Est-ce que ça goûte bon, du vin à 500 000 $ ?

On s'est entretenu avec un sommelier pour en savoir un peu plus.

Ronald Georges, un passionné de la grappe, m’a déjà dit: « Le meilleur vin, c’est celui qu’on boit avec les gens qu’on aime, peu importe le prix. » Ce qui est bien avec cette perle de sagesse, c’est que ça te décoince d’aller à la SAQ chercher ton vin préféré super cheap qui goûte le diabète.

Au fond du vin, ce n’est que du jus de raisin, right? La preuve? Il suffit de laisser un berlingot Oasis traîner deux mois sur le comptoir pour qu’il se transforme en délicieux Chardonnay. Bien sûr que non, nono! Il y a un savoir millénaire, complexe et presque divin derrière chaque vin. Il existe un million de cépages et les alliages sont infinis, même que certaines bouteilles se vendent à plus de 500 000 $. Pas en pesos là, en dollar US.

Cette semaine, Sotheby’s, le plus vieux groupe de vente aux enchères au monde, a effectué une vente record : cinq bouteilles du prestigieux Domaine de la Romanée Conti, produites au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, se sont vendues à plus d’un million de dollars! Bin voyons donc qu’on s’est dit! 500 000 $ pour du vin passé date! T’imagines le nombre de berlingots Oasis que tu peux t’acheter avec ça? Estomaqués, nous avons demandé l’avis d’un sommelier sur la vente la plus lucrative de jus de raisin de vin de l’univers.

Considéré comme l’un des meilleurs sommeliers du Canada, nous avons joint le nez derrière la carte des vins au Toqué, Carl Villeneuve Lepage.

Connaissiez-vous ce type de bouteille?

Il va de soi que n’importe quel amateur de vin aura entendu parler du Domaine de la Romanée Conti et avec un peu de chance, peut-être même goûté à leur grand cru le plus prestigieux, La Romanée-Conti.

Que pensez-vous de cette vente aux enchères?

On vit à une époque où certains luxes ne sont accessibles que par les plus riches de la planète et parmi eux existent des collectionneurs de vins très sérieux. Entendre parler d’une bouteille de 750 millilitres du millésime 1945 vendue à plus de 500,000 $ US ne surprend quasiment plus. Ce prix est 17 fois supérieur à l’évaluation suggérée par l’encanteur.

Mais, mais… 500 000 $! En vaut-elle vraiment la peine?

Si la question est de savoir à quel point la bouteille en vaut le prix, il n’y a pas de réponse qui puisse satisfaire tout le monde. À ce point, on parle surtout de rareté. Outre le fait que le millésime 1945 est passé à l’histoire du fait de la guerre, il y a aussi les particularités de la saison végétative qui ont semblé mener vers un vin capable de survivre et de se bonifier pour plusieurs décennies.

En avez-vous déjà goûté?

Je n’ai personnellement jamais eu la chance de goûter un flacon bourguignon de cet âge ni de cette réputation, mais il n’est pas dit que la personne qui ait acheté cette bouteille ne l’ouvre un jour. Je ne fais pas partie de ce bassin de population, mais j’ai l’impression que le simple (mais pas si simple) fait d’être en possession d’un trésor historique comme celui-là vaut l’investissement du collectionneur.

Qu’est-ce qui incite les gens à dépenser autant pour ce genre de vins?

À la base, ces vins ont été embouteillés pour être débouchés un jour. Le plus grand honneur possible de faire aux personnes derrière une bouteille est, selon moi, l’appréciation qu’on en tire en la dégustant beaucoup plus que le prix qu’elle nous en coûte pour l’obtenir.

Qu’est-ce qui justifie la différence des prix entre les différentes bouteilles?

La raison qui justifie la différence de prix de deux vins provenant de la Bourgogne, par exemple, est le niveau d’appellation (village, premier cru, grand cru), la réputation du producteur, le fait d’être produit à partir de raisin ou de jus acheté versus des raisins en propriété, etc.

Faut-il détruire le mythe de « plus c’est cher, mieux c’est »?

Dans le monde du vin en général, le prix ne suit pas toujours la qualité. Il y a aussi la question de ses propres goûts. L’idée est d’expérimenter de temps en temps des bouteilles plus coûteuses des régions ou cépages que vous aimez et voir si vous voyez une différence dans sa qualité et vous jugerez si cela vaut l’investissement.

À la suite de cet entretien, l’idée nous est venue d’entreposer nos vins cheaps préférés, de patienter 20 ans, d’acheter un monocle et d’organiser une vente aux enchères des pauvres : « Qui dit mieux que 50$ pour ce sublime Ménage à trois 2018, une fois, deux fois, trois fois, adjugé! »

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