Germain Barre

Être millionnaire à 5 ans grâce à YouTube

Jouer aux Barbies, ça peut être très payant.

Ils ont 5, 6 ou 7 ans, et font déjà des millions. Les kidfluencers, ou les «créateurs de contenu junior» prennent de plus en plus d’assaut le web aux États-Unis. Ils déballent des jouets commandités, partagent leurs impressions avec rigueur, et divertissent des millions d’autres enfants. Grâce aux publicités YouTube et à leurs partenariats avec des marques de jouets, ils peuvent empocher plusieurs dizaines de milliers de dollars par vidéo.

Avec un peu d’enthousiasme et des parents impliqués, un enfant peut obtenir la même notoriété (et le même compte en banque) que les jumelles Olsen il y a 20 ans, sans jamais devoir mettre les pieds à Hollywood.

Les règles du jeu

Ryan, 7 ans, est le youtubeur le mieux payé du web, toutes générations confondues. Pourtant, il ne fait que jouer avec des voitures et des legos. Selon Forbes, la chaîne Ryan ToysReview  a généré 22 millions de dollars l’an dernier. Après avoir exprimé le désir de démarrer sa chaîne YouTube à l’âge de 4 ans, Ryan a tout de suite eu l’appui de ses parents, qui refusaient au départ de dévoiler leur identité. Aujourd’hui, alors que 19 millions d’abonnés suivent le compte de leur fils, ils sont impliqués dans la plupart de ses vidéos, en plus de posséder leur propre chaîne spin-off, Ryan’s Family Review, où leurs deux plus jeunes filles sont aussi mises de l’avant.

Selon Forbes, la chaîne Ryan ToysReview  a généré 22 millions de dollars l’an dernier.

L’éthique de cette pratique est contestable. D’autant plus que ces chaînes sont les nouvelles plateformes publicitaires de compagnies comme Walmart, Crayola et Mattel, qui incorporent leurs produits dans des vidéos regardées par… des enfants. YouTube étant une plateforme peu réglementée, où n’importe qui peut regarder n’importe quoi à n’importe quelle heure, les politiques publicitaires sont plus flexibles qu’à la télévision.

«Mais n’a-t-on pas le droit de s’inscrire sur YouTube, Instagram ou Facebook lorsqu’on n’a pas encore 13 ans?», vous demanderez-vous. En effet, Instagram, propriété de Facebook, et YouTube, qui fait partie de Google, sont régis par une loi fédérale américaine sur la protection de la vie privée, qui protège les enfants de moins de 13 ans. On constate d’ailleurs que la biographie de nombreux jeunes influenceurs sur Instagram et YouTube spécifie que leur compte a été enregistré par un tuteur.

Et pour ces entreprises technologiques, le fait de déclarer que leur plateforme est destinée aux personnes de plus 13 ans leur permet de collecter des données sur leurs utilisateurs et de présenter de la publicité ciblée. L’année dernière, des groupes de défense des droits des consommateurs ont déposé une plainte contre YouTube en affirmant que le géant de la vidéo collecte quand même des données sur les utilisateurs de moins de 13 ans.

Quand argent et parents s’en mêlent 

Dans le cadre d’une enquête du quotidien The Guardian, Sheila James Kuehl, ancienne enfant-star et coauteure de la loi de 1999 réformant la protection du travail des artistes-interprètes en Californie, affirme qu’«il est vraiment temps de jeter un coup d’œil sur la façon dont les parents ou d’autres adultes gagnent de l’argent avec la performance ou le travail de mineurs».

«La loi doit être modifiée pour s’adapter à la technologie.»

En effet, même si un enfant de 5 ans fait part de son désir de faire des vidéos, est-il vraiment conscient de l’impact de ce qu’il considère comme un jeu? Comment être certain qu’il n’est pas plutôt utilisé par ses parents, à l’intérieur des murs de la maison familiale?

«S’il y a des jours où ils ne sont pas motivés, ils n’ont pas à l’être… à moins que ce ne soit un contrat rémunéré. À ce moment, ils doivent être présents. Mais nous avons toujours des bonbons ces jours-là», a déclaré Bee Fisher, une mère de trois garçons célèbres, au Guardian.

Même si ce genre de déclaration suscite le malaise, plusieurs agents ou parents disent garder en tête que l’école doit rester prioritaire.

«Il ne faut surtout pas qu’il ait l’intention de quitter l’école juste pour faire de l’argent!»

«Si un enfant se présentait à notre agence avec de bonnes intentions, désirant réellement faire passer un message ou une manière de penser selon ses valeurs, c’est sûr que ça pourrait nous intéresser. Il ne faut surtout pas qu’il ait l’intention de quitter l’école juste pour faire de l’argent!», affirme Jeanne Leduc, gestionnaire de talents à l’agence québécoise Le Slingshot, qui se spécialise en marketing d’influence.

L’éthique de la création

Toutefois, aucun kidfluencer n’est représenté par l’agence. «La plus jeune qu’on a signée, c’était Gloria Bella, alors qu’elle avait 14 ans ou 15 ans», poursuit Jeanne Leduc.

Lorsque le Slingshot signe un mineur, le parent signe le contrat entre lui et l’agence. Ensuite, pour les autres contrats relatifs au marketing d’influence (par exemple, si le jeune parle d’une compagnie de produits de beauté sur sa chaîne), c’est la directrice générale, Gabrielle Madé, qui signera au nom du créateur . «Par contre, le parent est dans le processus complet et est au courant des campagnes que son enfant fait avec nous. Et normalement, l’argent va directement à notre créateur, mais c’est du cas par cas.»

Une chose est sûre, si un enfant de six ans venait à cogner à la porte de Slingshot, ses gestionnaires s’assureraient que ses idées sont bel et bien les siennes, et non celles de ses parents. «On signe un créateur, pas la famille au complet!»

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