandue qu’on le croit.

Les fans reçoivent beaucoup de leurs idoles et ils ont parfois envie de donner en retour. Souvent, ce cadeau, c’est du fan art. Dans un élan d’affection créative, ils bricolent un foulard, une image ou même un film à l’effigie de l’objet de leur adulation, que ce soit Daenerys Targaryen de Game of Thrones ou l’œuvre des sœurs Brönte (oui, le fan art de romans victorien, ça existe).

Il existe deux grandes catégories de fan art : le transformatif et l’affirmatif. Le fan art affirmatif reprend les codes du monde fictif sans les changer. Une de ses formes les plus populaires demeure les affiches alternatives, comme celle-ci, réalisée par l’artiste Crimsella pour la télésérie américaine Stranger Things. L’affiche a été publiée sur Deviant Art, une plateforme en ligne qui comte 26 millions de membres et 251 millions d’œuvres, en majorité du fan art.

Le fan art transformatif, lui, vient proposer quelque chose de différent dans l’univers de référence. Comme quand l’auteur québécois de bande dessinée Julien Paré-Sorel transforme en femme Abe Sapien, un personnage masculin de la série Hellboy. Cette pratique de genderbending (ou changement de genre) fait partie des exercices d’imagination que permet le fan art. C’est une manière de voir ce qui aurait pu exister.

Outre démontrer son affection, le fan art peut aussi servir à attirer l’attention sur un film, un livre ou une télésérie. Il sert ainsi de signal pour déclarer que des fans se réunissent autour d’un objet de la culture populaire. Quoique très rare, le fan art québécois existe, comme le prouve cette affiche en l’honneur des Appendices, de l’artiste Constance Harvey.

L’idée de célébration est fondamentale dans le fan art et qui dit célébration dit musique. Laissez-moi vous dire que les concerts de fan art sont uniques et enthousiastes, qu’ils portent sur Harry Potter, Le seigneur des anneaux ou la série Transformers, comme le groupe Cybertronic Spree, qui s’est produit au Comiccon de Montréal en juillet dernier.

Il existe également des films de fan, des productions campées dans un monde filmique ou télévisuel existant. C’est le cas des séries comme Star Trek Continues ou Star Trek : Of Gods and Men. Cette dernière a été réalisée par Tim Russ, l’acteur qui interprétait Tuvok dans la série Star Trek : Voyager, et met en vedette deux membres de l’équipage original : Nichelle Nichols et Walter Kœnig.

Dans le domaine du cosplay — où les fans incarnent leur personnage fétiche — des artistes consacrent régulièrement plusieurs mois à la confection d’un costume. La costumadière québécoise de renommée internationale Marie-Claude Bourbonnais a déjà fabriqué une structure de trois mètres en fibre de verre pour personnifier Rachnera, une femme-araignée qui apparaît dans la série de mangas Monster Musume.

Avec autant de beauté, pas étonnant que certaines œuvres se retrouvent dans des galeries. Chaque grande ville a sa galerie d’art de fan, comme le French Paper Art Club à Paris ou le IAM8BIT à Los Angeles. À Montréal, la galerie C.O.A expose les œuvres de l’artiste québécoise Sandra Chevrier, qui utilise l’imagerie des super héros.

Comme tout art, le fan art a aussi une fonction sociale. C’est une manière d’observer notre rapport à l’imaginaire populaire et d’en rire. Il peut remettre en question des idées reçues, donner une voix à ceux qui n’en ont pas et subvertir les courants idéologiques prédominants. Le fan art peut aussi renverser des clichés tenaces, comme cette illustration qui dénonce.

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