Est-ce que le doute peut avoir raison de l’intolérance ?

Et si nos choix de vie alimentaient l'intolérance ?

C’est malheureux, mais il ne faut pas regarder très loin pour trouver de l’intolérance partout autour de nous. On se plaît à croire que les médias sociaux empirent le tout, mais il y a la réelle possibilité qu’ils ne font qu’offrir un porte-voix à des discours qui, jusqu’ici, étaient trop loin pour que nos oreilles collectives les perçoivent.

Ainsi, les débats sur la laïcité se font sous des airs de racisme, les enjeux environnementaux deviennent des guerres de clochers et un guide alimentaire est considéré, le temps d’une chronique, comme le dernier fleuron d’une identité nationale qui nous glisse entre les doigts.

Dit comme ça, c’est un brin absurde, mais les opinions sont de plus en plus polarisées et entre les deux extrêmes, l’absence s’est construit une confortable résidence. L’absence d’écoute, de conversation, de discussion, de réflexion, d’ouverture et de recul. On pourrait même dire, sous un certain angle, l’absence croissante d’une certaine forme d’humanité.

Devant ceci, je me pose une grande question : et si nos croyances et nos choix de vies étaient devenus, au fil du temps, une nouvelle forme d’intolérance socialement acceptée?

Les individus, eux, ne sont pas sujets à ces mesures quantifiables. Il ne faut pas écarter l’hypothèse que l’intolérance innée est peut-être une réalité et elle se manifeste autrement que dans la haine directe quand on prend la peine d’écouter les discours ambiants.

Depuis longtemps, heureusement, on lève la main pour dénoncer les intolérances concrètes comme le racisme, le sexisme, les injustices sociales et plusieurs autres. Il y a, devant ces dénonciations, des mesures quantifiables (d’une certaine façon) permettant d’établir qu’il y a un renouvellement d’une ouverture trop longtemps absente. On peut, par exemple, calculer le nombre d’employés racisés d’un lieu pour constater une amélioration. Dans le cas par cas, on élimine très lentement, mais sûrement, ces oppressions systémiques.

Mais les individus, eux, ne sont pas sujets à ces mesures quantifiables. Il ne faut pas écarter l’hypothèse que l’intolérance innée est peut-être une réalité et elle se manifeste autrement que dans la haine directe quand on prend la peine d’écouter les discours ambiants.

J’ai raison, donc tu as tort

Prenons un exemple concret comme les choix alimentaires. Depuis quelques années, le mouvement végan fait l’apologie d’une abolition massive de la consommation de produits de provenance animale. C’est appuyé par des études, des témoignages et des observations et il y a aussi une empathie très noble envers le règne animal.  

Nos choix de vie, individuels et collectifs, alimentent des brasiers opposés qui nous séparent même indirectement. On va, instinctivement, s’entourer de gens qui partagent nos convictions, ce qui n’est pas très loin du temps où on se rassemblait selon nos croyances religieuses.

Mais le discours, lui, est souvent tendu et agressif, parce qu’il s’ancre dans une volonté de changer «pour le mieux». Sauf que la notion d’un mieux-être collectif est subjective à ceux qui tentent de l’appliquer. Ainsi, une personne végane aura la certitude que son mode de vie est le bon tandis qu’une autre aura la certitude que le sien a toujours fonctionné et qu’elle n’a pas de motivation profonde à nourrir un changement. Entre les deux, une fois de plus, une absence notoire d’ouverture et de dialogue. Ça se manifeste aussi récemment avec la légalisation du cannabis, par exemple, ou les débats sur l’électrification du réseau routier ou l’appel à la réduction dans la consommation de masse.  

Nos choix de vie, individuels et collectifs, alimentent des brasiers opposés qui nous séparent même indirectement. On va, instinctivement, s’entourer de gens qui partagent nos convictions, ce qui n’est pas très loin du temps où on se rassemblait selon nos croyances religieuses. Le catholicisme a perdu des plumes en Amérique du Nord, mais le véganisme construit ses églises, une épicerie bio et équitable à la fois. Ce n’est pas forcément un problème, mais doit-on automatiquement penser qu’il s’agit d’une solution? Et même, de LA solution?

Tiré par les cheveux comme exemple? Peut-être un peu, mais les éléments y sont. Les gens aux discours plus radicaux seront ceux qui s’entourent le plus de gens avec les mêmes idées. Ça aussi, ce n’est pas étranger à la méthode religieuse rassemblant des masses de croyants plus radicaux. Il y aura toujours des modérés, évidemment, mais les similitudes dans les extrêmes sont fascinantes.

