Faire chanter la baleine

Quand le premier amour frappe, il ne te manque pas. Il remplit ta boîte crânienne de souvenirs impérissables.

Première fois que tu dis « je t’aime » sans trop savoir ce que ça veut dire. Première fois que tu mets ta main dans les pants d’une fille pour caresser maladroitement sa pêche. Première fois que tu dois aller souper dans ta belle-famille…

C’était un soir de novembre, j’arborais le percing dans le sourcil, une chemise jeans rentrée dans mes jeans pis j’avais volé un poush de parfum à mon père… C’est c’te soir là que le mot « swag » a été inventé par un dodu de 15 ans du 450 qui avait laissé ses t-shirts de bands punk pour essayer de bien paraître devant sa nouvelle belle-famille.

Je suis intolérant au lactose.

(En termes plus scientifiques : Quand je consomme des produits laitiers, je chie en spray saccadé.)

Je voulais tellement bien paraître que je riais aux jokes poches de ma belle-mère en mastiquant les petites bestioles couvertes de cheese.

« Ah ouin, ta tante Gisèle a fait son coming out et elle est partie en Californie… Hmm, intéressant! »

Bouchée de lasagne, gorgée de Ginger Ale, rire d’un jeu de mot, souffrir par « en-dedans ».

C’est là que la maman de ma dulcinée se lève pour aller chercher du vin. Mon amoureuse en profite pour me demander en chuchotant si je vais bien…

– Sti que j’ai mal au ventre.

– Ben là, va aux toilettes!

– T’es malade! C’t’un condo 4 et demi…

La maman revient à la table et demande :

– C’est quoi les petits secrets d’amoureux?

Ma copine de rétorquer: « Jo a envie de chier et pis y’est gêné! »

– Ben là, Jo! Voyons donc, fais comme chez vous!

Je ne sais pas pourquoi elles tenaient toutes deux à ce que je chie absolument chez eux, mais après cinq minutes à me justifier avec mon intolérance au lactose, je me suis levé et j’ai dû y aller.

Plus le choix!

Ça cognait à la porte du désespoir.

Mon visage de rondelet s’est crispé dès que j’ai fait dos aux deux femmes. Tout était au ralenti quand je marchais dans le corridor de la délivrance, les murs semblaient bouger tellement je ne me sentais pas bien. Par un magnétisme mystérieux, mon cul a commencé à se retrousser. J’avais des bouffées de chaleur « d’envie de chier », tsé celles qui te rendent la nuque humide et les mains moites.

Le moment où tu te dis: « Fuck off! C’est sûr que je me chie dessus. »

Ça nous arrive tous un jour ou l’autre.

Gandhi a déjà eu une vague de chaleur d’envie de chier, c’est sûr!

Liza Frulla a sûrement déjà garoché sa sacoche en rentrant dans sa maison pis elle est partie en courant à la salle de bain en gardant ses souliers pis en laissant son épicerie dans le char tellement que ça pressait.

Plus j’approchais de la bolle, plus ma ceinture était difficile à détacher. J’y arrivais et, la seconde avant le nirvana, j’ai réalisé que j’entendais leurs ustensiles dans leurs assiettes… Ce qui veut dire que physiquement si je laissais aller un vent, elles allaient l’entendre…

L’inventeur de la bolle n’est pas un génie de l’acoustique. Une forme sphérique en porcelaine, ça te transforme le moindre bruit en écho gênant.

J’ai donc fait chanter la baleine comme elle se devait. Le 4 et demi s’est transformé en « la Scala de Milan des pas de classe ». Et comme toute bonne personne qui se délivre, j’ai dompé en poignant le fix sur une tuile. Je m’amusais du regard à faire des associations de carrés de tuiles. 2, 4, 8, etc.

Après le déluge, j’ai eu le droit à un rire gêné de l’autre bord du gyproc.

– Hihihi!! On t’a entendu Jo!!!!!

– Nice…

Je scanne la salle de bain du regard… Plus de papier. Tout ce qui me reste, c’est un rouleau avec UN carré de papier que tu sais que si tu tires dessus tu vas PEUT-ÊTRE obtenir trois filaments de papier de plus. Je regarde en dessous du lavabo, dans la penderie, NADA! Pas le choix… J’ouvre la porte de deux pouces et je lance un petit:

« Y’a plus de papier! »

J’entends sa mère dire: « Shit! C’est vrai, j’ai oublié d’en acheter… » Elles ont cherché pendant au moins deux minutes pour trouver des scott towels, des kleenex ou même les traditionnelles napkins de Noël qui traînent habituellement au-dessus du frigo. Rien n’était là pour me sauver. Mais, elles ont eu une idée. Elles en étaient fières en plus… Des filtres à café…

Après l’utilisation de filtres à café, l’impossible s’est produit… La toilette a bouché et s’est mise à… DÉBORDER! Je courais partout pour trouver des serviettes à mettre autour de la bolle… Parce qu’à cette époque, j’ignorais l’existence de la valve pour couper l’eau derrière la bolle. La seule chose manuelle que je savais faire, c’était de mettre du grip sur mon skate. J’ai crié et les deux sont arrivées dans la pièce inondée de la flagrance de la honte.

Des morceaux concassés de moi étaient à la dérive sur la céramique de la salle de bain.

Sa mère m’a regardé et elle m’a dit: « On n’a pas de siphon… »

Ces mots m’ont transpercé le cœur.

Criss! Vous avez des fruits en plastique comme centre de table, mais vous n’avez pas de siphon! C’est quoi vos osties de priorités d’achats icitte!!!

J’ai donc dû aller cogner chez le voisin de condo d’en face pour lui emprunter un siphon…

Suite à ma requête, il m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit : « Je m’en viens! »

L’inconnu d’en face s’avérait être un homme qui trippait fort sur la mère de ma douce. Il est arrivé dans le condo avec le gros sourire et a pompé ma marde en cruisant ma belle-mère. Elle rougissait et ma douce me dévisageait.

La semaine d’après, elle m’a crissé là… Ah, mon premier amour…

Création, jeu, réalisation, photographie, humour, peinture. Drôle à souhaits. Tu veux quoi de plus ?

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