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Vers l’heure du dîner, ma mère m’écrit par texto : « Camille, as-tu entendu à la radio ce matin ? Il y avait une psychoéducatrice qui parlait des périodes de transition chez les enfants. Ça pourrait t’aider pour les crises, quand tu quittes le parc vers la maison ».
Après la routine de dodo, en scrollant sur Facebook, je vois une publication qui parle de la routine du matin avec un toddler. Au lieu de presser l’enfant qui n’a pas la capacité de comprendre le « sentiment d’urgence » qui habite les parents qui souhaitent arriver à l’heure au travail, la publication propose d’utiliser des stratégies créatives axées sur le jeu pour motiver son enfant à s’habiller et se brosser les dents.
Quel que soit le sujet qui touche de près ou de loin les enfants, les expert.e.s de la parentalité sont sur toutes les plateformes pour nous conseiller sur la manière dont on devrait ou pas agir.
Mais a-t-on besoin d’autant d’expert.e.s au quotidien ?
Mais qui sont ces « expert.e.s de la parentalité » ?
La plupart du temps, ce sont des gens qui ont acquis une forme d’autorité sur le sujet, souvent parce qu’ils cumulent de l’expérience dans l’accompagnement des enfants et de leurs parents, en plus de détenir une formation académique sur un sujet. On peut penser aux psychoéducateur.rice.s, travailleur.euse.s sociaux.les, médecin pédiatre, etc.
On peut penser à des gens, comme les psychoéducatrices Sarah Hamel et Krysta Leto du site Cœur en tête, l’éducatrice spécialisée Mélanie Fortier pour la plateforme Ouikid, l’orthophoniste Julie Parent… name it.
Dans les médias, leurs interventions visent souvent à informer sur les causes d’un problème tout en offrant des pistes pour aider les parents à le gérer.
Il faut dire que cette tendance n’est pas nouvelle : depuis les années 1970, on constate une augmentation importante de la publication de livres sur la parentalité.
Aujourd’hui, on retrouve un tonne de parenting gurus sur les réseaux sociaux, des personnes qui utilisent leur formation académique et leur statut pour offrir des informations, des conseils ainsi que des produits payants, par exemple des formations, pour aider à naviguer la parentalité.
Il va sans dire que pour les médias, c’est alléchant d’offrir la parole aux expert.e.s pour parler de parentalité, surtout lorsqu’on considère que leurs interventions sont généralement basées sur les consensus scientifiques, moraux, sociaux et les lois.
Bien qu’importantes, ces « bases » sont imparfaites puisqu’elles mettent l’accent sur les comportements et pratiques des parents, dans le but de prévenir le développement problématique de l’enfant et les difficultés une fois adulte.
Conséquemment, les récits et points de vue des parents peuvent être dévalorisés par les professionnel.le.s, les services et la communauté.
Est-ce possible que tout ça contribue au fait qu’on retrouve peu de contenu sur l’expérience de « parents sans titre professionnel » dans les médias traditionnels ?
Il y a matière à nuancer. Oui, avoir des informations objectives peut être utile face à des situations précises. Et oui, certains parents (une minorité) ont des pratiques parentales négligentes et maltraitantes.
Par contre, le flux d’informations sur la parentalité est également un couteau à double tranchant pour tous les parents qui font déjà un excellent travail : il crée une norme en dictant, de manière universelle, ce que les parents devraient faire.
Ça nous fait également oublier qu’être, c’est un apprentissage, et non des compétences à cocher sur une grille d’évaluation.
« Comme parent, c’est vous l’expert·e de votre enfant! » ai-je entendu plus d’une centaine de fois depuis que je suis devenue mère. Chez le médecin, à la garderie, dans les médias, en discutant avec une inconnue, etc.
Même si on connaît mieux que quiconque notre enfant, qu’on vit directement la parentalité sous tous ces fronts avec un, deux, voire quatre enfants : notre expertise est-elle reconnue, encouragée, célébrée ?
Combien de fois se fait-on demander par des expert.e.s : « Toi, le parent, dans ta réalité personnelle et familiale, qu’en penses-tu ? Est-ce que ça fait du sens ? ».
En bout de ligne, comme parent, ce dont on se souvient, c’est du moment de la journée où on est fatigué, où on manque de patience et où on fait une intervention un peu bouetteuse auprès de son enfant. Rapidement, les entrevues et reels contenant des avis d’expert.e.s entendus durant la journée nous reviennent comme un bruit de fond, et nous donnent l’impression de ne pas faire la bonne chose. Et ça, c’est rough.
Pour diminuer notre anxiété parentale, on pourrait arrêter de suivre les comptes d’expert.e.s, supprimer Instagram ou avoir des conversations honnêtes avec les autres parents sans chercher à se comparer (bonne chance), il n’en demeure pas moins que notre quotidien est traversé par les médias et les expert.e.s qui y gravitent.
En n’offrant des tribunes qu’aux expert.e.s et en excluant les expériences des parents, les premiers en viennent à dire aux seconds de se fier à leur instinct… à condition de suivre leurs conseils.
Et comme être parent ne vient pas avec un mode d’emploi (le Mieux-vivre avec son enfant, ça ne compte pas vraiment hein?), les parents occidentaux tendent à consommer davantage ce type de contenu, parfois dans l’espoir de trouver LA méthode pour mieux comprendre et soutenir le développement de leur enfant, et ce, même si c’est souvent associé à un déclin de leur bien-être mental.
Je ne sais pas pour vous, mais pour ma part, ce qui m’intéresse le plus de la parentalité, c’est de savoir comment un parent réagit dans une situation difficile, ses réflexions quant à ses pratiques ou sa conception du rôle de parent ou de la famille. À mon sens, ces aspects sont pas mal plus riches que d’entendre un.e expert.e de la parentalité dire qu’être présent et calme pendant le débordement émotionnel de l’enfant permet de le faire sentir mieux (on n’a clairement pas besoin d’étude pour savoir que de crier après quelqu’un, ça ne le rend pas de meilleur humeur).