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Mononcle est décédé. Au salon funéraire, plusieurs sont là pour lui dire un dernier au revoir. Un moment triste, mais aussi une occasion de se rassembler et de se partager des beaux souvenirs passés avec lui.
Une semaine plus tard, une invitation à jouer à Candy Crush apparaît sur votre cellulaire. C’est mononcle! Ou plutôt matante, qui a repris le compte de son défunt mari pour jouer une partie.
C’est niaiseux, mais pendant une seconde, c’était presque comme si mononcle était bien vivant! On pouvait l’imaginer heureux. Assis confortablement dans son fauteuil de salon, un sourire en coin, venant tout juste de compléter un niveau sur sa tablette électronique.
Ça fait prendre conscience que même après notre grand départ, le numérique est toujours là, lui.
En y réfléchissant bien, on passe une grande partie de notre temps en ligne. On y fait des transactions, on s’informe, on discute, on joue. Rapidement, on crée une banque de données. C’est ce qu’on appelle des actifs numériques.
Observez tout ce que vous faites sur internet, et puis demandez-vous si ces éléments ont une valeur financière ou sentimentale pour vous.
Pour bien comprendre le concept, observez tout ce que vous faites sur internet, et puis demandez-vous si ces éléments ont une valeur financière ou sentimentale pour vous. Par exemple : des courriels, des abonnements, des points de fidélisations, des accès, de la musique, des écrits, des photos, des mémos vocaux, des cryptomonnaies, etc.
Un peu comme lorsqu’on fait le ménage du printemps dans la maison en prévision d’une vente de garage. On départage ce qui a de la valeur financière de ce qui en a moins. Par-dessus tout, on tient à conserver nos objets à valeur sentimentale comme les souvenirs de famille.
Le même principe s’applique aux actifs numériques. À mesure qu’on évolue dans le monde virtuel, des éléments nous apparaissent significatifs. Les courriels importants de mononcle, un dernier « je t’aime » par message vocal avant son accident, les endroits de pêche de prédilections enregistrés, les photos et vidéos prises (avec la tablette) pendant les réunions de famille, la liste de lecture préférée, les statuts publiés sur son compte Facebook, les contacts, les points de fidélisation SAQ, quelques blagues écrites sauvegardées, etc.
le milieu législatif considère de plus en plus le numérique dans la planification du testament.
Il y a une certaine beauté qui peut se transmettre par le numérique.
Mais grâce au virtuel, ça peut devenir une belle occasion de laisser un héritage tout aussi significatif que de l’argent. Sinon plus!
Par exemple, à mes futurs enfants et petits-enfants, je lègue :
Mes cryptomonnaies, mes propriétés virtuelles dans le métavers, mes livres numériques, mes accès à des cours virtuels et ma liste de contacts. Pour stimuler vos envies d’apprendre et de croire en la magie.
À ma femme, je lègue :
Ma collection d’œuvres d’arts numériques (NFT), mes créations numériques, nos dessins numérisés, mes mémos vocaux et mes écrits. Pour te rappeler que créer ensemble était la plus belle preuve d’amour.
À mon frère, je lègue :
Ma passe d’accès électronique aux matchs de saison du Canadien de Montréal. Ma collection de cartes de hockey virtuel (NFT). Pour t’encourager à croire en tes rêves.
À ma sœur, je lègue :
Ma banque de musique et mes photographies. Pour te donner le courage de persévérer par la force des souvenirs.
À mes ami.e.s, je lègue :
Ma compilation de vidéos drôles et de mèmes sauvegardés. Les accès à mes jeux vidéo où l’on pouvait jouer en mode coopération. Pour vous rappeler nos moments de jeu et de rire ensemble.
Ça ne remplacera pas les objets, l’immobilier et l’argent… mais ça donnera un moyen différent de partager d’autres types d’actifs significatifs comme des photos, des vidéos, des accès, des créations, des connaissances, des contacts, des jeux, etc.
Pourquoi? Parce qu’il y a une certaine beauté qui peut se transmettre par le numérique. Son caractère intangible, son accessibilité un peu partout et en tout temps, c’est un peu magique. Il y a même la possibilité d’interagir après la mort grâce à l’intelligence artificielle.
Comme quoi l’au-delà se trouve peut-être bel et bien dans les nuages… numériques.
Malgré ces actifs, la succession du numérique sensible et bien exécutée reste floue et peu considérée. Pourquoi? Parce que si vous ne prenez pas les moyens nécessaires pour permettre le transfert de vos données après votre décès, la plupart seront perdues. C’est les lois sur la protection de la vie privée qui mettent des limites aux entreprises quant à la divulgation de renseignements personnels, même à des proches après un décès.
Chaque service numérique propose des politiques différentes en ce qui concerne la succession. Par exemple, Google prévoit un gestionnaire de compte inactif, qui permet de soumettre jusqu’à 10 personnes de confiance pour le transfert des données. Malgré ça, il arrive souvent que plusieurs données finissent dans l’oubli et certains comptes sur le web continuent même d’exister plusieurs années après un décès.
C’est vrai que depuis plusieurs générations, l’héritage est principalement physique : de l’argent, de l’immobilier, des terrains, des objets, etc. Cependant, le milieu législatif considère de plus en plus le numérique dans la planification du testament. On prend en compte les mots de passe, les comptes bancaires électroniques, les accès, etc. Les actifs numériques sont alors considérés dans le testament à savoir si on lègue ces données ou bien si on désire les supprimer.
Un peu lourd tout ça… Oui et non. Prévoir sa mort est quelque chose de confrontant, c’est vrai. On réalise que la vie a une fin, du moins dans le réel! Dans un futur proche, le numérique pourrait bien permettre une extension de soi au-delà de la mort. Imaginez recevoir en héritage une partie du nuage numérique de l’un.e de vos proches! Avec son consentement préalable, bien sûr. Ça ressemble presque à un épisode de Black Mirror…