Jorge Camarotti

Les (esties d’) smoothies

Bon. Là il va falloir se calmer un peu.

Un smoothie, c’est un paquet de fruits et de légumes sacrés dans un blender avec un liquide pour que ça puisse se boire.

C’est pas une potion magique.
Ça ne fait pas fondre la graisse.
Ça ne remplace pas trois repas complets.
Ce n’est pas un laissez-passer pour le bonheur éternel ni la carte-soleil pour une santé infinie.

C’est juste un breuvage avec des mottons.

Historique de la passion smoothies

Le Saint-Graal du bien-manger a fait son apparition en Californie dans les années 1960, alors qu’on venait d’inventer le blender et qu’il fallait bien trouver quoi faire avec.

On distribuait gratuitement ces mélanges de fruits congelés et d’eau sur les plages à des filles en maillots une pièce et des mecs en speedo.

Du génie marketing pur et dur.

Et ça fait ben du sens.

J’ai commencé à faire des smoothies ma religion quand je me suis acheté un Vitamix.

Tu n’investis pas 500 $ dans un blender avec la seule vocation de faire des potages.

Faut que tu lui trouves quelque chose d’ésotérique, sinon tu t’es juste fait avoir.

Les smoothies verts sont bruns

Coup de théâtre.

Je n’ai jamais été bonne en arts plastiques et je ne peux pas dessiner un bonhomme allumette, mais je sais une chose : du vert et du mauve, du vert et du rose, et du vert et du orange, ça donne BRUN. Pas vert-nouvelle-pousse-de-printemps : BRUN-BOUETTE, juste assez différent du Pantone “brun chocolat” pour que ce soit zéro appétissant.

On nous ment à tour de bras sur Instagram quand on nous présente des smoothies alléchants vert-premières-feuilles-du-printemps. Qui arriverait à avoir 1000 likes sur un smoothie brun marde? Même pas Marilou.

En statistiques : 610 publications pour #brownsmoothie, contre 1 045 840 pour #greensmoothie. It’s a fake world afterall, pour parodier le grand classique de Disney.

Une photo publiée par Renee Tsang Travel (@reneetsangtravel) le 17 Juin 2016 à 15h18 PDT

On peut lire l’incrédulité et le désespoir sur le visage de la personne qui voit se transformer tous ces ingrédients biologiques si appétissants et dispendieux en une purée d’intérieur de couche.

“C’est vraiment laitte, mais ça doit être bon. Quand même. Ouain, moyen l’idée de mettre un demi-citron avec la pelure et un boutte de gingembre. C’est fucking surette. Désespoir. J’aurais dû me faire une toast finalement.”

Un smoothie est un repas complet

1 tasse de yogourt grec. 1/2 tasse de lait d’amande. 1/2 ananas. 1 banane. 1 tasse d’épinards. 1 portion de protéines végétales. 1 morceau de gingembre. Des flocons de coconut, de graines de chia et des noix de cajous pour décorer. Regarde tout ça dans ton blender avant de le réduire en bouillie et pose-toi la question “Est-ce que je pourrais manger ça + deux toasts et deux œufs miroir?”. Je ne pense pas. C’est BEAUCOUP de manger.

La faim post-smoothie

C’est BEAUCOUP de manger, mais c’est du manger prédigéré. Un smoothie, c’est un chiller d’estomac. “NICE, y a un blender qui a fait la job avant moi”, qu’il se dit. Ça passe direct dans l’intestin. Résultat : la faim revient vite, dès que l’estomac se vide. Un smoothie mal composé est un ticket vers le stand à beignes autour de 10h30, avec une face de cernes et un coup de barre à clous dans la nuque.

Il faut donc composer son smoothie comme on composerait un repas équilibré avec une protéine, des bons gras, et des fruits/légumes. Et encore là : posez-vous la question si ça fait du sens de manger un casseau de bleuets, un demi-pot de yogourt, une banane et 2 tasses de granolas pour déjeuner.

Je ne juge pas, je pose simplement la question.

Dites-moi pas que vous ne me trouvez pas belle avec mon coat de printemps, mon sourire à 100 $ et mon smoothie parfaitement vert. L’histoire ne dit pas s’il était buvable. Je laisse planer le doute. Et je continue d’alimenter le #greensmoothie sur Instagram.

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