Cette séparation par conviction, ce tri par croyance, alimente des communautés plus hermétiques et  la chambre d’écho sur les médias sociaux. On s’entoure de ce qui rejoint nos valeurs et, petit à petit, on ne regarde qu’à travers un entonnoir pointant dans la direction que l’on a choisie. Observez attentivement sur les sites de rencontres, par exemple, et vous verrez ce désir profond d’être avec ceux qui nous ressemblent bien avant l’étape de la rencontre. On applique un tri très subjectif aux individus et, il n’y a pas d’autres façons de le dire, c’est de l’intolérance. 

Revoir nos certitudes

Chuck Klosterman a écrit un livre il y a quelques années (But What If We’re Wrong,Thinking About the Present As If It Were the Past) avec une prémisse s’expliquant comme suit : la grande majorité de nos croyances et de nos certitudes sera démentie dans un futur pas si lointain. Il ratisse large, mais il tient quelque chose de relativement concret:

It’s impossible to understand the world of today until today has become tomorrow. (C. Klosterman)

Ce que Klosterman effleure, ici, c’est notre peur de ne pas savoir, d’être dépassé par les événements. Notre orgueil d’être impuissant aussi, ou pire, d’être relativement insignifiant à l’échelle de l’histoire planétaire qui nous précède et nous succèdera.

La seule certitude qu’on a,  c’est que les certitudes sont temporaires.

Sur une base individuelle, «tes» certitudes ne sont pas meilleures que «mes» certitudes, malgré la science, les preuves, les observations et les faits. Pourquoi? Parce que rien de tout ceci n’est éternel. Les faits sont des faits jusqu’à ce qu’ils n’en deviennent plus. Prenons par exemple le lait de vache. C’était, jusqu’à tout récemment, un fait que c’était bon pour la formation des os des êtres humains. Maintenant, ce fait qui était indéniable il y a une génération à peine est contesté sur tous les fronts et sera surement relégué aux oubliettes avant le passage à l’âge adulte de la jeune génération d’aujourd’hui. Dans cet exemple, j’ai été témoin de mon vivant du plus fort d’une croyance, d’un fait, et de sa destruction totale et complète.

Et ça, c’est juste le lait.

Pourquoi, toujours dans le domaine alimentaire, le soja et les légumineuses seraient épargnés de cette fatalité? Même chose pour la viande, les céréales, les fruits et les légumes. Quand on se donne l’option d’admettre que nous avons probablement tort même en étant certains d’avoir raison, ça devient difficile de juger les gens sur leurs choix dans la mesure où ils n’ont pas moins tort que nous.

«Je sais que je ne sais rien» -Socrate

Vous me suivez?

J’utilise l’alimentation en exemple ici parce que les points de vue sont particulièrement polarisés et reposent sur une compréhension flexible (au mieux) du fonctionnement du corps humain. La logique s’applique cependant à pas mal tout ce qui nous entoure. L’idée, c’est de s’ouvrir aux contradictions, aux discussions et, surtout, s’ouvrir à vivre en société au lieu de perpétuellement se créer des communautés autosuffisantes. Il me semble que l’harmonie serait plus intéressante si, même dans nos convictions profondes, il y avait un inébranlable respect entre les individus.

Le climat d’intolérance n’est pas particulièrement agréable actuellement et il serait faux de croire que le poids des sentiments répréhensibles repose sur les épaules des autres, de #LesGens qui ne sont pas positionnés de notre côté de la clôture.

C’est surtout ça que je souhaite soulever. Le climat d’intolérance n’est pas particulièrement agréable actuellement et il serait faux de croire que le poids des sentiments répréhensibles repose sur les épaules des autres, de #LesGens qui ne sont pas positionnés de notre côté de la clôture. Ça serait plus sain de simplement éliminer la clôture afin de cultiver le même lopin de terre ensemble.

Utopique, sans doute, mais changer des croyances pour d’autres croyances afin d’établir une ligne de conduite universelle n’a jamais été une stratégie particulièrement efficace. Des millénaires de guerres et de conflits sont là pour nous le rappeler. Alors, au lieu de se diviser dans les grands enjeux comme dans les petits, du concept de race au bacon en passant par la langue et l’éthique des choix vestimentaires, pourquoi on ne s’efforcerait pas plutôt à faire de notre mieux et admettre que, de toute façon, nous avons probablement plus tort que raison et dans pas si longtemps tout ceci sera bien futile.

Ne restera de nos efforts que les liens entre les individus – même si ces individus ne mangent pas la même chose, de la même façon, au même moment ou au même endroit.

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