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Du primaire au secondaire, on nous répète que les études universitaires nous assurent un emploi stable et payant. Comme si les diplômes agissaient comme des billets d’entrée sur le marché du travail.
En réalité, pour les diplômés, la vie post-études supérieures n’est pas toujours un long fleuve tranquille, bien au contraire. Selon une étude de l’Institut du Québec (IDQ) parue le 20 août 2025, depuis environ deux ans, le taux de chômage chez les diplômés universitaires est en augmentation et la tendance s’observe particulièrement chez les hommes diplômés.
Diplômé en génie physique et titulaire d’une maîtrise dans le même domaine depuis décembre 2024, Oumar Touré a cherché pendant huit mois un emploi dans son domaine après avoir terminé ses études. Pour lui, la recherche ne fut pas de tout repos : « De janvier à mars, j’étais un peu naïf et je ne m’en faisais pas trop avec ça. Je me disais que comme j’avais un bac et une maîtrise, j’allais me trouver un emploi facilement, mais c’est vraiment rendu à l’été que je suis devenu stressé. »
Après avoir déposé sa candidature pour une trentaine d’emplois en passant par les applications professionnelles comme LinkedIn, Indeed ou même Facebook, le jeune diplômé n’avait obtenu aucune réponse sérieuse malgré son dossier académique irréprochable.
« Ça faisait, genre, quatre, cinq mois que je ne trouvais pas de job. J’habite tout seul, j’avais mon loyer à payer, je commençais à me dire : “OK, peut-être que je ne peux pas rentrer directement avec une job qui s’enligne avec ma spécialité” », explique le jeune homme dans la vingtaine.
Le diplômé maintient que beaucoup d’employeurs cherchent aujourd’hui des employés avec au moins un à deux ans d’expérience dans le milieu.
Pour Emna Braham, présidente-directrice générale de l’Institut du Québec, le fait que l’économie tourne au ralenti depuis 2023 expliquerait en partie pourquoi les employeurs embauchent moins et sont plus sélectifs.
« C’est plus difficile pour les entreprises d’aller chercher de l’argent. Les projets coûtent plus cher, alors les employeurs embauchent moins. Et ça, ça touche qui en premier lieu? Ça touche les jeunes qui entrent sur le marché du travail », souligne madame Braham.
Selon la même étude de l’Institut Québec, bien que le taux de chômage chez les hommes diplômés soit presque deux fois plus élevé que celui des femmes diplômées, les circonstances actuelles du marché ne sont pas toujours favorables pour les femmes.
Minh-Chau Le, titulaire d’un baccalauréat en études internationales et d’une maîtrise en affaires publiques et internationales obtenue en janvier 2025, est à la recherche d’un emploi depuis près de 3 mois.
Comme Oumar Touré, la diplômée de l’Université de Montréal était persuadée qu’elle trouverait un emploi rapidement.
« Je me demande ce que je devrais faire de plus pour trouver un emploi. J’ai un bac,une maîtrise… Je ne peux pas m’inventer cinq ans d’expérience », déplore-t-elle.
C’est lors de sa collation des grades qu’elle a compris qu’elle n’était pas seule dans cette situation : « Tout le monde se demandait : “T’as-tu une job?” Tout le monde était comme : “Non!” », relate Minh-Chau Le.
Molly Corbet, diplômée au baccalauréat en communication stratégique et relations publiques à l’Université du Québec à Montréal, a eu le même constat que Minh-chau Le en terminant ses études.
Après 3 mois de recherche, elle a fini par trouver un emploi dans son domaine et a même repoussé ses plans de faire une maîtrise pour saisir l’opportunité, craignant de ne rien trouver d’autre.
« Je t’avoue que c’est tombé à un moment que c’est vraiment l’offre que je voulais. Je prenais [cet emploi] ou je repoussais encore pour longtemps », témoigne la diplômée en communication.
Rassurez-vous, Emna Braham soutient que selon leurs prévisions, d’ici 2026, l’économie devrait reprendre et les embauches aussi.
Elle tient toutefois à nuancer que le taux de chômage est bien en augmentation pour les diplômés universitaires, mais que « les niveaux restent historiquement faibles. »
Pour ce qui est de l’écart entre les hommes et les femmes diplômés, elle est attribuable dans les dernières années au fait que des emplois ont surtout été créés dans des domaines tels que la santé et l’éducation, des milieux employant majoritairement des femmes.
« On pense que c’est vraiment conjoncturel. Quand on regarde les besoins à long terme, on voit qu’il y a d’autres secteurs où on va avoir besoin de beaucoup de travailleurs, mais qui favoriseraient davantage les hommes, notamment celui de la construction », atteste la présidente-directrice générale de l’IDQ.
Même si ces derniers mois se sont avérés éprouvants pour nos trois diplômés, cette expérience leur a permis de tirer des leçons.
« Avec du recul, je me dis que j’aurais peut-être dû commencer directement à travailler après mon bac pour avoir des années d’expérience », admet Minh-Chau Le.
Quant à Oumar Touré, il estime que les diplômés ne devraient pas tenir pour acquis que les offres d’emplois se manifesteront à profusion : « Il y a quand même un travail à faire, il faut être proactif. »
Malgré tout, les trois diplômés s’entendent pour dire que les études universitaires demeurent la meilleure porte d’entrée vers le marché du travail, peu importe le domaine.