.jpg.webp)
Est-ce que l’inflation nous fait acheter moins local, moins bio, moins éthique?
Encourager les commerçants locaux, oui, mais à quel prix?
Avec l’inflation, tout est rendu cher. Genre, vraiment cher. Cinq dollars le brocoli, voyons donc?
Avec le budget qui se resserre, on essaie d’économiser le plus possible, et ça se peut que nos belles valeurs d’achat local nourries pendant la pandémie en prennent un coup. Est-ce que ça se veut dire que les Walmart, Dollarama, Amazon et compagnie vont bénéficier de notre pouvoir d’achat réduit? Et surtout, est-ce que c’est une mauvaise chose? On fait le point là-dessus.
Le point de vue des PME
Selon une étude de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, l’inflation est la préoccupation principale des PME québécoises en ce moment, encore plus que le manque de main-d’œuvre. Ça va mal!
C’est vrai que l’augmentation des prix (carburant, produits alimentaires, assurances, etc.) a un impact direct sur la marge de profit des entreprises. C’est probablement pourquoi une autre étude note que 8 entreprises canadiennes sur 10 rapportent avoir augmenté leur prix plus que la normale cette année pour joindre les deux bouts. D’ailleurs, ce même rapport indique que 62 % des entreprises sondées trainent encore des dettes liées à la pandémie.
En mai dernier, une lettre ouverte publiée dans La Presse signée par 300 PME québécoises décriait la situation : « En réponse à l’inflation, plusieurs consommateurs et consommatrices se tournent vers les multinationales pour acheter à moindre coût et maintenir un semblant de qualité de vie », écrivaient-elles. Quelques jours plus tard, le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, démentait la situation dans le quotidien en citant les différentes initiatives mises en place par le gouvernement provincial, comme une stratégie nationale d’achat par les grandes institutions. Qui a raison, alors?
Amazon le tout-puissant
Une chose est sûre : l’achat en ligne est en hausse au Québec depuis 2020. Selon une enquête NETendances réalisée en 2021, d’ailleurs abondamment citée par les PME signataires de la lettre de La Presse, « 47 % des cyberacheteurs québécois affirment que la valeur totale en dollars de leurs achats réalisés en ligne en 2021 a augmenté sur les sites Web ou les applications mobiles d’Amazon, alors qu’ils sont 28 % à confirmer le même discours au regard de sites de marchands québécois ». En moyenne, donc, près de la moitié des achats en ligne ont été faits sur Amazon. La moitié! C’est beaucoup, pareil.
Inflation ou non, la popularité croissante du magasinage en ligne est en partie à blâmer pour la réduction de l’engouement pour l’achat local.
Inflation ou non, la popularité croissante du magasinage en ligne est en partie à blâmer pour la réduction de l’engouement pour l’achat local. Même si certaines entreprises d’ici peuvent vendre leurs produits sur Amazon, on s’entend que la grande majorité des articles qui y sont commandés par les Québécois.es ne viennent pas de chez nous. Et avec le raté du Panier bleu, qui, on le rappelle, n’est pour l’instant qu’une vitrine et non un site transactionnel (quoiqu’on nous promet qu’il va le devenir bientôt), on peut se demander s’il n’y a pas un enjeu de ressources pour les commerçant.e.s d’ici.
Comment se démarquer par rapport à Amazon? Les avantages du géant du web, on les connaît : plateforme intuitive, prix compétitifs, inventaire démesuré, rapidité de livraison, possibilité de créer une liste de souhaits… Pour les familles pressées, les aîné.e.s qui ne sont pas technophiles et, oui, les chercheurs et chercheuses de rabais, difficile de faire mieux.
Aider, oui, mais pas à tout prix
Il est intéressant de noter que selon certains expert.e.s et commerçant.e.s, le public à conquérir, ce n’est pas nécessairement celui dont les valeurs d’achat local sont ancrées dans les habitudes. C’est plutôt, justement, ceux et celles qui achètent en regardant le prix et non la provenance des produits qu’il faut convaincre — ceux-là mêmes qui, oui, souhaitent encourager les produits québécois, mais pas si ça vide leur portefeuille.
Pourtant, acheter local, surtout en agroalimentaire, ça ne veut pas toujours dire payer plus cher. Une récente étude de l’Université Dalhousie commandée par Aliments du Québec arrive à la conclusion que « dans 70,83 % des catégories étudiées, le produit local était soit aussi concurrentiel (différence de prix neutre), soit plus concurrentiel que le produit d’ailleurs ». Dans d’autres secteurs, comme la mode par exemple, on peut s’attendre à débourser beaucoup plus cher pour un t-shirt fabriqué localement que pour l’équivalent vendu au H&M — et c’est peut-être là où le bât blesse.
Je conclus là-dessus : une autre étude (c’est la dernière que je cite, promis) sur l’achat local au Québec réalisée en 2020 mentionnait que pour plus de 75 % des gens, la motivation première à acheter local, c’est « pour aider l’économie locale ». Quand on lit cette statistique-là, on comprend pourquoi les gens se tournent vers Amazon en période d’inflation : encourager nos pairs, ça fait plaisir, mais quand l’étau financier se resserre, il faut mettre sa veste de sauvetage en premier.
Identifiez-vous! (c’est gratuit)
Soyez le premier à commenter!