Être woke avec des oeillères

Éric défend Don Cherry

Je n’ai probablement pas besoin de définir le vocable « woke » pour le hipster uqamien abonné d’URBANIA. Pour tous les autres, disons que ça n’a rien à voir avec la cuisine chinoise et tout à voir avec la prétendue justice sociale. Derivé du mot wake (et non wok), il signifie l’éveil ou le réveil d’activistes afro-américains qui prennent conscience de leurs oppressions et, par extension, celui des autres minorités qui se perçoivent comme victimes d’injustices. 

J’écris sur ce sujet parce que le mot s’installe tranquillement au Québec avec notamment un « courrier du woke » dans les pages d’URBANIA et qu’il a récemment soulevé une petite tempête chez nos voisins du Sud (j’y reviendrai plus bas).

La montée et la radicalisation de la droite défraient chez nous régulièrement les manchettes. On passe cependant sous silence que c’est souvent en réaction à cette culture woke de la gauche radicale.

Les exemples de dérapage de ces donneurs de leçons vertueux sont nombreux et très près de nous, dans le temps et dans l’espace. Le plus récent en date est sans doute cette montée de lait nationale pour exiger le congédiement de Don Cherry

La montée et la radicalisation de la droite défraient chez nous régulièrement les manchettes. On passe cependant sous silence que c’est souvent en réaction à cette culture woke de la gauche radicale.

Un homme de 85 ans observe que les immigrants portent moins le coquelicot que les autres Canadiens et leurs rappelle que des femmes, et surtout des hommes, sont morts pour préserver la liberté que les nouveaux arrivants sont venus trouver ici. Il les invite à acheter et porter fièrement le coquelicot. Où est l’intolérance et le racisme là-dedans? Si Cherry avait plutôt dit que les francophones (groupe auquel il s’en est déjà pris bien plus durement) ou les jeunes portent moins le coquelicot que les anglophones et les aînés, aurait-il été mis à la porte? Évidemment que non. Pour nos « justiciers sociaux », certaines minorités sont plus inattaquables que d’autres et leur outrage est à géométrie variable.

Cherry a commis l’irréparable de s’en prendre à la nouvelle religion de la gauche canadienne-anglaise où le multiculturalisme devient intouchable. En agissant ainsi, les adeptes de la rectitude politique polarisent et radicalisent, à leur tour, ceux qui aiment Don Cherry,  le coquelicot et nos anciens combattants.

Devenir la cause

Autre exemple plus près de nous: la conseillère municipale de Projet Montréal, Marie-Josée Parent, qui nous a été présentée comme la première autochtone élue de l’histoire de la métropole. Deux chercheurs en généalogie nous apprenaient la semaine dernière qu’il n’en est rien et que Madame Parent n’est pas plus issue des Premières Nations que vous ou moi. Pourquoi alors s’inventer des origines micmacs? Pour bien paraître et profiter des privilèges. Comme l’a écrit Mario Dumont: « Ce n’est plus assez de s’efforcer de comprendre une cause puis de s’engager à la défendre. Pour un bon militant de gauche qui veut se donner une supériorité morale inattaquable, on n’hésite pas maintenant à devenir la cause. »

Des exemples de dérapes de la culture woke, il y en a des tonnes.

Je peux aussi vous donner l’exemple de la présidente de la Fédération des femmes du Québec, qui l’a échappé solide cette semaine dans sa défense du coton ouaté de Catherine Dorion. Lier, la campagne  #MonCotonOuatéMonChoix au port du voile, faut le faire!  

Voir dans la crise du bacon de la députée de Taschereau une ingérence du patriarcat dans le choix vestimentaire des femmes relève au mieux de l’ignorance, tout autant selon moi que d’associer laïcité à oppression de la femme.

Le code vestimentaire de l’Assemblée nationale est d’ailleurs beaucoup plus restrictif pour les hommes, qui doivent obligatoirement porter veston et cravate.

Dans un long texte sur Facebook qu’elle adresse à toutes les femmes qui se font dire quoi faire et comment s’habiller, Manon Massé conclut par un énergique: « On va gagner », comme si les Québécoises venaient d’entrer collectivement en guerre contre les hommes anti-coton ouaté de Catherine.

Des exemples de dérapes de la culture woke, il y en a des tonnes. Du genre, ne pas être vegan fait de vous un meurtrier. Appuyer la laïcité signifie qu’on est islamophobe. Souhaiter une réforme en immigration est synonyme d’intolérance et de racisme. Bref, le prêt-à-penser idéologique économise les arguments en insultants ceux qui pensent différemment.

La montée de lait d’Obama

Je me méfie enfin de ces « justiciers sociaux » qui se préoccupent bien davantage de l’image qu’ils veulent projeter que de la cause qu’ils prétendent défendre.

Cette forme d’activisme est totalement contre-productive. Ce n’est pas moi (homme blanc de droite ET du 418 ouach!) qui vous le dit, c’est l’ex-président américain démocrate, Barack Obama. Le 29 octobre dernier, lors du sommet de la fondation Obama à Chicago, le premier noir à la maison-blanche a déclaré: « Cette idée de pureté, de ne jamais faire de compromis, d’être toujours « woke » (éveillé) politiquement, vous devriez vous débarrasser de ça au plus vite. Le monde est en désordre. Il y a des ambiguïtés. Certaines personnes qui font des choses vraiment très bien ont des défauts. Certaines personnes contre qui vous vous battez aiment aussi leurs enfants. » (traduction libre)

Selon lui, pour changer les choses dans une société, il faut bien plus que juger et critiquer à partir de son perchoir politiquement correct.

Je me méfie enfin de ces « justiciers sociaux » qui se préoccupent bien davantage de l’image qu’ils veulent projeter que de la cause qu’ils prétendent défendre.

Un ami virtuel, Guy Perkins, résume bien ça: « La culture woke, c’est les olympiques de la bien-pensance. C’est l’exhibitionnisme des prétentieux qui veulent montrer à quel point ils se soucient des problèmes sociaux. »

En gros, restons éveillés à cette imposture déguisée en posture in.

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