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Pour les zytophiles (comprenez ceux qui aiment toute boisson composée de houblon) de Rosemont, il y aura eu un avant et un après le 24 novembre 2023. Ce jour-là, l’institution brassicole du quartier, MaBrasserie ou MAB pour les initié.e.s, annonçait dans un message public sur Facebook mettre la clé sous la porte, après huit années d’idylles avec les habitant.e.s. Résultat : 3 400 réactions, 200 partages et 520 commentaires, et beaucoup d’émoticônes qui pleurent.
Un ancien employé de la brasserie a appris la nouvelle sur les réseaux sociaux. Même si les choses s’annonçaient déjà difficiles au moment de son départ, plus tôt, cette année, il a été surpris par cette faillite : « on a toujours eu plein de difficultés, mais on a toujours cru qu’on s’en remettrait. C’est plus difficile d’accepter la fin de MaBrasserie que mon propre départ de l’entreprise ».
Dans l’espace commentaires sous la publication, de la tristesse, et beaucoup d’incompréhension.
Comment expliquer une telle faillite, alors que l’immense entrepôt faisait salle comble toutes les fins de semaine?
Déjà, il y a eu un changement d’habitude de la part des consommateur.rice.s, rappelle l’ancien travailleur à MaBrasserie : « Avant les confinements, on avait tendance à sortir plusieurs fois par semaine. Maintenant, on sort seulement la fin de semaine, et le reste du temps, on boit sa bière chez soi ». Cette tendance, additionnée à (et influencée par) l’inflation galopante, a réduit le chiffre d’affaires des jours de moindre fréquentation, c’est-à-dire du dimanche au mercredi.
Énièmes coups durs, la hausse du prix du houblon, et de toutes les autres matières premières, ainsi que l’augmentation des salaires des employés – toujours dans le but d’atténuer les impacts de l’inflation.
« Il y avait aussi une volonté de réduire au maximum le coût pour les clients, et donc, depuis la hausse des prix post-covid, on n’avait pas augmenté les prix sur la carte », explique l’employé.
Enfin, dernier coup de massue : le recalcul du loyer de l’immense entrepôt loué par MaBrasserie, qui a explosé.
MaBrasserie n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Des microbrasseries qui ferment, il y en a chaque année, et même les réseaux de distribution, comme Titte Frette, subissent de plein fouet les difficultés du contexte économique actuel. « On achète des fruits, des légumes, de la viande, puis du lait avant d’acheter de la bière. Au final, la bière est un petit surplus. En plus, quand on sait que les demandes aux banques alimentaire ont explosé… on vit sur la même planète, hein, on est touchés aussi », résume Marie-Eve Myrand, directrice générale à l’Association des Microbrasseries du Québec, qui rassemble environ 230 microbrasseries sur les 333 présentes sur le territoire.
Malgré le contexte difficile, Marie-Eve Myrand n’est pas près de déclarer la fin de l’âge d’or des microbrasseries : « la production est stable depuis deux ans, tout comme la consommation, et des microbrasseries continuent d’ouvrir leurs portes. Mais, évidemment, quand on est habitués à une grosse croissance, ça peut avoir l’air catastrophique. »
L’ancien employé de MaBrasserie ne perd pas espoir non plus. « Je ne pense pas que les microbrasseries vont toutes fermer. Les consommateurs répondent présents. En revanche, elles vont se recentrer sur ce qui marche, éviter les expérimentations, par exemple en changeant de carte toutes les deux semaines ».
Une remarque que plussoie Marie-Eve : « on en a beaucoup parlé lors de notre congrès, la semaine dernière. »
« En moyenne, au Québec, une microbrasserie met 28 bières différentes sur le marché en un an. »
« Toutes les réalités sont très spécifiques, mais en période difficile, ça peut être intéressant de se recentrer sur ce qui marche pour chaque établissement », suggère la directrice générale.
Désormais, les palais des consommateurs savent ce qu’ils veulent. Les microbrasseries n’ont donc plus besoin de multiplier autant qu’avant les prises de risques, genre des IPA triple houblon goût marshmallow et autres expériences risquées, même si Marie-Eve Myrand rappelle que cela « fait partie de l’ADN de l’industrie ».
En bref : revenir au simple et à l’efficace le temps que la crise économique passe, tout en gardant cette volonté de consommation locale et responsable est la clé afin d’éviter que les microbrasseries ne disparaissent.