.jpg)
Étudiante du mois : Marie Faraut de l’UQAR
Chaque mois, le Guide des universités URBANIA célèbre un.e étudiant.e de la province, que ce soit pour ses implications, ses projets ou sa persévérance. On se permet de donner une bonne tape dans le dos à ceux et celles qui le méritent.
Le pétoncle : fruit de mer grandement apprécié au Bas-Saint-Laurent.
Le plastique : polluant important du fleuve Saint-Laurent.
Mangeons-nous du plastique en savourant le muscle de ce mollusque? Comment un emballage de plastique à usage unique nuit-il à son développement?
Alors que 79 % des plastiques produits se retrouvent dans des décharges et dans l’environnement, un article de la revue universitaire Environmental Pollution rapportait en 2015 que le fleuve Saint-Laurent comportait une concentration moyenne de microplastiques « parmi les plus élevées enregistrées pour les systèmes d’eau douce et marins à l’échelle mondiale ». On y comparait même notre grand fleuve québécois aux lacs et rivières les plus polluées de la Chine.
La production mondiale de plastique ne cesse d’augmenter malgré les tentatives désespérées de quelques commerces d’en réduire leur utilisation. Sauf que lorsque la plastique se retrouve au-delà de nos emballages et jusque dans notre nourriture, on a un sérieux problème.
Personne ne connaît le réel impact des microplastiques sur les bivalves (huîtres, moules, pétoncles) et, plus précisément, sur les pétoncles géants du Bas-Saint-Laurent.
.png)
Marie Faraut, étudiante française à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) et à l’Institut des sciences de la mer de Rimouski (ISMER) à la maîtrise en océanographie, s’est sentie interpellée par cette problématique et a choisi d’y consacrer deux années de sa vie afin d’apporter des réponses au monde scientifique et culinaire.
L’étudiante, qui a commencé sa maîtrise à la session d’automne 2021, s’est entourée d’une équipe de recherche afin de se pencher sur – attention, prenez une grande inspiration – la cinétique d’accumulation des microplastiques (les plastiques de moins de cinq millimètres) et leurs effets sur la condition énergétique du pétoncle géant canadien. Autrement dit, elle s’intéresse à l’accumulation de plastique dans les différents tissus du pétoncle géant et se questionne sur la nocivité des microplastiques dans le fleuve Saint-Laurent sur le fruit de mer.
Comment effectuer les tests?
Pour pouvoir analyser l’impact des microplastiques sur les pétoncles, Marie Faraut contamine elle-même certains mollusques vivants pour pouvoir ensuite les observer.
.jpg)
L’étudiante récupère des pétoncles vivants chez un pêcheur de Carleton pour les mettre dans des aquariums. « Pour la contamination, je viens trois fois par semaine contaminer la nourriture des pétoncles qui se compose de microalgues », raconte-t-elle. Elle mélange le microplastique qu’elle a développé avec des algues et de l’eau afin de diluer le tout.
« Chaque heure, pendant six heures, je prélève des échantillons d’eau du bassin pour voir la cinétique d’accumulation des microplastiques, c’est-à-dire qu’on effectue des tests afin de voir s’il y a une différence entre le temps 0, le moment où je nourris les pétoncles, et six heures plus tard, poursuit Marie. Normalement, on devrait voir une diminution, ce qui voudrait dire que le pétoncle a absorbé du microplastique. »
Elle laisse trois mois aux pétoncles pour être contaminés par les microplastiques, avant de passer au processus de dépuration, où les mollusques se débarrassent du plastique dans leur corps dans un environnement qui en est dénué.
.png)
« Dans des essais préliminaires que j’ai faits, on voit que le pétoncle se débarrasse très vite des microplastiques, explique la chercheuse. Au bout d’un mois, un mois et demi, le pétoncle peut s’être complètement dépuré et être revenu à son état normal. » Il y a donc espoir.
Toutefois, avant d’arriver à ces six mois d’observation intensive, l’étudiante a dû « trouver la combinaison parfaite de microplastiques » pour que sa contamination soit représentative de celle qu’on retrouve dans le fleuve Saint-Laurent. Elle a reçu l’aide de trois autres chercheur.euse.s afin de créer la bonne combinaison de microplastiques, ce qui leur a pris cinq mois.
Quelles sont les hypothèses de recherche?
Malheureusement, il est impossible pour Marie Faraut d’émettre des hypothèses pour l’instant, car très peu de projets ont été menés sur le sujet à ce jour.
« Si je prenais le risque de produire des hypothèses quand même, elles seraient soit très mal interprétées, soit ne correspondraient pas du tout à ce qu’on a imaginé », commente-t-elle.
Marie Faraut prévoit traiter les résultats de ses expériences à partir de la mi-décembre. Elle travaille sept jours sur sept sur ses recherches afin de présenter des résultats au Groupe national consultatif sur les contaminants (GNCC-MPO), qui finance l’étudiante et qui utilisera ses recherches pour conseiller le gouvernement canadien.
.jpg)
Comment va le moral?
Un mémoire n’est jamais facile à mener à terme. Une grande concentration et beaucoup de motivation sont nécessaires.
« C’est beaucoup de travail, beaucoup d’investissement, avoue Marie Faraut. Comme je travaille à la station aquicole à Pointe-Au-Père et non à l’ISMER, je suis presque toujours toute seule. Il n’y a pas de fenêtres dans les laboratoires, je passe sept heures enfermée toute seule en dedans… avec des pétoncles! »
Malgré la solitude, Marie Faraut semble déterminée à apporter des réponses et heureuse de se consacrer à un projet aussi important.
C’est donc pour toutes ses raisons que le Guide des universités URBANIA lui lève son chapeau.