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Est-ce que je vais transmettre mon style d’attachement à mon enfant?
Depuis quelques années, les styles d’attachement ont quitté les cours et manuels de psychologie pour s’inviter partout, surtout TikTok. Anxieux, évitant, sécure : trois mots devenus des raccourcis pour expliquer nos relations amoureuses, nos façons d’aimer et notre angoisse quand quelqu’un prend plus de 15 minutes pour répondre à nos textos.
Chez les futurs et nouveaux parents, c’est aussi une source d’angoisse (comme si on n’en avait pas assez) : si je suis du type évitant ou anxieux, est-ce qu’il en sera nécessairement de même pour mon enfant? Sommes-nous condamnés à être poches en communication de père en fils, de mère en fille, de père en fille, etcétéra comme disait Gabrielle Destroismaisons?
La science derrière la tendance
Bien avant de devenir un sujet de vidéo virale, la théorie de l’attachement est un champ de recherche développé par le psychiatre britannique John Bowlby dans les années 1960. Il s’est intéressé à une question fondamentale : comment se construit le lien entre un enfant et la personne qui prend soin de lui?
Sa conclusion est claire : le sentiment de sécurité ou d’insécurité émotionnelle se construit très tôt et sert de base aux relations futures.
Le monde émotionnel s’apprend très tôt
Quand on devient parent, on n’enseigne pas seulement à marcher, à parler ou à manger sans en mettre partout. On enseigne aussi comment réagir à la détresse.
Dès les premiers mois, un bébé apprend à saisir son environnement à travers le visage, la voix et les gestes de la personne qui s’occupe de lui. Lorsqu’il pleure, chaque réponse compte. Est-ce qu’on le prend rapidement? Est-ce qu’on hésite? Est-ce qu’on panique? Est-ce qu’on minimise sa détresse?
Ces réponses, répétées jour après jour, construisent ce que les chercheurs appellent la « carte émotionnelle » de l’enfant. C’est ce que résume la psychologue Delphine Leca lorsqu’elle écrit : « la transmission n’est pas une fatalité, mais passe par la sensibilité parentale ». Autrement dit, ce n’est pas tant le passé du parent qui programme l’enfant que la capacité du parent à être émotionnellement disponible dans le présent.
Est-ce que tout est joué d’avance?
Dans un important dossier publié en 2023, l’Observatoire national de la protection de l’enfance a indiqué que « la transmission intergénérationnelle de l’attachement se produit dans 68 à 80 pour cent des cas ». Ainsi, dans une majorité de situations, la manière dont un parent a vécu ses premières relations affectives influence celle qu’il développera avec son propre enfant.
Selon la recherche, le style d’attachement d’un parent influence effectivement son modèle relationnel. Il colore sa tolérance à la proximité, sa manière de gérer la détresse et son besoin de contrôle ou de distance. Mais cette influence ne se traduit pas par une reproduction automatique et rigide.
Une vaste synthèse de recherches publiées démontre que la transmission de l’attachement est une question de probabilités, et non de destin figé.
Les expériences parentales influencent l’enfant à travers plusieurs facteurs intermédiaires, comme la sensibilité émotionnelle, la capacité de régulation et le contexte de vie.
Encore plus encourageant, une synthèse de l’Observatoire sur la maltraitance envers les enfants souligne que « l’attachement sécurisant agit comme un bouclier intergénérationnel ». Donc, plus un parent parvient à comprendre ses propres insécurités et à les réguler, plus il est en mesure d’offrir à son enfant une base sécurisante, même s’il n’a pas lui-même grandi dans un environnement idéal.
La clé n’est pas la perfection
Ce qui semble faire une réelle différence, selon la recherche, c’est la capacité du parent à réfléchir à son propre parcours. Les spécialistes parlent alors d’un récit d’attachement cohérent. Il s’agit de pouvoir reconnaître ce que l’on a vécu, y donner du sens et en parler sans être submergé émotionnellement. Cette capacité de réflexion permet à des parents ayant vécu des enfances difficiles de rompre le cycle et d’offrir malgré tout un lien sécurisant à leurs enfants.
On est très loin du parent parfait. On se rapproche plutôt de l’idée du good enough parenting proposée par le psychanalyste Donald Winnicott : être suffisamment bon, faire des erreurs, mais savoir les reconnaître et les réparer, dire à son enfant qu’on a mal réagi, nommer ses émotions, revenir après coup.
Verdict
Non, on n’est pas condamné à transmettre notre style d’attachement tel quel à notre enfant.
On ne pourra jamais offrir une enfance sans failles, sans fatigue ni impatience. Mais on peut offrir un lien vivant, sécurisant et évolutif. Et là-dessus, la recherche est claire : c’est ce lien qui fait toute la différence.
Au fond, transmettre un attachement sécure n’est pas une question d’héritage immuable. C’est une question de conscience, de présence et d’évolution. Et si on se pose la question, il y a de très fortes chances qu’on soit déjà sur la bonne voie.
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