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Est-ce que devenir barista va régler tous mes problèmes?

Couler des cafés au lieu de rédiger des courriels : mon nouveau fantasme.

20 octobre 2026
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Je pèse mon café avant et après l’extraction, et je suis capable de faire mousser mon lait sans le faire crier. Si je m’y mettais vraiment, je serais peut-être capable de faire du latte art avec la confiance nonchalante d’une barista.

Comme bien d’autres corporate girlies, l’appel vers quelque chose qui ne ressemble pas à des courriels de 9 à 5 se fait parfois entendre. L’idée de passer ma journée devant autre chose qu’un ordinateur est plutôt séduisante. Je dirais même que c’est de l’ordre du fantasme.

J’avoue que c’est très « millénial » de ma part. Les trentenaires que je côtoie, et ceux que je vois passer sur mon fil Instagram, semblent traverser une véritable crise existentielle, quand ce n’est pas une désillusion totale.

Aux États-Unis, la majorité des milléniaux (77 %) disent ressentir au moins un symptôme d’épuisement professionnel, comme la fatigue ou le manque de motivation, contre 38 % des boomers.

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Devenir barista, vendre de la poterie ou promener des chiens est devenu un cliché générationnel pour les 90s kids qui n’en peuvent plus de travailler dans un cubicule.

Avec la multiplication des bullshit jobs, un terme popularisé par le livre du même titre, on a tous envie que ce qu’on fait ait du sens.

Préparer un café pour quelqu’un sonne bien plus utile que plusieurs meetings auxquels j’ai assisté dans ma vie.

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J’associe aussi la job de barista à un plus grand sentiment de communauté. On ne va plus à la messe le dimanche, mais on fréquente religieusement le café du coin. Ça me semble gratifiant de faire partie du rituel matinal des gens et d’apprendre à les connaître, au fil du temps.

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Mais est-ce que j’idéalise trop le fait de domper le monde corpo pour préparer des cortados? Est-ce que c’est viable financièrement de tout sacrer là pour servir des lattes? J’ai consulté deux baristas qui ont fait le saut pour y voir plus clair.

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Difficile d’en vivre

Être barista n’est pas très payant. C’est même carrément difficile d’en vivre. Ça prend beaucoup de petits pourboires pour augmenter significativement sa paie au salaire minimum, soit 16,60 $ de l’heure au Québec. Selon le café où l’on travaille, la rémunération horaire peut aller jusqu’à 21,75 $ en moyenne.

Mathilde (prénom fictif) est nouvellement maman. Elle caressait l’idée d’être barista depuis longtemps et a décidé de l’essayer durant son congé de maternité. Elle estime gagner environ 23 $ de l’heure, pourboires inclus, ce qui ne serait pas suffisant sans les prestations du Régime québécois d’assurance parentale (RQAP) qu’elle reçoit.

Au téléphone, elle précise que son salaire de chargée de projets pour un organisme à but non lucratif n’était pas très élevé, alors elle n’a pas eu à revoir drastiquement son budget. Disons que l’écart entre un salaire qui approche les six chiffres et celui de barista est peut-être plus vertigineux. Tout dépend de son train de vie.

La perte d’avantages sociaux doit aussi faire partie des calculs. Bien que Mathilde ne paie pas ses breuvages ou ses lunchs, son « petit café de quartier » à Québec n’offre pas d’assurances collectives ou de contributions à un REER.

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Charge mentale allégée

On ne devient pas barista pour l’argent, mais pour la paix d’esprit. « Ça allège la charge mentale et le stress », m’explique Mathilde. Quand elle quitte le café à la fin de son shift, la coupure est franche, nette. Elle n’y pense plus pour le reste de la journée.

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On peut rédiger des courriels tard le soir, mais on ne peut pas préparer des cappuccinos à l’avance. Être barista, c’est donc être dans le moment présent. Et ça fait un bien « incommensurable » à Sandrine, qui était conseillère en emploi pour un organisme communautaire il y a quelques mois à peine.

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« Le stress que je vivais au travail, je le traînais à la maison », me confie celle qui effectue un retour aux études pour se réorienter. Quatre ans à accompagner des personnes qui vivent des situations extrêmement difficiles, souvent des mères monoparentales, c’est « épuisant mentalement ».

Ce stress n’a rien à voir avec le stress ponctuel qu’elle ressent quand son café est achalandé. « J’ai chaud et ça demande beaucoup de concentration », reconnaît Sandrine, mais pour le reste « c’est du bonbon ».

La barista se réjouit d’avoir retrouvé une certaine légèreté, des tâches familières (elle avait déjà travaillé dans un café auparavant) et plus répétitives. « Mes journées se ressemblent beaucoup », observe Sandrine. Un peu de prévisibilité peut faire des miracles sur un système nerveux surmené.

Se réveiller avec le sourire, un prérequis

La job de barista appartient à ceux et celles qui se lèvent tôt. Non seulement il faut se réveiller à l’aurore, mais il faut aussi être de bonne humeur. « Si tu bougonnes le matin, ce n’est peut-être pas une bonne idée de devenir barista à temps plein », note Sandrine, lucide.

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En revanche, l’horaire matinal convient parfaitement à Mathilde, qui va chercher son bébé à la garderie à midi et passe le reste de la journée avec. Elle apprécie aussi « le gossip » qui circule au café : elle connaît maintenant tous les potins du quartier.

« Tu sais qui sort avec qui, tu sais qui prend son café à quelle heure », explique la barista. « Monsieur Americano » a brossé hier soir, « Monsieur Allongé » est venu avec sa nouvelle flamme. Mathilde a seulement effleuré le drama, mais je veux déjà tout savoir. 🍿

Ça ne réglera pas tous mes problèmes

Congé parental, retour aux études, pause professionnelle, départ à la retraite : plusieurs contextes se prêtent à quitter le 9 à 5 pour devenir barista. Mais, dans cette économie, peut-on en vivre convenablement à long terme?

Si je maxxais mon CELI avant de quitter mon emploi, peut-être. Si j’avais une source de revenus supplémentaire, en plus de mes quarts de travail au café, ça pourrait fonctionner parce que j’ai très peu de responsabilités financières (pas d’enfants, pas d’hypothèque et pas de paiements de char).

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Peu importe sa situation, une chose est certaine : échanger un 9 à 5 pour un 6 à 10 a des implications financières qu’il faut prendre en considération.

Et bien qu’elle soit plus light côté charge mentale, la job de barista peut être exigeante physiquement. Mathilde m’a prévenu de longues heures passées debout, qui sont dures sur le corps quand tu n’es plus « jeune, jeune ». La trentenaire que je suis s’est sentie visée, d’autant plus que j’ai une scoliose lombaire et des pieds plats.

Être la seule personne de son entourage avec un horaire atypique, comme des shifts la fin de semaine, peut aussi créer une sorte d’isolement, m’a mise en garde Sandrine. Mon chum a longtemps travaillé en restauration, alors je sais de quoi elle parle quand elle fait allusion aux plans qu’on doit décliner et aux soupers de famille qui sont plus difficiles à planifier.

Tout sacrer là pour devenir barista ne règlerait donc pas tous mes problèmes de milléniale, c’est assez évident, mais je me dis qu’il n’y a rien de mal à s’imaginer servir des lattes quand on passe une mauvaise journée.

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