Logo
Est-ce que devenir parent donne vraiment un sens à la vie ?

Est-ce que devenir parent donne vraiment un sens à la vie ?

Après tout, comment ne pas se sentir un peu important quand on se dit qu’on est en train d’élever la prochaine génération ?

Publicité

Je retrouve mon amie Caroline pour un café. Ça fait huit mois qu’on ne s’est pas vues, alors qu’on habite la même ville. C’est comme ça depuis qu’elle est mère. Mais sa parentalité n’est pas une excuse, c’est une raison : ses priorités ont complètement changé. Elle qui était toujours très maquillée et apprêtée a désormais plusieurs centimètres de racines apparentes. Non pas que j’ai quelque chose contre les cheveux gris, au contraire ; c’est juste un des signes évidents que mon amie n’est plus la même qu’avant.

« J’ai l’impression d’avoir enfin compris ce qui compte vraiment, m’explique-t-elle. Le reste, le travail, etc., c’est devenu tellement secondaire… »

Ce changement de priorités, de comportements et d’objectifs s’observe souvent chez les nouveaux parents. Si on le voit parfois venir de loin, il peut apparaître chez d’autres comme une surprise totale. Et tout cela vient alimenter le mythe suprême de la parentalité : avoir des enfants donne (enfin) un sens à la vie. Après tout, comment ne pas se sentir un peu important quand on se dit qu’on est en train d’élever la prochaine génération de citoyens ?

Publicité

La parentalité nous fait évoluer en accéléré

La parentalité, c’est notamment de faire passer les besoins d’une autre personne – voire de plusieurs – avant les siens. Un vrai travail d’altruisme, donc. En outre, les années de la petite enfance nous forcent à être plus dans le moment présent, à nous rapprocher de la nature ou encore à apprendre la patience et le contrôle à un niveau de maîtrise de soi surhumain.

Certains trouvent qu’élever un enfant leur confère un plus grand sens de productivité que n’importe quel autre travail rémunéré.

La parentalité nous fait réfléchir à nos rapports aux autres et nous rend plus humble ; vous pouvez être le nouveau Nobel, votre bambin sera toujours là pour vous envoyer de la purée au visage ou refuser de vous dire bonjour le matin.

Publicité

« La maternité me rend chaque jour plus humble ; me familiarise sans cesse avec la nature cyclique de la lutte et de la croissance ; aiguise mon attention à la forme exacte des besoins humains ; me met en contact plus étroit avec mes parents, ma communauté, notre passé, notre avenir, mon ENNUI ; me montre les possibilités et les limites du corps et de l’esprit humains ; me fait me sentir reliée à toutes les personnes et à la nature ; révèle l’univers contenu dans les choses les plus infimes ; ralentit ma vie au rythme d’un corps qui se balance », raconte avec lyrisme Haley Nahman sur son blog Maybe Baby.

Entre honte et mépris

Mais tout n’est pas si rose. Parmi ces parents qui affirment être épanouis dans leur nouveau rôle, il y en a qui se sentent un peu honteux de l’être. Dans notre société capitaliste, est-ce correct de se trouver à sa place dans une mission qui ne rapporte pas d’argent – qui en coûterait, plutôt ? Et pourtant, c’est là que certains y trouvent leur sens.

Cette épiphanie arrive à pic pour beaucoup de parents à l’arrivée du premier enfant, alors que notre génération est plus que jamais en quête de sens. Un sens qu’on cherche souvent dans le travail – avec, en général, assez peu de succès, ce qui mène d’ailleurs à de plus en plus de reconversions professionnelles –, mais aussi dans la thérapie ou dans les passions.

Publicité

Sacrifices et renoncement

D’autres parents mettent beaucoup d’attentes et de pression sur leurs enfants, en voulant très fort qu’ils deviennent le sens de leur vie. Quand on considère le temps consacré à l’éducation d’un enfant, aux sacrifices faits au quotidien, ne serait-ce pas d’ailleurs le meilleur choix ?

Mais que se passe-t-il si notre progéniture n’apporte pas, finalement, ce sens à la vie si attendu ?

C’est le choc coupable que connaissent certains parents qui, se comparant à leurs homologues qui racontent comment leur vision de la vie a changé à l’arrivée de leur enfant, ne s’y retrouvent pas. Qui s’acquittent de leur tâche avec sérieux, mais préfèrent mille fois vivre des moments seuls, voire être au travail plutôt qu’à la maison. Qui, enfin, ont de grands enfants qui ont quitté la maison, avec qui ils n’entretiennent pas de liens forts, et qui se consacrent désormais à eux-mêmes maintenant que le chapitre de la parentalité à temps plein est clos. Et puis, il y a ceux qui, si c’était à refaire, ne le referait peut-être pas… Et c’est bien correct aussi.

Publicité

Haley Nahman raconte, sur Maybe Baby : « La parentalité, surtout dans les premières années, réduit votre champ d’attention à ce qui est le plus immédiat. Pour beaucoup de gens, c’est une perspective peu attrayante, voire éthiquement problématique. Elle exige beaucoup de sacrifices et de renoncements ; elle vous détourne de choses auxquelles vous tenez réellement, mais pour lesquelles vous n’avez ni le temps ni l’énergie. ».

À chacun son sens

Ces dernières années, la parole s’est déliée sur le sujet, et si on est plus que jamais inondé de photos d’enfants postées par des parents révolutionnés par leur nouveau rôle, on a aussi accès à de nouveaux témoignages sur l’épuisement parental ou même le regret de la parentalité.

Et puis, ça ne serait pas leur mettre un peu trop de pression à ces descendants, de devoir incarner LE sens suprême de l’existence de leurs parents ? Ça ne créerait pas parfois des relations un peu malsaines ?

Publicité

Ma mère a pour sa part toujours voulu avoir des enfants, beaucoup d’enfants. Elle a ensuite pris une retraite anticipée pour mieux s’occuper de nous. Mais elle a aussi eu un peu tendance à vivre par procuration, en laissant nos vies prendre toute la place… jusqu’à une sorte de dédoublement identitaire. Quand je lui demande aujourd’hui comment elle va, elle commence par me répondre : « Ça va, ton frère a fait ceci, ta sœur a fait cela… »

Et si on brisait le cercle ? C’est possible de vouloir des enfants sans espérer à tout prix se réaliser à travers son rôle de parent. Oui, devenir mère ou père peut donner un sens à votre vie. Mais le sens peut aussi bien se trouver ailleurs, même si vous avez des enfants. La parentalité n’est qu’une des nombreuses expériences capables de révéler une personne ; Haley Nahman confie par exemple que vieillir a probablement autant contribué à l’évolution de son regard que le fait d’avoir un enfant.

Et, enfin, vous avez aussi le droit d’être encore en train de le chercher, ce sens – et de ne jamais le trouver. Ça aussi, ça arrive.

Publicité
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Soyez le premier à commenter!

À consulter aussi