Et si la série FRIENDS était transposée en 2019 ?

Parce que plus ça change, plus c'est pareil.

Depuis que la série est disponible sur Netflix, des centaines d’articles qui portent sur certains aspects plus ou moins douteux de Friends abondent sur le web. On reproche à Joey ses comportements avec les femmes, on se plaint du fait que lesdites femmes sont toujours très unidimensionnelles, on remarque le manque flagrant de diversité culturelle et le fait que certains running gags – fat Monica et le père de Chandler pour n’en nommer que deux – ne passeraient plus aujourd’hui.

Mais bon, autre temps, autre moeurs, en 1994 on ne pensait que très peu à ceux qui constituent les minorités et encore moins aux dangers de véhiculer des stéréotypes. Pas que c’est pardonnable, c’est seulement compréhensible dans la mesure où il y avait d’autres carcans dont on devait se libérer. J’ai donc fait l’exercice de penser à cinq éléments qui seraient complètement différents si Friends commençait aujourd’hui.

À travers ceux-ci, vous verrez qu’il y en a un qui ne changerait pas et c’est probablement ce qui fait en sorte que la série est aussi intemporelle.

1 – Il y aurait eu plus de diversité culturelle et corporelle

En 1994, aucun des acteurs de Friends n’était connu. Ce serait probablement la même chose aujourd’hui. Cela dit, pour parler aux 18-35 ans de notre époque, la distribution serait complètement différente et ressemblerait plus à une série de Shonda Rhimes. Monica pourrait toujours avoir ses rondeurs et en serait fière, et plus d’un personnage pourrait être issu d’une communauté culturelle ou racisée.

L’identité culturelle serait abordée de manière moderne. Elle ne serait pas ignorée, ni problématisée et pourrait même servir de point de départ pour quelques gags engagés qui dénoncent avec humour certaines dynamiques interculturelles douteuses.

2 – L’idylle de Monica et Chandler

Ils auraient commencé à coucher ensemble après avoir tous les deux « swipé à droite » à la blague-mais-pas-tant.

3 – Ce que représentent Ross, Phoebe et Chandler 

Ross et Phoebe sont des personnages très importants parce qu’à travers leurs trames narratives, on brise quelques-uns des carcans de l’époque. Ross se fait laisser par sa femme qui est tombée amoureuse d’une autre femme. On peut présumer que c’est une tournure d’événements assez originale pour la télé mainstream des années 1990. Même si parfois on grince des dents – comme dans l’épisode où Ross pense que Émilie et Susan pourraient tomber en amour parce qu’elles s’entendent bien – cette histoire a quand même contribué à normaliser quelque chose de marginalisé.

Il en va de même pour Phoebe, une adulte au passé trouble qui a transformé tous ces malheurs en lumière. Elle est la plus mature du groupe, la plus forte et est altruiste au point d’accepter – sans jugement – d’être la mère porteuse des bébés de son frère. Là aussi, on est dans quelque chose d’avant-gardiste pour l’époque.

De plus, Ross et Chandler correspondent respectivement au « nerd » et au « geek » du groupe, des concepts assez péjoratifs il y a quelques années. De nos jours, les figures du nerd et du geek ont nettement gagné les lettres de noblesse qui leur étaient dues. Chandler serait peut-être à la tête d’une startup prometteuse. On doit l’admettre, le domaine des IT est aux années 90 ce que le monde de la technologie est aux années 2010. Ross quant à lui, pourrait être encore un paléontologue, mais on ne se moquerait surement pas autant de sa profession qui est, somme toute, très impressionnante.

4 – Le rapport à l’argent $$

Friends se passe à New York dans un quartier qui a l’air relativement bien. Rachel travaille dans un café, Monica dans un restaurant et Joey travaille une fois par année. Malgré tout, l’argent semble très rarement être un problème. Oui, l’appartement est à loyer modique, oui ils viennent de familles privilégiées, mais encore. Est-ce parce que ce n’était pas bien vu de parler ouvertement de sa situation financière? Ou simplement parce que ça aurait complexifié le scénario pour rien? Difficile à dire. Mais aujourd’hui, on sait que les jeunes de 25-30 ans seraient plus qu’à l’aise de parler de leur difficultés financières, particulièrement dans une ville où il faut faire une centaine de milliers de dollars par année pour vivre seul dans un appartement décent. 

5 – Joey

Joey serait encore un tombeur de ses dames. Là-dessus, il n’aurait pas besoin de changer. Par contre, sa beauté et son côté naïf ne seraient plus assez pour les séduire. Parce que oui, en 2019, on commence à montrer à la télé que tout ne s’arrête pas au look et que la plupart du temps, la séduction – même pour une histoire d’un soir – nécessite une connexion à plusieurs niveaux.

La mi-vingtaine et la volonté de rompre avec le moule sociétaire

Outre l’universalité du thème de l’amitié, ce qui rend Friends aussi intemporel c’est qu’on y raconte l’histoire de six jeunes adultes qui ne se sentent pas « adultes ». Ils ne savent pas trop quoi faire de leur vie, soit d’un point de vue professionnel ou relationnel (Rachel). Ils cherchent l’amour, mais ne veulent pas faire de compromis sur qui ils sont (Monica). Ils ont tout fait dans l’ordre – université, carrière, mariage, enfant – mais la vie leur a lancé une balle courbe (Ross). Ils sont d’éternels adulescents (Chandler et Joey). Ou ils se laissent aller dans la vie de manière assumée sans nécessairement faire ce qu’il est attendu d’eux (Phoebe).

En 1994, Friends montrait à tous les jeunes Américains qu’il n’y avait pas seulement un chemin à suivre. Le tour de force de la série était aussi de le faire naturellement, sans confronter directement quoi que ce soit. Est-ce que ce serait aussi groundbreaking en 2019? Probablement pas. Pas dans la formule actuelle. Friends marche encore parce qu’on sait prendre la série dans son contexte et que plus ça change, plus c’est pareil. Mais est-ce qu’une version modernisée du concept aurait le même impact sur une nouvelle génération? Probablement.

Alors, allez-y, gâtez-vous. Regardez pour la première ou la 10e fois cette série culte qui a sûrement été doucement porteuse d’une petite révolution il y a 25 ans.

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