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Est-ce que mon utilisation de l’IA ruine ma réputation au travail ?

Oui, ça paraît que c’est ChatGPT qui rédige vos rapports.

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L’intelligence artificielle est entrée dans le monde du travail avec des promesses plein les bras et un tapis rouge sous les pieds. Vive la productivité ! Adieu la résolution de problème chronophage et le syndrome de la page blanche ! Voici un deuxième cerveau pour booster vos performances ! (Et, en passant, vos jobs sont toutes en péril.)

Trois ans après l’arrivée de ChatGPT, le monde du travail commence plutôt à s’enliser dans un gros tas de ce qu’on appelle la workslop. Contribuez-vous à ce phénomène ? L’IA fait-elle votre job à votre place ? Lui faites-vous un peu trop confiance ? Vos collègues s’en rendent-ils compte ?

Voilà toutes des questions qui appellent à une réflexion plus large sur la culture du travail.

Workslop : de la bouillie d’ordinateur

D’abord, la workslop, qu’est-ce que c’est ?

« Work », c’est le travail, et « slop », c’est le mot de l’année 2025 selon le dictionnaire Merriam-Webster. Synonyme de « pâtée » ou « gadoue », ce mot désigne maintenant les contenus verbeux et de mauvaise qualité produits par l’intelligence artificielle qui ont envahi Internet et les réseaux sociaux dans les dernières années.

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Dans le domaine du travail, cette bouillie correspond aux longs courriels pas clairs, aux belles diapositives PowerPoint qui sonnent faux, et aux rapports soignés qui donnent l’impression de faire un AVC quand on essaie trop de les comprendre… Bref, des documents commandés par nos collègues et patrons à des chatbots comme ChatGPT pour gagner du temps et économiser des efforts, et qui, de prime abord, ont l’air super professionnels et bien ficelés. Toutefois, le contenu de ces documents est en réalité de si mauvaise qualité que quelqu’un d’autre devra perdre son temps à essayer de les comprendre ou de les corriger.

À la surprise de personne, l’intelligence artificielle n’est pas encore tout à fait Einstein. Elle a plutôt besoin qu’on la guide très précisément pour bien performer. Un autre point à ne pas négliger est que les réponses qu’elle fournit doivent être prises avec des pincettes, fact checkées, reformulées et complétées avec un soupçon d’éthique, de jugement et de perspective humaine.

À la base, les chatbots ne sont pas des cybercerveaux prêts à diriger le monde, mais plutôt des calculatrices savantes qui ont lu tout Internet.

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Malgré tout, les compagnies investissent massivement dans l’IA, afin de réduire les coûts de la main-d’œuvre. Ironiquement, Microsoft a dû forcer ses employés à se servir de leur propre gamme d’outils d’intelligence artificielle, parce qu’apparemment, leurs ingénieur.e.s ultra-diplomé.e.s et qualifié.e.s n’avaient pas le goût de le faire.

Et si vous n’êtes pas un.e ingénieur.e ultra-qualifié.e chez Microsoft, et qu’il vous arrive de déléguer votre rédaction de mémos à l’IA, sachez que cette pratique vient avec de graves conséquences sociales. Une étude s’est penchée sur comment les utilisateurs et utilisatrices d’IA au travail étaient perçu.e.s par leurs pairs et a conclu qu’ils.elles ruinaient effectivement leur réputation auprès de leurs collègues.

Vous avez l’air moins digne de confiance et plus gossant.e.

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Ce que la workslop révèle à propos du monde du travail

L’article « AI-Generated “Workslop” Is Destroying Productivity » du Harvard Business Review a beaucoup fait jaser. D’abord parce qu’il se basait sur une fausse étude, mais aussi parce qu’il blâmait les utilisateurs et utilisatrices pour un usage de l’IA paresseux et peu productif.

Au final, outre le fait que les compagnies nous forcent des outils d’IA dans la gorge sans aucune considération pour son coût social et environnemental, la workslop dans laquelle on baigne trahit un autre problème : la culture de performance qui régit nos vies professionnelles.

Si vous et moi utilisons l’intelligence artificielle pour rédiger de beaux petits courriels et des rapports avec beaucoup trop de mots, c’est peut-être juste pour nous conformer à l’aspect performatif du travail. Pour subsister, on doit prouver à nos gestionnaires qu’on produit quelque chose et on doit fournir la machine en bla-bla insignifiant pour faire perdurer un vieux modèle de travail.

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IA ou pas, on n’a peut-être pas autant besoin de bouillie au travail. Laissez faire l’enrobage à la Mathieu Bock-Côté ; envoyez-moi des listes en bullet points de ce que je dois absolument savoir. Pas besoin de rapports d’activité, je vous fais confiance. Si vous n’avez rien à dire, slackez sur les infolettres. Ou, dans le pire des cas, envoyez-moi directement votre prompt : « Courriel professionnel adressé à Lucie Piqueur pour lui expliquer qu’elle doit arrêter de bitcher publiquement l’IA, car c’est l’avenir de notre compagnie et de la société en général. »

Je vous jure que je vais comprendre le message.

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